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Un jour ordinaire. Il faut acheter du poisson frais. Jimmy se lance à la recherche d’une poissonnerie à Bondy. Mais les rues de la ville restent muettes comme une carpe.

Il est environ 13 heures, et je suis toujours bien confortablement allongé sur mon lit. Aujourd’hui, je ne travaille pas car c’est mon jour de repos, et je compte bien en profiter en me goinfrant de chocolats et de boissons gazeuses à volonté. Je me suis donné toute la semaine dans mon magasin à vendre et à faire des heures supplémentaires, condition précaire d’un ancien étudiant diplômé en maîtrise de philosophie. Ce sera donc journée grasse mat’ et séries télévisées. Un si beau projet détruit en l’espace de quelque instant par la venue dans ma chambre de ma mère en hystérie. “ Tu dors encore à cette heure là petit voyou ! Lève-toi, tu vas m’acheter quelque chose …” De ce que j’ai compris de son charabia, elle ne sera pas là ce soir pour préparer à dîner, elle m’envoie donc en urgence chercher les ingrédients dont elle a besoin pour cuisiner avant que mon beau-père ne rentre du boulot.

J’enfile aussitôt ma cape rouge, et je pioche dans mon porte-monnaie les sous manquants à la mission qui m’a été confiée par ma mère : chercher du poisson, un kilo de farine avec de l’huile de tournesol avant cinq heures de l’après-midi. Facile en théorie mais la réalité vient vite me rattraper au galop, la farine et l’huile se trouvent sans grande difficulté,  mais lorsqu’il s’agît d’une poissonnerie dans le 93, c’est une autre paire de manche. Quelque chose me dit qu’il y aura un peu plus de suspens dans cette chasse au poisson que dans mes séries TV. Je commence par éplucher Bondy dans tous ses recoins, demande aux passants ma route, décortique mon portable pour qu’il me trouve le poissonnier le plus proche, mais rien à faire, le poissonnier n’est pas au rendez-vous. Dans un acte désespéré je rentre dans une épicerie,  croyant en une illusoire solidarité entre ces commerçants :  » Excusez M’sieur, vous connaîtriez pas une poissonnerie dans le coin ? Ça fait des heures que je tourne en rond sans rien trouver « . L’épicier me fixe des yeux, me regarde avec un drôle d’air, et me répond :  » T’es au mauvais endroit, on n’en manque par ici, va chercher plutôt du coté de Drancy ou de Noisy ”.  Constat amer, mais pourtant vrai, je sors et regarde autour de moi, c’est à ce moment que je remarque que le quartier est essentiellement constitué de kebabs et d’épiceries, un vrai contraste avec d’autres endroits en Ile-de-France.

Ma montre affiche déjà 16h40, et je suis toujours à la recherche d’une poissonnerie. Je m’inquiète au-dedans de moi sachant que ma mère m’attends pour mettre le poisson à bouillir dans la marmite. Pour ne pas qu’elle me prenne la tête, j’éteins mon portable pour ne pas entendre sa voix enragée. Sans conviction, je décide de m’adresser aux passants : mauvaise idée ! A croire qu’il sont des hallucinations, et qu’ils voient des poissonneries à tous les coins de rues. Un des habitants du coin m’affirme que je devrais jeter un coup d’oeil du côté de Noisy-le-Sec, et déplore le manque de commerce dans son quartier : « Auparavant, il y avait une petite charcuterie dans le coin ça m’empêchait de faire des kilomètres pour aller chercher mon rôti, en plus il y avait une bonne relation entre la clientèle et le commerçant.  » Un éclair de génie me traverse l’esprit. Je m’assois et voit le bonheur à quelques pas. Je rentre à l’intérieur avec l’impression d’avoir découvert la caverne d’Ali Baba. Avec ironie, je m’adresse au commerçant, en lui relatant le parcours du combattant pour arriver jusqu’à lui, et lui fait la remarque de la pénurie de poissonniers dans les alentours. “Il y a davantage d’agences immobilières qui s’installent, c’est dommage mais c’est comme ça.”

Cette quête du trésor a réussi à gâcher ma journée parfaite, et m’a fait comprendre le manque de commerces. Taxiphones, épiceries, boulangeries, kebabs pullulent dans nos quartiers. Les spécialiste manquent à l’appel. Il y a un marchant de vins qui vient d’ouvrir, ça colore un peu le paysage. Je rallume mon téléphone, cinq messages en absence. Je me demande dans lequel ma mère me descend le plus.

Jimmy Saint-Louis

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