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L’aérodromophobie, ou plus communément l’aviophobie, est la peur de l’avion.  On ne se rend jamais vraiment compte de son ampleur et de ses conséquences quand ce mal nous est étranger. Les évènements récent liés au crash de l’Airbus 320-200 d’Air Asia, ont de quoi amplifier cette phobie. Dalal a déjà vécu une mésaventure. Elle raconte.

J’ai eu plusieurs fois l’occasion, depuis mon plus jeune âge, de prendre l’avion : ma famille et moi aimons voyager et les allers-retours ne manquaient pas. J’ai toujours eu beaucoup de facilités, j’étais sereine, j’attendais même avec impatience le moment de m’installer sur mon siège pour sentir la puissance des moteurs nous soulever dans les airs. Pour moi tout était magique, du décollage au repas peu fameux qui pourtant me paraissait délicieux. L’excitation du voyage l’emportait sur tout le reste. L’avion était synonyme de vacances.

Puis, un vol a changé ma vie. Nous revenions de Venise, et nous avions décidé de prendre une compagnie « low-cost ». Ma première et dernière expérience en la matière. Durant ce vol de nuit, alors que tout semblait se passer pour le mieux, de fortes turbulences ont commencé à nous secouer et à travers mon hublot, j’ai aperçu une image qui semblait sceller mon destin : le moteur droit venait de prendre feu en plein vol. J’ai vu ma vie défiler sous mes yeux mais contre toute attente je ne voulais pas laisser la panique m’envahir. L’atterrissage a été possible et je me croyais saine et sauve. Malheureusement il y a bel et bien eu un point de rupture durant ce vol : je garde encore aujourd’hui des séquelles de cette très mauvaise expérience.

Au début, les choses ont été difficiles. Je ne suis pas allée jusqu’à me priver d’un bon voyage à cause de ma peur mais je dois avouer que j’ai dû faire un effort surhumain et que j’ai dû instaurer de petits rituels indispensables : être accompagnée, être assise côté hublot pour guetter le moindre bruit, la moindre anomalie, même si au fond je savais que je ne pourrai rien changer, et surtout, je ne peux plus prendre de compagnie « low-cost ». Pourquoi payer pour me précipiter vers une mort certaine ? Pour moi, c’était tout simplement du suicide.

La seule chose qui m’a réellement aidé à avoir moins peur ce sont toutes les recherches que j’ai pu faire sur le fonctionnement d’un avion, le métier de pilote, et les différentes causes de crash. J’ai beaucoup appris, j’ai compris pourquoi on nous répète que c’est le moyen de transport le plus sûr et qu’on a plus de chances de mourir en allant à l’aéroport (en bus, train ou voiture) qu’en prenant l’avion. J’ai aussi appris que 30% des personnes à bord d’un avion en ont peur, principalement parce qu’on remet notre vie en les mains d’inconnus et qu’on a l’impression que la situation nous échappe, que l’on n’est plus maitre de son destin. Mais pourquoi avons-nous ce besoin de savoir que l’on peut maitriser la situation ? Un pilote monte à bord, de ce que les aviophobes considèrent comme un engin de la mort, une machine qui nous précipite vers le tombeau, et ce tous les jours de sa vie sans que cela ne l’empêche de rentrer chez lui une fois le travail terminé. C’est un métier, une carrière et surtout un moyen de transport qui subit des contrôles quotidiens, pointilleux, pour éviter un drame qui peut mener une compagnie à la faillite.

La psychose s’est intensifiée cet été avec les multiples crashs survenus. Entre un avion de la Malaysia Airlines toujours porté disparu près de l’Australie et un autre, le MH17, qui passe au-dessus de l’Ukraine et qui se prend accidentellement un missile qui tue toutes les personnes à bord, il y a de quoi s’en faire. Mais le fait est que, ces catastrophes sont tellement rares que leur médiatisation relève de l’extraordinaire : on nous bombarde d’images terrifiantes quotidiennement. On nous rappelle que les victimes avaient une famille, une vie, et l’on se projette dans cette situation atroce en se disant que ça n’arrive pas qu’aux autres, que tout est possible.

Des stages sont disponibles pour gérer ce stress en avion. Il y a notamment Air France qui entreprend d’aider les aviophobes à comprendre le fonctionnement des machines et le peu de risques encourus en une journée, sous le slogan « Apprivoiser l’avion ». Cette aide passe par trois grandes étapes : il y a tout d’abord un entretien avec un psychologue, pour comprendre l’origine de la peur et pouvoir la combattre. Il faut remplir un questionnaire et l’analyser avec le thérapeute pour trouver des solutions durables afin de vaincre l’angoisse. S’en suit des cours théoriques pour mieux comprendre l’avion. On rencontre durant cette étape une hôtesse de l’air, pour qu’elle puisse nous faire part de son métier, des mesures de sûreté et de sécurité, un spécialiste du stress aéronautique pour une présentation des différents exercices de détente, et enfin un pilote pour nous éclairer sur l’origine des trous d’air, des turbulences et savoir comment vole un avion. La dernière étape consiste à passer de la théorie à la pratique en embarquant à bord d’un simulateur qui est la réplique exacte d’un cockpit d’Airbus 320 : on y prend les commandes à la place du pilote, on peut simuler différents aléas météorologiques comme la pluie ou encore la foudre. Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, un livre intitulé « comment ne plus avoir peur en avion » est offert à l’aérophobe, qui pourra l’accompagner à chacun de ses déplacements à bord de la « machine infernale ». Un suivi personnalisé est aussi possible après le stage si l’angoisse persiste. Toutefois, pour bénéficier de ce stage, il faudra débourser près de 650 euros : on réfléchira donc à deux fois avant de tenter cette expérience pour se défaire de sa paranoïa.

Aujourd’hui, j’ai fort heureusement réussi à faire un travail sur moi-même et la peur s’est atténuée, mais cela m’a prit plusieurs années, rythmées de nombreux vols ainsi que de longues discussions avec un grand nombre de pilotes pour me rassurer définitivement.

L’aviophobie est, comme toutes les phobies, une peur irraisonnée. Cependant, grâce à un travail important sur soi, il est possible de braver ce qui nous paraît insurmontable, croyez-en mon expérience.

Dalal Jaïdi

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