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Une banderole déployée en faveur des sans papiers à l’occasion de l’inauguration des archives nationales par François Hollande, a provoqué du grabuge dans l’enceinte de Paris 8. Récit.

Il est 11h30 ce lundi 11 février lorsque j’entre à la fac. J’arrive dans le hall de mon bâtiment et je remarque une certaine agitation parmi les étudiants. Au début, je n’y fais pas plus attention que cela. La fac de Saint-Denis a la réputation d’être une fac vivante et c’est sûrement le seul cliché existant sur cette université qui peut être vérifié. Mais mes oreilles traînent et j’entends une étudiante interpeller son copain « T’as vu ce qu’il vient de se passer avec les flics ? »

Cette question m’intrigue mais je n’ai pas le temps de cogiter bien longtemps. Un vacarme épouvantable, qui fait écho à cette phrase, provient des étages supérieurs du bâtiment. Bruits de louche qui percute une casserole, accompagnés d’un slogan que je n’ai malheureusement pas réussi à comprendre mais qui commençait par « policiers », puis repris par une centaine de manifestants.

J’interroge Antonin Gauthier, représentant étudiant, sur les raisons de cette agitation et de cette rumeur qui galope dans les bâtiments de Paris 8. « Ce matin, François Hollande est venu à Saint-Denis afin d’inaugurer le nouveau site des archives nationales [un bâtiment moderne qui fait face à l’université du côté de  Pierrefitte-sur-Seine]. La visite était censée se passer sans accro, jusqu’à ce qu’une banderole soit étendue sur le toit du restaurant universitaire, visible depuis le bâtiment des archives nationales. » Cette action était menée par une association qui défend les sans-papiers. La seule phrase inscrite sur le fond blanc était, d’après Clément, étudiant en science politique :  « Des papiers pour tous ! »

Cette brève contextualisation amène la question suivante : ce message tout simple composé de quatre mots, justifiaient-ils les évènements qui allaient se dérouler par la suite ?

Antonin reprend le récit de cette matinée mouvementée. « Cette banderole et son message n’ont apparemment pas plu aux forces de l’ordre qui encadraient la venue du président. Les CRS et les policiers se sont rués à l’intérieur de la faculté de Saint-Denis afin de corriger ces « insolents ».» Les membres de l’association, impressionnés par le nombre d’agents de la paix ainsi que leur détermination à faire disparaître la banderole, ont décidé de se réfugier à l’intérieur du bâtiment sur lequel était étendu le message.

« Les CRS, bouclier en main, accompagnés de quelques policiers gonflés à bloc ont alors décidé de bloquer les manifestants qui s’étaient abrités dans le bâtiment. Il n’y a cependant pas eu d’interpellations à la sortie des manifestants », poursuit Antonin. Julie, qui était à la cantine lorsque les CRS les ont enfermés, approuve de la tête et ajoute, « même si le climat n’était pas hyper violent, on est resté bloqués 45 minutes dans le bâtiment… » Antonin prend une gorgée de café et continue son récit.

« L’aspect le plus dérangeant de cet incident, si l’on occulte la « séquestration » des militants dans la cantine, est ce qu’il se passait, simultanément, de l’autre côté de l’établissement : une trentaine de CRS, encore eux, ont entrepris de bloquer l’entrée de l’université. » « Ça empêchait même les étudiants qui n’avaient rien avoir avec la manifestation d’entrer dans la fac pour suivre leurs cours » ajoute Thibault, étudiant en Administration Economique et Sociale, qui se trouvait derrière moi.

« Aucune discussion n’était envisageable avec les forces de l’ordre. On avait leurs boucliers sous le nez et il n’était pas possible d’entrer pour aller en cours… C’est honteux que ce soit un représentant de l’Etat qui bloque l’accès à l’éducation ! », enchérit, à l’occasion d’un intercours, Alexandra, étudiante en sciences politique.

Alors que le débat sur le droit de vote des étrangers est engagé, certains discréditent ce projet en le qualifiant « d’inutile » et que les sans-papiers, s’ils veulent voter, doivent demander la nationalité française. Comment cautionner cet argument alors que nous pouvons constater que, quelle que soit la couleur politique du gouvernement en place, les actions menées contre les sans-papiers et ceux qui les défendent sont maintenues. Espérons que cet incident ne soit que le dommage collatéral d’un plan Vigipirate. François, laisse-nous aller en cours !

Tom Lanneau

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