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« Jeunes », « château », « art », « caméras » sont des mots qu’on a pris l’habitude d’associer à une célèbre émission de télévision pour grand public. Pas ici : les vidéos sont en circuit fermé et les jeunes n’aspirent pas à se faire connaître. L’endroit vers lequel je me dirige est le Centre éducatif fermé (CEF) de la Rouvelière qui a ouvert en 2005 à Allonnes, en périphérie du Mans. Lors de leur création, les CEF étaient une des mesures phare de la loi de programmation et d’orientation du garde des Sceaux Dominique Perben. Présentés comme une alternative à l’incarcération des mineurs, ces centres accueillent des délinquants récidivistes et multirécidivistes âgés de 13 à 18 ans, durant une période de six mois à un an. Entretien avec le directeur du Centre éducatif fermé de la Rouvelière, Mustapha Labzaé.

Actuellement, combien y a-t-il de jeunes au CEF de La Rouvelière ?

Il y a onze jeunes âgés de 16 à 18 ans. Onze éducateurs les prennent en charge mais il y a un roulement tout au long de la journée. Nous tournons souvent à quatre éducateurs. La prise en charge commence très tôt, à 7 heures du matin : il s’agit de rompre radicalement leurs habitudes en leur imposant un programme journalier qui est connu à l’avance. Ce programme n’est pas négociable.

En quoi consiste-t-il ?

Il s’agit de mettre en place les repères spatiaux temporels de l’enfant. Chaque jeune à un emploi du temps programmé heure par heure. Il y a de la scolarité, du sport, un atelier culturel général et un atelier d’art plastique. Récemment, ils ont créé chacun leur propre œuvre (photo). Nous avons recyclé des matériaux qui ne servaient à rien et par le biais de la soudure, ils ont redonné âmes à ces objets. Leurs œuvres sont exposés à la mairie d’Allonnes et à la préfecture du Mans. Nous projetons d’en faire de même à Beaubourg et nous réussirons. Il s’agit d’une valorisation et d’une reconnaissance de leur travail. Ainsi, on fait exister le groupe en tant qu’artiste et non en tant que bande de délinquants.

Quel est leur dénominateur commun ?

Ils sont tous multirécidivistes et certains on même connu la prison pour vol et violence en réunion. Tous sont issus de parents divorcés, alcoolique ou de familles reconstruites. Tous les milieux sociaux sont touchés. Il y a dans le centre des jeunes dont les parents sont aisés. Ça ne concerne pas seulement les familles modestes. La plupart d’entre eux sont des accidentés de la vie qui présentent de grandes difficultés sociales et d’intégration. Il y a un véritable travail psychologique à mettre en place. Le but étant de les ramener à leur propre conscience.

En quoi le CEF est-il une alternative à la prison ?

Ils évitent la prison mais c’est leur dernière chance. Nous mettons en place un système éducatif, à savoir une surveillance continue, une écoute, une disponibilité, un encadrement et un rappel omniprésent de la loi. Il faut que la loi soit investie par le jeune et qu’elle puisse exister dans son esprit.

Sont-ils dangereux ?

Ils ne sont pas dangereux mais en très grande difficulté. Ce sont des jeunes que nous avons mal compris, tout simplement, bien que leurs infractions se caractérisent par des actes de violence. La source de leurs maux vient d’un manque de considération de la part de leur entourage et de la société. Je suis convaincu que si l’institution scolaire les avait correctement pris en charge, nous n’en serions jamais arrivés là. La société les rejettent, les traitent de « sauvageons », de « barbares »… C’est un regard synoptique qu’il faut avoir sur leur situation.

Pensez-vous qu’il y a une évolution temporelle dans les actes de délinquance juvénile ?

Chaque jeune est singulier dans ses difficultés. Les jeunes d’aujourd’hui et d’antan peuvent présenter des profils similaires. Mais il est faux de dire qu’ils sont plus délinquants qu’autrefois.

Pensez-vous que la loi du 10 août 2007 renforçant la lutte contre la récidive soit cruelle ?

Joker !

Rencontrez-vous des difficultés dans votre travail ?

La journée est très lourde et très difficile. C’est fatiguant d’être avec des enfants qui sont en permanence en train de vous solliciter. Cependant, on trouve réconfort et satisfaction quand on observe les résultats : 60 % de réussite au niveau national et c’est 80 % de nos jeunes au CEF d’Allonnes qui n’ont pas récidivé. Certains se sont orientés vers la charpenterie, d’autres ont opté pour le métier de cuisinier. Il y en a qui ont même réintégré le lycée !

Propos recueillis par Mimissa Barberis

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