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On vient de te déposer devant le tribunal de Paris. Tu passes le portique de sécurité lorsque tu entends un petit BIP. « Mettez-vous ici, je dois effectuer une palpation » te dit le policier au regard sévère. Un second officier de l’ordre public se tient à côté de toi tandis que le premier s’exécute derrière les immenses grilles aux pointes dorées qui barricadent le Palais de justice en plein cœur de Paris. Même prépubère,  la première rencontre avec la justice commence bien ; comme le dit le dicton : dur Alex sed lex.

Une heure de trajet depuis Bondy, pour venir au cœur de la capitale. Si tu peux t’en passer, c’est sur que tu évites. Mais là, on t’a pour ainsi dire invité fermement à t’y rendre. Pas possible d’en réchapper.  « Ou se trouve la chambre 9e chambre pénale ? » L’officier de toute façon décide de t’accompagner. Il gravit les grandes marches blanches de l’entrée principale du palais de justice qui font un contraste saisissant avec ta couleur. Tu le suis, la tête basse et tu enjambes les marches pour ne pas trébucher.

La porte d’entrée est immense. On peut apercevoir une femme aux yeux bandés. Dans une main, elle tient un glaive, dans l’autre une balance. Tyche par ce symbole de puissance, tu te rabougris encore un peu plus. Tu te rappelles que plus jeune, ta mère t’avait expliqué, que cette femme représentait la justice. La justice est donc impartiale et ses décisions sont définitives. Mais c’est surtout le glaive qui te fait peur en ce moment. Si le moment n’était pas aussi solennel, tu pourrais trouver cela  drôle, car justement en ce moment, tu travailles sur « Le dernier jour d’un condamné » d’Hugo, à l’école.

Tu te déplaces dans les couloirs en marbre du tribunal. Certains hommes sont vêtus d’une longue robe noire, d’autres sont en costumes cravates. Certains sont sans doute avocats ou juges, plaignants ou accusés. Tu arrives devant la porte du tribunal où on t’a demandé de te présenter. Sur le coté, il y une plaque en bronze doré sur laquelle tu peux lire : chambre correctionnelle. La justice a son vocabulaire que tu ne comprends pas. La chambre pour toi c’est l’endroit où tu dors, ou tu joues ; c’est aussi l’endroit où ta mère vient te dire bonne nuit avant de te coucher. Mais ici, tu sais que la chambre correctionnelle juge des délits tels que les vols, les coups et blessures, le racket, etc.… 

Le policier te laisse dans les mains d’une dame qu’on appelle l’apparitrice. Tu tentes de regarder par l’un des hublots. Mais même en te mettant sur la pointe des pieds, tu es trop petit. Tu prends ton courage à deux mains et tu pousses l’un des deux battants en cuir marron de la lourde porte, tandis que la dame te fait t’assoir. Une audience est déjà en cours. Tu vas devoir attendre, car tu es arrivé en avance.

Derrière un énorme bureau qui se trouve en hauteur, tu vois un homme assis avec une espèce de jabot blanc au niveau du cou et une toque sur la tête. Il pose une question à un homme debout en longue robe noir qui se trouve à coté d’un autre homme en costume cravate. « J’ai souhaité verser cette pièce au dossier », dit l’avocat. Le procureur répond quelque chose que tu ne comprends pas. Tu ne retiens que les mots, « avec violence » et il semble s’opposer à la demande de l’avocat. Le juge décide de « mettre l’affaire en délibéré. L’audience est terminée » ajoute-t-il d’une voix ferme. Chacun se lève et quitte alors sa place tandis que la salle se vide peu à peu.

La greffière finit de ranger ses notes dans un gros dossier. Elle te voit et fait un sourire engageant. L’apparitrice te dit de te lever. Elle t’emmène au bureau du greffier car ça va être ton tour. Tu passes par une petite porte qui t’emmène dans des bureaux. Le même juge qui présidait le procès de tout à l’heure est en train de discuter avec la greffière. Il te regarde rentrer, accompagné de l’apparitrice qui te marque à la culotte. Lorsque tu arrives, la greffière te voit enfin arrête sa conversation. « Laissez-moi vous présenter mon fils, dit-elle au juge. Je l’ai fait venir, car je voulais qu’il voie un peu comment fonctionne la justice et le travail que je fais ». Elle te prend dans ses bras puis te fait la bise sur les joues. Finalement, la justice, c’est un glaive, une balance et aussi parfois un bisou sur la joue.

Axel Ardes

PS : ma mère a travaillé au palais de justice de Paris pendant une vingtaine d’année avant de finir sa carrière au palais de justice de Guadeloupe. Mon père a été policier en Guadeloupe durant toute sa carrière.

Axel Ardes –

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