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A Clichy-sous-Bois, personne n’a oublié les deux enfants, morts le 27 octobre 2005 cachés dans un transformateur EDF, après avoir voulu fuir la police. Onze ans après, on se souvient et on rend toujours hommage. Reportage.

Il est 19h00 ce jeudi, c’est les vacances scolaires. Aucun élève ne devrait se trouver devant les grilles du collège Robert Doisneau, à Clichy-sous-Bois. Pourtant, ils sont là. Cinq ou six adolescents papotent devant leur établissement. Aucune vanne, ni private joke. Pas un décibel au dessus du bruissement des feuilles dans les arbres. A première vue, ces filles et ces garçons, libres comme l’air des vacances, doivent être les élèves les plus sages de France. Ou bien, les visages de Zyed et Bouna, posés sur une stèle à l’entrée du collège, leur inspirent calme et retenue.

Ces deux gosses garderont pour l’éternité leurs sourires de collégiens, ceux qu’ils avaient il y a onze ans. « Ils sont beaux », chuchote une coquette jeune fille qui se recueille un moment devant la stèle. ‘Du gâchis’, marmonne un de ses camarades. Un drame surtout, pour tous.

Le 27 octobre 2005, pressés de rentrer chez-eux pour rompre une journée de Ramadan, après une partie de foot, Zyed Benna et Bouna Traoré croisent une patrouille de police. Avec leurs casiers judiciaires vierges comme le carnet de santé d’un nouveau-né, ils n’ont rien à se reprocher. Pourtant, à la vue des insignes, ils courent. La peur de l’uniforme ou la lassitude des contrôles de police répétés, peut-être. La poursuite se termine dans un transformateur EDF en même temps que leurs toutes jeunes vies. Ce drame embrasera les banlieues françaises pendant trois semaines. Clichy-sous-Bois fera la une des journaux de la planète. De cette révolte urbaine naitra le Bondy Blog.

Des habitants de la ville rejoignent par petites grappes le groupe de collégiens et la présence de notre média parait déplacée. C’est toujours le cas quand on pénètre, un tant soit peu, dans l’intimité d’un groupe soudé par le deuil. Pour tous ces Clichois, Zyed et Bouna ne sont pas un symbole des quartiers populaires, pas plus que celui des rapports entre jeunes et policiers. Zyed et Bouna c’étaient leurs amis, leurs frères, les enfants du village partis trop tôt. Ils sont tous là ce soir, comme chaque année, réunis pour se souvenir.

Bientôt une cinquantaine de personnes se retrouvent autour de Siaka Traoré, frère de Bouna. Les plus jeunes sont les plus nombreux. Ils devaient avoir 4 ou 5 ans quand Zyed et Bouna sont partis. Mais ils font partie de leur vie. Ils les voient tous les jours, à l’entrée du collège et le chemin de l’école porte leurs noms.

20161027_192846Siaka Traoré improvise un court discours, la voix remplie d’émotion. « Vous êtes ma force », clame-t-il à l’assemblée qui se recueille. Ils demandent aux plus jeunes de « rester exemplaires ». Siaka n’est plus seulement le grand frère de Bouna. Olivier Klein, maire de Clichy-sous-Bois, dit quelques mots aussi.

La minute de silence s’achève tout comme la cérémonie de recueillement. Beaucoup tentent de retenir leurs larmes. On se serre la main ou on se fait la bise et chacun retourne à ses affaires. La réunion de famille est finie. Bientôt, plus personne devant la stèle fleurie de Zyed et Bouna. Reste dans l’air la chaleur et les pensées des proches. De quoi leur tenir compagnie jusqu’à l’année prochaine.

Idir HOCINI

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