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Généreusement distribuées par les auto-écoles, les heures de conduite plombent un budget déjà serré. Jonathan, comme de nombreux étudiants, en a fait les frais.

Trois mois. Dans quelques jours, cela fera trois fichus mois que j’ai passé et loupé mon permis dans une auto-école du centre de Bondy. Trois mois d’attente et toujours pas de nouvelles concernant une prochaine date, malgré les 40 heures de conduite, les 2 années d’inscription et les 2000€ dépensés.

Pourtant tout avait bien commencé dans cette auto-école qui me semblait sérieuse. Mes frères y avaient eu leur permis et nombre de mes amis s’y sont inscrits. En septembre 2011, je pousse la porte séduit par le forfait code et permis avec 30 heures de conduite. Dès le mois de janvier, je passe et obtiens mon code, et le mois suivant je débute la phase pratique. C’est à ce moment que tout se gâte avec des heures de conduite espacées de plusieurs jours, voire quelques semaines et des moniteurs toujours différents. Finalement, j’arrive à la veille des vacances d’été au milieu de mes heures de conduite et je décide de stopper ma formation pour la reprendre à la rentrée.

Au mois de septembre, c’est reparti ! Me croyant lancé dans le sprint final de mes dix dernières heures, j’en réserve quelques-unes et lors de ma première, mon moniteur référent m’annonce finalement qu’il m’en faudra 10 de plus soit 40 heures au total. Je m’empresse alors de lui demander si j’ai le choix, parce qu’à 50 euros l’heure, la réflexion est autorisée ! Sa réponse est sans équivoque, je peux le passer si je le souhaite, mais en cas d’échec, l’attente à l’examen sera encore plus longue. Finalement, j’accepte le contrat et me voilà reparti pour 20 heures de conduite, ce qui m’amène à passer mon permis début décembre.

J’arrive confiant le jour de l’examen à Rosny-sous-Bois, où j’avais auparavant repéré les moindres recoins et pièges à permis. Le premier candidat passe et manque de chance : refus de priorité. Mon tour arrive et je conduis de façon tout à fait correcte, avec une faute à la fin qui me semble minime, mais qui a quand même été relevée par l’examinatrice. C’est confiant que j’ouvre donc ma lettre quelques jours plus tard.

Le couperet tombe : faute éliminatoire, je suis recalé malgré mes 22 points (20 points sur les 30 de l’épreuve pratique sont nécessaires à l’obtention). C’est après-coup, en discutant avec mes amis que je me rends compte n’avoir pas eu beaucoup de chance à l’examen. Sur l’ensemble des personnes rencontrées et ayant passé le permis au cours des trois dernières années, seulement deux l’ont obtenu du premier coup ! Cela ne s’arrête pas là. Je multiplie les recherches et me rends compte que le taux de réussite a dégringolé ces dernières années pour les premiers passages, et plus encore plus en région parisienne. Étonnant, non ?

Les auto-écoles auront toujours autant de candidats, elles le savent et en profitent et c’est ça qui est choquant ! Le prix du permis explose et les services proposés baissent, où est la logique ? Pour certaines personnes, le permis est une nécessité, un besoin pour trouver du travail ou bien s’y rendre et pourtant, elles n’ont pas les moyens de se l’offrir. Le permis se passe souvent jeune, la majorité à peine atteinte mais qui peut prétendre, à 19 ou 20 ans dépenser 2000€ pour son permis !

J’ai eu la chance que mes parents paient une bonne partie de ma formation. Pour ceux qui n’ont pas cette opportunité, le permis est un sésame difficilement accessible. Et puis c’est le cercle infernal : pas de permis, pas de travail, pas de travail, pas de revenus et pas de revenus pas de permis. Le business du permis contribue à accentuer la précarité, d’autant plus pour nous, banlieusards, qui devons souvent nous déplacer pour trouver un emploi.

Je n’ai pas de solution miracle, je ne sais pas pourquoi le prix du permis augmente autant, mais je sais une chose : 2000€ pour avoir le droit de conduire, pour une personne lambda, sans parler des multiples ratés ou des difficultés chroniques, c’est beaucoup trop. Étudiant, je vois de mes propres yeux la précarité dans laquelle sont embourbés de nombreux jeunes et leurs difficultés pour se payer le permis. Jusqu’où faudra-t-il que le prix du permis grimpe pour qu’enfin scandale arrive ?

Jonathan Sollier

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