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Près de 300 personnes ont marché ce dimanche 15 octobre en hommage à Yacine, ce jeune Aulnaysien retrouvé mort dans une cave, le 14 septembre dernier. La famille réclame une vraie enquête. Les soutiens et proches de la victime pointent la police du doigt.

« On en a marre, marre, marre de cette justice à deux vitesses », scandent les manifestants. Au nouveau rassemblement organisé par les proches et la famille de Yacine dans les rues d’Aulnay-sous-Bois, les adultes et personnes âgées défilent aux côtés des ados, des plus jeunes et des mamans poussant leur progéniture dans leur poussette. Plusieurs associations ont également répondu présentes comme « La Révolution est en marche », le collectif « Urgence notre police Assassine ». Ce dimanche, tous se sont réunis dès 15h au Galion, ce quartier des 3 000, pour rejoindre l’esplanade du Cap.

Famille et soutiens réclament une vraie enquête

Cette marche blanche a pour objectif de réclamer « une vraie enquête » pour Yacine. Le constat de la famille est sans appel : la police n’a pas mené son enquête comme il se doit. Elle a réussi à obtenir le 9 octobre l’ouverture d’une information judiciaire et la nomination d’un juge d’instruction. Les proches de Yacine ont toujours douté de la version officielle qui concluait à un décès par overdose. Le corps de Yacine, 24 ans, en formation de chauffeur poids-lourds, avait été retrouvé le 14 septembre dans une cave, face contre terre, pantalon baissé avec une barre de fer à proximité, des lésions sur le visage.

En tête de cortège, les proches de Yacine accompagnés d’Assa Traoré, sœur d’Adama Traoré mort dans les mains des gendarmes de Beaumont-sur-Oise le 19 juillet 2016, tiennent entre leurs mains une grande banderole où l’on peut lire « Vérité pour Yacine ». « Je suis là pour apporter notre soutien à la famille. Il faut renverser le système parce qu’on nous considère comme des citoyens de second zone voire même de troisième zone », affirme Assa Traoré. C’est insupportable, ces étiquettes que la justice et la police française veulent faire porter à nos frères qui seraient selon elles des drogués, des alcooliques, des voyous… j’en passe. Alors tous ensemble, nous disons ‘non’ à cette stigmatisation et ces actes racistes ».

Billel, le frère de Yacine, prend la parole. « Je ne cesse de vous remercier. Vous êtes notre force. Comme vous nous voyez, nous famille de Yacine sommes traumatisés. Cela fait exactement un mois et un jour que mon frère est dans un congélateur. Imaginez comme c’est douloureux de vivre cette situation ».

« On pointe du doigt la police »

Le rassemblement s’épaissit. Environ 300 personnes marchent en hommage au jeune Aulnaysien de 24 ans. Les manifestants viennent à la fois des quartiers populaires mais aussi de Paris comme Lutitia, originaire du XIVe arrondissement. « J’ai répondu présent à cet appel pour apporter mon soutien à la famille, compatir à leur douleur mais aussi les accompagner dans ce combat pour que justice soit faite ». Ce n’est pas la première fois qu’elle participe à un rassemblement de ce genre. « Je ne peux plus rester spectatrice. J’ai assisté à la marche en hommage à Adama Traoré et à d’autres. Je suis blanche aux yeux bleus, je n’ai jamais subi de contrôles policiers ni même de contrôles dans les transports. Le racisme que subissent nos compatriotes noirs ou arabes, c’est insupportable. Il faut que cela cesse ».

Parmi les manifestants, beaucoup portent des tee-shirts noirs avec pour inscription « Vérité pour Yacine » ou « Justice pour Yacine ». Tout au long de la marche, les slogans fusent : « Sans justice pas de paix », « Tout le monde déteste la police« . La police est clairement montrée du doigt, accusée de bâcler l’enquête voire même, par certains, d’avoir maquillé la mort de Yacine alors que rien ne permet d’aboutir à une telle conclusion. « On pointe du doigt la police. Elle n’a pas fait son travail comme il fallait. Nous ne sommes pas des victimes, mais plutôt des révolutionnaires. Regarder cette famille comme elle est déprimée. Alors, arrêtons de pleurer derrière nos écrans. Nous ferons face à cette justice pour réclamer nos droits », lâche Hadama Traoré, fondateur de « La Révolution en marche ». La mort d’Adama Traoré en juillet 2016 et le viol présumé subi par Théo, lui aussi jeune d’Aulnay-sous-Bois n’a de cesse de pourrir les relations entre la police et les habitants.

« J’ai peur maintenant quand mes enfants sortent, même pour aller à l’école »

Les manifestants sillonnent plusieurs quartiers d’Aulnay-Sous-Bois : les Étangs, le Merisier, Cité Emmaüs, La Garenne, Le Vieux Pays, Chanteloup, s’arrêtant à chaque rond-point pour marquer les esprits. Dans le cortège, une mère de famille traîne sa poussette. Sa fille s’est endormie. « C’est dur de perdre un enfant. On est là pour être solidaire. Ça peut arriver à n’importe qui. J’ai peur maintenant quand mes enfants sortent, même pour aller à l’école« .

Dans chaque quartier, les manifestants font plus de bruit et tentent d’alpaguer les habitants. « Descendez pour Yacine ! Descendez pour Yacine ! », lancent les proches à des résidents accoudés à leurs fenêtres. « Il faut que tout Aulnay nous entende, nous écoute, car on a perdu un être cher. Faisons du bruit », clame la soeur de Yacine. Fin de cortège, le rassemblement arrive dans le quartier de Savigny où vit la famille et où Yacine est décédé. Rares sont ceux qui retiennent les larmes lorsque la mère de Yacine prend la parole. « Le dernier moment où j’ai vu mon fils Yacine, il revenait du sport. Et je ne le revois jamais. C’est très injuste. On lui a enlevé sa vie. Je veux qu’on me rende mon fils ». Elle rappelle au président de la République Emmanuel Macron ses promesses pour les quartiers populaires. « Lorsque Monsieur Macron s’était rendu à Sarcelles, il avait dit qu’il combattrait l’injustice dans les banlieues. Mais on ne voit rien encore. Et les choses se répètent. Je l’interpelle pour qu’il tienne sa parole ».

Il est 18 heures. Le cortège a progressé lentement jusqu’à ce parc au pied de l’immeuble où habite la famille de Yacine. Ici, encouragements et remerciements résonnent à l’égard de ceux qui ont bien voulu rendre hommage à Yacine et soutenir la famille. « C’est grâce aux manifestations comme celle-ci que nous aurons désormais accéder au dossier, avertit Billel. Nous vous tiendrons au courant dans les prochains jours ou semaines pour d’autres rassemblements ».

Kab NIANG

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