photo de l'équipe du Bondy Blog

Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Le Bondy Blog a besoin de vous. Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don



Dans la nuit du jeudi 8 mai, aux environs de 23h30, Lamba, 29 ans, aurait été victime de brutalités policière. Selon les témoins présents, après avoir fait irruption dans le quartier de la Fontaine Mallet, à Villepinte (93), deux agents de police, sans raison apparente, s’en prennent à ce jeune homme qui est au téléphone dans le hall de son immeuble. Sans somation d’aucune forme, semble-t-il, un policier porte un coup de crosse de flash ball au front de Lamba.

Le ton monte. Ce dernier est de nouveau frappé, à la poitrine et au dos. A cet instant deux autres agents de police arrivent sur les lieux, avec un autre résident du quartier, menotté. Les policiers effectuent fréquemment des descentes dans ce quartier – « représailles », disent les jeunes –, depuis qu’un membre des forces de l’ordre y a été blessé, quelques semaines auparavant.

Le résident menotté tente d’expliquer aux agents que Lamba est atteint d’une maladie grave, drépanocytose homozygote, qui fragilise sa santé. Relâché par les policiers, Lamba, le visage en sang, demande à d’autres personnes présentes de se porter témoins de ce qui vient de se produire. Les policiers dispersent l’attroupement, avant de prendre la route en direction de la ville de Tremblay.

Accompagné de deux des ses amis, Lamba décide d’aller porter plainte contre ses « agresseurs ». Sur le chemin de la gendarmerie, il aperçoit quatre policiers, et parmi eux, les deux qui l’ont frappé. Ceux-ci, aidés de pompiers, sont en train de secourir un homme au sol. Lamba, le visage toujours en sang, s’approche des policiers pour leur faire part de son intention de déposer plainte. Deux des agents – ceux qui ne sont pas au courant de ce qui s’est passé auparavant – l’invitent à attendre les pompiers, occupé pour l’instant près de leur camion. Dans le périmètre interdit au public, autour du camion, Lamba est rejoint par les deux policiers qui l’on frappé, loin des oreilles des personnes présentes alentours.

« Je n’ai pas répondu à leur provocation », me raconte Lamba. Il est toutefois emmené de force au commissariat de police de Villepinte, où il sera retenu pendant près de deux heures, sans aucune raison apparente, encore une fois. Deux heures durant lesquelles il demande à pouvoir prendre ses médicaments qu’il garde précieusement sur lui.

Les pompiers, eux, sont toujours là. Ils constatent le mauvais état physique de Lamba. Refusant d’avoir affaire à ce commissariat (ni dépôt de plainte, ni premiers soins), ils demandent aux policiers de conduire Lamba à l’hôpital. Celui-ci explique qu’il est impératif qu’il aille à l’hôpital Robert Ballanger, à Sevran, où se trouve son dossier médical, sans lequel on ne pourra pas lui administrer les soins dont il a besoin. Les policiers, invoquant des raisons de procédure, semblent vouloir emmener Lamba à l’hôpital Jean Verdier de Bondy. Mais les pompiers s’opposent à cette idée. Finalement, ils les laissent partir avec Lamba, après leur avoir fait promettre que Lamba ira à l’hôpital Ballanger. Mais c’est vers Jean Verdier qu’ils font route. Arrivé sur place, Lamba croise à nouveau les deux autres policiers présents à Tremblay, qui l’avaient calmé. Ces derniers ont semble-t-il admis que Lamba avait été embarqué abusivement par leur deux collègues.

Le certificat médical établit que Lamba a reçu des coups au niveau de la tête, dans le dos ainsi que sur le thorax. L’état de Lamba nécessite qu’on lui administre ses médicaments, à base de morphine, mais le personnel médical de Jean Verdier s’y refuse, préférant que Ballanger, qui dispose du protocole de soins du jeune homme, s’en charge.

Les policiers, au lieu de véhiculer Lamba jusqu’à l’hôpital Ballanger, le ramènent en garde à vue dans leur commissariat, avec, pour chefs d’accusation, refus d’obtempérer lors d’un contrôle d’identité, agression verbale et usage de la violence. Les policiers affirment que la blessure au front de Lamba est due à un coup de tête de sa part. Toujours selon les policiers, Lamba, bien qu’ayant un handicap moteur d’environ 80%, est parvenu à leur échapper pour faire appel à d’autres personnes présentes pour venir « leur péter la gueule ».

Placer en garde à vue durant presque cinq heures, Lamba demandera à plusieurs reprises à pouvoir prendre ses médicaments, jusqu’à ce que survienne une violente crise, qui contraint les policiers à faire appel aux pompiers. Parmi eux, l’un connaît bien Lamba et ses ennuis de santé. Il exige que Lamba soit emmené à l’hôpital Ballanger sous assistance respiratoire. La crise durera deux heures. Les médecins relèveront la garde a vue pour le garder en observation deux jours durant.

J’ai tenté d’avoir des précisions auprès du commissariat, de la Direction départementale de la sécurité publique, des pompiers et du médecin généraliste. Personne ne souhaite me donner d’informations sur ce dossier. De son côté, Lamba a déposé plainte et demandé de l’aide à trois associations, le Mouvement des indigènes de la République, le Mouvement de l’immigration et des banlieues et le collectif Résistons ensemble, qui recourront aux services d’un avocat.

Salyf Diarra

Photo du milieu : le hall de l’immeuble où se sont passés les faits.

Salyf Diarra –

Articles liés

  • Assa Traoré mise en examen : le monde à l’envers

    Attaquée en diffamation par les gendarmes impliqués dans la mort de son frère, Assa Traoré, la soeur d'Adama Traoré, a été convoquée et entendue par les autorités ce mardi. Elle va être mise en examen, lui ont notifié les agents de police judiciaire qui l'auditionnaient. Après les arrestations et incarcérations des frères, voilà la grande soeur d'Adama Traoré dans le collimateur de la justice.

    Par Sarah Belhadi
    Le 02/10/2019
  • Wilson, défiguré par la police en rentrant du travail

    Le 9 mai dernier, Wilson a été violemment interpellé par un équipage de police dans son quartier, à la limite d’Aubervilliers et de Saint-Denis. Bilan : un nez cassé, un œil gonflé et ensanglanté et le souvenir d’une violence inouïe. Ce responsable associatif reconnu à la Plaine a décidé de porter plainte à l’IGPN et de raconter ce qui lui est arrivé. Pour que cela serve à d’autres. Témoignage.

    Par Ilyes Ramdani
    Le 26/07/2019
  • La marche Adama III : pleine de force, teintée de jaune

    Samedi 20 juillet, à Beaumont-sur-Oise, le collectif Adama a réuni plus de 1500 personnes pour rendre hommage à Adama Traoré, décédé il y a trois ans entre les mains des gendarmes. En présence d'élus de gauche, de syndicats et de nombreux gilets jaunes, la marche Adama III a permis de redire l'exigence de vérité et de justice des proches d'Adama et de leurs soutiens. Reportage.

    Par Miguel Shema
    Le 21/07/2019