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Comparutions immédiates au Tribunal de Bobigny, mercredi 27 octobre, aux alentours de 16 heures. Les juges de la 17e Chambre correctionnelle entrent dans la salle d’audience. L’assistance se lève. La présidente appelle le dossier numéro 6. Djamel B., escorté par trois gendarmes est conduit au box des accusés. Démenotté, il s’assied sur le banc. Pantalon trop grand pour sa taille, crâne rasé, visage souriant, il se lève lorsque la présidente lui demande s’il souhaite être jugé « maintenant ». Il hésite un instant, opte pour un jugement immédiat.

Djamel B. paraît instable, un peu « perché ». Il est parfois rigolo. Les faits qui lui sont reprochés sont les suivants. Le 13 octobre, dans un état de démence, il menace de mort son père en brandissant un couteau : « Je vais tous vous tuer. » Son père a esquivé le coup. Il se rend ensuite dans la chambre conjugale, réitère ses menaces face à sa belle-mère. La sœur s’interpose. Les policiers viennent l’interpeller au domicile parental. Il est hospitalisé d’office.

Djamel B est récidiviste. De nombreux précédents à son « actif ». En tout dix-sept pages, dont dix de mains-courantes. L’accusé ne cesse d’interrompre la présidente pendant qu’elle énumère les faits. Il veut se défendre, sans attendre la plaidoirie de son avocate. Il anticipe. Il veut expliquer précisément ce qui, selon lui, s’est passé. Un policier lui demande de se calmer. Il se calme, s’assied, se lève et recommence. La présidente le laisse parler. Dans un français incompréhensible, il explique que « c’est pour faire peur à mon père que j’ai sorti le couteau. Mais franchement je trouve que le père en rajoute un peu trop, Madame. »

La présidente poursuit l’exposé des faits. Elle lit la déclaration du père, absent de la salle, qui s’est porté partie civile : « Mon fils est schizophrène, ce n’est pas la première fois qu’il tente de nous tuer. Il est fou, je ne peux plus me contenir. Il va finir par tuer quelqu’un. » Djamel B. est amusé. Il scrute l’auditoire. Je croise son regard. Il n’a plus l’air du tout amusé. Une gêne m’envahit. Je baisse les yeux et regarde ailleurs. Peut-être qu’il va se souvenir de moi…

La présidente lui donne la parole. Il ne conteste pas les faits. Pour sa défense, il jure que : « Sur la tête de ma mère je suis gentil. Je voulais juste faire peur à ma famille. J’aime trop mes parents. Donnez-moi une chance, Madame. Pour vous faire plaisir je vais reprendre la piqûre. Je vais partir en Kabylie et me marier. Je vais quitter la France. » Un certificat médical joint au dossier dresse un portrait psychologique du prévenu. La présidente s’est volontairement abstenue d’en évoquer le contenu, c’est « sans commentaire », dit-elle.

La parole est donnée au procureur. Son réquisitoire est extrêmement court. Trois minutes à peine. Je n’entends pas ce qu’il requiert. Pourtant je suis au premier rang. Je tends un peu plus l’oreille. Il a déjà terminé. Au tour de la défense. Djamel B. se lève et prie. Il fait le signe de croix. Son avocate considère que « sa place n’est pas en détention mais plutôt dans un hôpital psychiatrique où il pourra bénéficier d’un traitement ».

Les juges délibèrent. Vite. Très vite. En dix minutes c’est fait. La présidente prononce les sentences pour l’ensemble des accusés de cette après-midi de comparutions immédiates. Djamel B n’entend pas la peine qui lui est infligée. Moi non plus. Au moment où les juges ferment leurs dossiers, il interpelle la présidente : « Madame, vous allez me mettre en prison ? – Oui, dit-elle. Vous allez à Fresnes. – Oh non, s’il vous plaît, je veux aller à Fleury-Mérogis. »

Mimissa Barberis

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