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Mardi 21 mars, le collectif  « Les Morts de la Rue » rendait son hommage annuel aux personnes sans domicile fixe décédées en France. Devant un cimetière éphémère recouvrant la place du Palais Royal, le collectif a égrené les noms des 501 sans abri morts en 2016, selon un décompte du collectif. Un chiffre qui pourrait, en réalité, être six fois supérieur. Reportage.

Disposés les uns à côté des autres, des rectangles de fausse pelouse sont étendus sur la place du Palais Royal, figurant un cimetière éphémère. Par dessus, quelques fleurs sont déposées, comme sur de vraies tombes, ainsi que des plaques nominatives indiquant une date et une ville correspondant au décès de chaque défunt. Une mise en scène éloquente pour rendre hommage aux personnes sans-abri décédées en France en 2016.

« En honorant ces morts, nous agissons aussi pour les vivants »

Devant une foule de badauds, les membres du collectif énumèrent un à un ces noms d’individus oubliés, précisant le jour et le lieu de leur mort. « Mohamed D. , 66 ans, le 19 janvier, à Villejuif », « Florian, 52 ans mort le 6 mars à Grenoble », « Poppa, 26 ans, 14 octobre 2016, Ile-de-France ». Certains, dont l’identité est inconnue, sont simplement appelés « un homme ». Emu, le public, venu assister à cet hommage, se recueille. Seuls quelques sanglots viennent rompre un silence frappant.

En 2016, le collectif, qui s’appuie sur les témoignages de riverains ou d’associations, a dénombré 501 décès. « On pense qu’il y en aurait six fois plus » déplore Cécile Rocca, soit environ 2 800. Parmi eux, 46 femmes et 11 mineurs, dont six avaient moins de 5 ans.

Entre deux noms, les bénévoles du collectif décrivent le quotidien des sans-abris. Des mots poignants, plus percutants que de longues descriptions. « Vivre à la rue, on en crève. […] Dormir dans sa voiture, sur des cartons. […] Peur, peur, peur du viol « , racontent-ils, comme on récite un poème. « Noyade, incendie, cancer soigné trop tard, épuisement ». Quelques phrases sont également reprises en chœur par le public et répétées trois, quatre fois. « Ils ne verront pas ce printemps ». Et celle-ci qui vaut peut être mille mots : « En honorant ces morts, nous agissons aussi pour les vivants ».

« C’est une cérémonie très émouvante, chuchote Jean-Paul, bénévole à la Soupe Saint-Eustache. Il est indispensable de se souvenir de ces personnes décédées dans l’indifférence ». A quelques mètres de là, Marion, travailleuse sociale, regrette que « l’on ne prenne pas plus de temps pour penser aux personnes sans-abri. On les croise tous les jours, ils font presque partie de notre quotidien, mais lorsqu’ils meurent, on ne pense plus à eux ».

« J’aimerais tant qu’ils sachent qu’aujourd’hui, leur perte nous bouleverse »

Une fois tous les noms évoqués, le public est appelé à se recueillir autour du cimetière éphémère. Thomas, un jeune musicien, joue du djembé avec entrain. « Chaque année, le collectif réfléchit à une installation autour d’un thème, explique Cécile Rocca, coordinatrice du collectif. Pour cette fois-ci, nous avons eu l’idée du printemps. Nous souhaitions faire un geste de deuil, comme déposer une fleur sur une tombe ».

Une installation que Pauline, éducatrice venue avec une amie, juge « sobre, mais évocatrice ». A quelques mètres de là, Pascal, ingénieur accompagné de son fils Matteo, lit les noms déposés sur les rectangles de pelouse. « C’est terrible. Certaines de ces personnes n’avaient qu’une trentaine d’années. J’aimerais tant qu’ils sachent qu’aujourd’hui, leur perte nous bouleverse », confie-t-il, les larmes aux yeux.

Repas offert et notes de musique

Quelques minutes plus tard, à l’issue de ce moment de recueillement, le collectif remballe le cimetière éphémère. Chacun de ses membres offrent des roses aux personnes présentes et aux passants. Soupe et chocolat sont offerts pour achever cette soirée dans la convivialité au son des airs mélancoliques joués par un groupe de musiciens.

Maéva LAHMI

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