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Dans son local d’environ dix mètres carrés, Mohcine Abou Abdellah est l’homme à régler les litiges. En 20 ans, ce docteur en droit a regroupé plusieurs amis avocats et juristes pour dénouer des affaires juridiques, des plus banales aux plus ardues, à travers son association ACE Recours. Chaque jour, une centaine de personnes dont 95% d’étrangers, défilent dans son « petit et minable bureau », situé dans le 20ème arrondissement de Paris. Passé la porte d’entrée qui grince, des chaises usées sont alignées comme dans une salle d’attente chez le médecin. Les personnes assises, tête baissée, feuillettent leurs documents. Sur les murs blancs salis par la poussière, sont affichés quelques articles de journaux au papier jauni, des décrets sur les droits et devoirs des étrangers et des notes d’information destinées au public.

Mohcine oriente et facilite les démarches administratives des étrangers en faisant fonctionner sa connaissance des lois. Il reçoit beaucoup de Maghrébins mais aussi des Colombiens, Philippins, Thaïlandais, Chinois, Libanais, Libyens, ex-Yougoslaves, Américains, etc. Cette mission qu’il accomplit de façon bénévole tient dans son constat: l’immigré maghrébin ou noir est traité inégalement par rapport au Français, blanc, dit de souche. Le garant d’ACE Recours a développé l’association suite aux émissions juridiques qu’il animait dans les années 1980 – et qu’il anime toujours – sur Radio Soleil et en réponse aux nombreuses demandes des auditeurs. « Il s’agissait de créer un espace de conseil et d’orientation dans un programme de radio, précise le juriste. Si nous ne traitions pas les demandes formulées, l’émission n’aurais aucune utilité ».

C’est entre deux rendez-vous que Mohcine Abou Abdellah nous accorde une interview, interrompue par des coups de fil incessants. « D’accord… d’accord, ne t’inquiète pas… je m’arrange pour parler de ton cas ». Parfois, il parle en arabe : « Selem, j’ai des nouvelles pour ton dossier, essaye de passer me voir ». Notre entretien avance à petits pas. « C’est tout le temps comme ça ? – C’est comme ça tous les jours. »

Ce juriste travaille au cas par cas et règle entre 400 et 500 dossiers chaque année. Il cite l’exemple d’une femme venue du Maroc et poursuivie en justice par son mari resté au pays, qui l’accuse d’abandon. Ou celui d’une mère vivant avec un Français qui aurait déclaré une fausse paternité biologique de l’enfant. S’agissant des étrangers sans titre de séjour en France, Mohcine Abou Abdellah  est formel : « Je préfère informer ouvertement les demandeurs : dire à ceux qui ont le droit de rester en France qu’il y a une solution envisageable. Et à ceux qui n’ont pas le droit, de réfléchir à un retour éventuel au pays, dans la dignité ». Aujourd’hui, en plus de son aide aux étrangers, il s’occupe aussi des citoyens français dans les affaires de divorces, les questions pénales, le logement, les successions. « Beaucoup de Français sont surendettés, mais parfois, il suffit de quelques mots d’encouragement pour que les personnes reprennent confiance en elles. »

Lorsque les dossiers sont traités par l’association, ils sont transmis soit au préfet, soit au procureur, soit au juge, sous couvert d’ACE Recours. Pour les rares personnes qui payent la consultation, le traitement du dossier ne dépasse pas 250 euros. L’association ne reçoit aucune subvention. « Lorsque je sollicite des subventions, on me répond : vous avez de la clientèle sans titre de séjour, nous ne pouvons pas contribuer à aider des personnes qui n’ont pas le droit légal d’être en France. » Pour leur part, les consulats étrangers en territoire français, mieux placés pour financer ce dispositif, ont leur propre service juridique d’aide aux à leurs ressortissants. Mais dans les faits, « la majorité des personnes sont envoyées chez moi », affirme Mohcine Abou Abdellah.

Le juriste dit ne jamais refuser ses services à ceux qui sont dans le besoin : « Quand j’apprends qu’une affaire a été débloquée, c’est comme si je recevais des milliers d’euros ! »

Nadia Boudaoud

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