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Voilà deux semaines que les ministres ont déclaré leurs patrimoines. C’est au tour d’Hadjila de nous dévoiler la liste de ses biens … 

Comment ça, nos ministres déclarent leurs patrimoines et pas moi ? Parce que franchement, pour ce qu’il y’a à voir ! Entre les canoës-kayaks haut de gamme, grand luxe d’ Eva Joly et les dettes contractées pour s’offrir des apparts à Arcachon, franchement, vous me faites pas rêver les mecs, on dirait le Juste Prix ! Vendez-nous du strass et des paillettes, ça ne paye pas de faire les mesquines, vous êtes ministres ! Il n’y a pas de honte à kiffer la vibes avec vos mecs.

Bon, cependant, n’exagérez rien, ne faites pas comme Philippe Duvernoy, élu farfelu de Montbéliard, en vous foutant à poil au milieu de votre salon et en scandant, un brin provocateur d’après lui, je cite : « On peut publier son patrimoine et cacher l’essentiel ». Voilà qui est dit, voilà qui est fait. Phil’, l’époque du « Morning Live » est passée, sache-le ! Si tu veux faire de l’humour, il y a une scène ouverte, qui s’appelle la scène politique et qui est plutôt pas mal en terme de stand up (clap, clap, clap).

Donc, moi aussi je veux déclarer mon patrimoine. Mais désolée, je ne montrerais rien de mon anatomie parce que vous ne vous en remettrez pas !

En termes de patrimoine immobilier, je n’ai rien! Enfin si, mon père, grand prince, m’a dit un jour : « A ma mort, tu hériteras du terrain d’oliviers du bled. Mais sache que tu n’hériteras pas des oliviers, ni du droit d’exploitation des oliviers, ni de l’huile d’olive qui en découlera. Voilà. Fais-en bon usage et ne salis pas la mémoire de ton vieux père. De toute façon, si tu me désobéis, je te maudirais de l’au-delà.  » Quand je lui ai répondu que j’en avais rien à faire des oliviers mais que je prendrais grand soin de son appartement du 15ème arrondissement, il a regardé ma mère et lui a dit, très sereinement et comme si je n’existais pas : « Ouardia, appelle le notaire. On a une fille à déshériter! » Donc, biens immobiliers : néant.

En termes de patrimoine pécunier. Je suis à -400 euros sur mon compte. Ce qui veut dire que, potentiellement, j’aurais un jour 400 euros puisque je les dois. Ok, c’est vrai, ils ne m’appartiennent pas totalement, mais il faut bien un début. Quant au compte courant que j’avais avant, il nage à contre courant depuis un moment, donc on ne le compte pas. On enlève à ça mon PEL, Plan Epargne Louboutin, qui servira hypothétiquement à couvrir mes frais de souliers un jour où je n’aurais que mes yeux pour pleurer et mes chaussures pour me consoler mais je n’y compte même pas parce que mon père a réussi à convaincre mon banquier que, même si le compte était à mon nom, il lui appartenait totalement. Et en termes de placements boursiers, je touchais une bourse mais l’Etat l’a coupée quand j’étais encore à la fac. Donc, patrimoine pécunier : rien à déclarer.

En termes de patrimoine textile. Je n’ai pas de comptes en Suisse mais j’ai un ex qui m’a laissé quelques belles robes. Comme toutes les filles, mon armoire regorge de vêtements mais honnêtement, je n’en ai pas des masses, contrairement à ce que j’aimerais. Par contre, j’ai quelques paires de chaussures cool mais je ne dévoilerais pas le prix, on  m’accuserait de blanchiment d’argent.

En termes d’œuvres d’art et de bijoux. J’ai le collier en coquillettes que j’ai fait en grande section de maternelle et que je léguerai à ma fille, tel un bijou de famille et qui, à l’instar d’une œuvre de Jeff Koons, vaut énormément d’argent (enfin… vaudra…un jour… peut-être). Le croco en pâte à sel, à qui il manque deux pattes et la queue également mais c’est mon grand frère qui l’a confectionné afin d’extérioriser une rupture douloureuse. Il avait 7 ans. Mais ça vaut de l’or! Une bague en « ours massif », dixit le vendeur chercheur d’ « ours »,  que j’ai achetée lors de mon dernier voyage au Maroc, à Mohammedia. Il vaut une blinde apparemment, il y a le poisson derrière même s’il ressemble à un lézard, c’est gage de qualité quand même !

Quand aux moyens de transport, je déclare mes rollers « Fisher-Price », jaune et rouge à quatre roues, avec le frein devant, qui avaient un bruit de caillou coincé qui rendait fous nos parents. C’est du vintage alors ça doit valoir un peu d’argent.

Reste, à mes yeux, ce qui a le plus de valeur et qui est inestimable, le patrimoine génétique. De ma patrie natale, l’Algérie, je revendique la fierté, la base. Peuple français, je pense que je ne vous apprends rien. J’ai reçu un héritage paternel nerveux (mes profs en ont été témoins)  et ambitieux. En héritage maternel, la rancune tenace, la loyauté, la détermination et l’art du repassage. Mais elle a gardé le fer à repasser.

Et lorsque j’ai été voir pour souscrire un contrat assurance vie, on m’a répondu que lorsque je saurais payer à temps mon contrat SFR et l’assurance de mon ordinateur, on verrait pour tous les autres contrats.

Voilà. Vous vous en fichez ? Nous aussi.

Hadjila Moualek

 

 

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