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L’arrivée d’un heureux événement au sein d’un couple génère une passion qui transcende toute origine culturelle. Les premières nausées de la future maman, l’annonce de la nouvelle au futur papa, l’angoisse avant chaque examen médical, les premiers gigotements du fœtus… que de rebondissements ! Le moindre n’est pas le choix du prénom. Ah ! Cette marque qui nous suit tout au long de la vie, fil de notre identité.

Mieux vaut pour les parents le choisir avec grand soin. Certains s’attèlent à la tâche dès les tous premiers mois de gestation, d’autres s’y prennent à l’approche de l’accouchement. Le choix se précise après l’échographie du 5e mois de grossesse où le sexe de l’enfant apparaît clairement. C’est aussi le moment où tout le monde vous appelle pour vous demander : alors, fille ou garçon ?

Je vis cette odyssée depuis déjà quelques mois et me suis demandé si par exemple je devais donner à bébé un ou plusieurs prénoms, lui attribuer celui d’une grand-mère à titre d’hommage, ou fixer mon choix sur le prénom de mes rêves, celui qu’on garde au fond du cœur, quand on se dit : « Un jour, quand j’aurai un enfant, je l’appellerai… »

Mais une réalité têtue me rattrape lorsque j’en discute avec des proches et amis. La réalité de mes origines arabo-musulmanes dans la société française qui m’a vue grandir. « Nadia, un grand conseil, ne lui donne pas un prénom typé arabe, du genre Rachida ou Karim », me supplie un cousin, prénommé Abdel Fetah, sirotant son soda un après-midi. Sa remarque me prend au dépourvu.

Abdel Fetah a 30 ans, il est commercial et se souvient de ses rares entretiens d’embauche. « Le meilleur des accueils fut : Ab’…del Ffffffeu fé taaar, c’est bien ça, votre prénom, monsieur ? » Lorsqu’il changeait, pour voir, ses nom et prénom dans son c.v., il obtenait plus de réponses qu’avec sa réelle identité. Son prénom composé est formé de deux fois deux syllabes et signifie « Serviteur de Dieu, victorieux et épanoui ». Le destin, lui, ne l’a pas autant épanoui. « Dès le collège, on me charriait avec des formules du genre : « Hey ! Abdel, tu fetah la life !  » Ou bien « On fait la teuf avec toi ce week-end !  » Les profs déformaient l’orthographe de mon prénom, j’en passe des meilleurs. » Du coup, il préfère se faire appeler « Abdel ».

Mon amie Mariam me propose de zapper les prénoms nobles de la religion musulmane : « S’il te plaît, ne l’appelle pas Mohamed ou Aïcha ! » Elle évoque là le prophète Mahomet et son épouse préférée. Mariam est venue du Maroc il y a trois ans et a épousé un Français d’origine britannique. Cette brune de 32 ans aux grands yeux noirs tracés au crayon, cils volumineux, à la bouche pulpeuse et au français parfait couplé à un léger accent maghrébin, a été choquée le jour où elle a passé l’un de ses premiers entretiens d’embauche pour un poste de « responsable communication ».

« Pensez-vous que mon profil vous corresponde ? demande-t-elle au recruteur. – Nous reviendrons vers vous. » Puis, bredouillant quelques mots dans un léger sourire, il ajoute : « Votre nom (de famille, ndlr) n’est pourtant pas typé… » Son patronyme lui a toujours valu d’accéder à l’étape de l’entretien. Mariam était à cent lieues d’imaginer qu’on pouvait réfléchir de la sorte en France. Mariam a donné à sa fille d’un an et demi le prénom de Nora, en référence à l’actrice américaine Nora Ephron. « J’espère juste qu’elle gardera les cheveux blonds de son père pour ne pas être fragilisée par la ségrégation dans son enfance. »

Dans un milieu aussi cosmopolite que la région parisienne, doit-on encore donner à ses enfants un prénom passe-partout ? J’ai fait pour mon futur enfant le choix d’un prénom qui évoque diverses origines. Non pas pour éviter le « typé arabe » mais pour des raisons qui me sont personnelles.

Nadia Boudaoud

Nadia Boudaoud –

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