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Des cris, des hurlements. Ils sont une bonne cinquantaine. De jeunes ados, capuches sur la tête pour certains, casquettes pour d’autres, ou tête nue. Ils sont noirs africains en grande majorité. Et ils avancent vers un but précis l’air déterminé. Des émeutes urbaines, en plein jour ? Non pas ce mardi 13 mai dans l’après-midi. Il s’agit d’un règlement de compte de collège à collège. Tout a commencé par une histoire de cœur. Sarah du collège Varèse sortait avec Mamadou du collège Brassens. Elle s’est lassée et a rompu avec lui pour sortir avec Byllale, du même collège qu’elle.

Mais le petit souci, c’est que Mamadou est encore amoureux de Sarah, et quand il apprend qu’elle est avec un autre gars, il le prend très mal. Il recontre d’abord son son rival afin de s’en expliquer avec lui. Ils se retrouvent sur Msn* et reprennent leur discussion. Mais là, ça devient plus agressif, à tel point que Byllale, pas très possessif, dit à Mamadou : « T’as qu’à la reprendre ta meuf, si tu la kiffes tant. »

Mais c’est trop tard. Mamadou a la rage au cœur et commence à insulter tous les élèves de Brassens de tafioles, tapettes et autres mots castrateurs. Byllale réplique qu’il n’est pas « un pédé », n’entend pas se faire injurier de la sorte. Il l’invite à venir régler ça devant le collège « entre hommes », non mais !

Mamadou ne se le fait pas répéter deux fois et c’est ainsi que le lendemain, il débarque avec 50 de ses potes armés de bombes lacrymogènes, de marteaux, de casseroles, de couteaux… afin d’affronter Byllale. Quelques jeunes d’une cité avoisinante, informés par les petits frères du spectacle à venir ce jour, arrivent aussi pour assister au « match ». Ce qui fait qu’il y a 70 ados à peu près devant le collège Varèse à 16h30, à la sortie des cours. La directrice qui n’a pas encore remarqué ce qui se passe devant son établissement, est alertée par les cris et appelle la police mais ne sort pas à l’extérieur du collège.

Une voiture de police arrive une heure après et tout le monde se disperse ou part en courant. La police n’interpelle personne. Le lendemain, les ados sont revenus à la même heure. Même cinéma, la police qui se montre et tout le monde qui repart.

Des élèves me donnent leur avis sur cette affaire : « C’est que des blédards, ils se tapent que quand ils sont en groupe, ces Africains. Quand ils sont tout seuls, ils ferment leur gueule ! Ils ont balancé de la bombe lacrymo pour rien, t’en avais un qui tenait un marteau dans la main comme un con. Comme il y a souvent des tapes (bagarres) entre grands des cités du 19, les petits essaient de les copier. Hier, ils étaient là et tout à l’heure encore il y avait un troupeau qui était revenu pour continuer l’affaire. Je sais qu’ils reviendront. Il y avait des filles qui regardaient la scène et un renoi (garçon africain) les a agressées verbalement en les menaçant de leur envoyer des fatous (bandes de filles africaines spécialistes des bagarres de rue et passages à tabac, réputées pour se battre comme des mecs). »

Sylvie, une maman du quartier, a assisté aux deux scènes. « J’hallucine, les filles restaient là à les regarder au lieu de rentrer chez elles ou d’appeler à l’aide. Les gens passaient la tête baissée comme si la rue appartenait à ces gamins. La police qui vient et qui n’embarque personne, les jeunes qui se marrent de cette situation. J’ai appelé le collège car je suis très inquiète pour mes enfants qui devront l’intégrer un jour. J’ai le sentiment qu’ils essaient de couvrir l’affaire.

» Ils ne convoquent aucun parent pour parler de cette situation ou les faire venir aux heures de sorties pour réinstaurer leur présence et leur autorité. Ils ne parlent pas de cette violence. Il faut la voir pour y croire ! Les parents qui visitent le collège ne sont pas informés des difficultés que traverse l’établissement. Les directeurs semblent perdus, pourquoi ne pas faire une association de pères pour qu’ils surveillent leurs gosses dans la rue ?! Ils sont responsables de cette situation. Comment accepter que leurs gosses crachent sur les gens ou aient des comportements irrespectueux au dehors ? Ceux qui veulent s’en sortir devront prouver qu’ils valent mieux que ça.

» Ce sont toujours des associations de femmes qui bougent pour lutter contre les violences. Les pères doivent reprendre l’éducation de leurs enfants en main et cesser de les laisser livrés à eux-mêmes dans la rue. Les enfants font ce qu’on leur laisse faire. C’est tellement plus facile de les laisser tous seuls dehors, plutôt que des les garder à la maison et trouver de quoi les occuper ! »

Nadia Méhouri

*Msn : ou Messenger, mode de communication moderne pour discussions en ligne très utilisé par les jeunes

Nadia Méhouri –

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