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C’est une mesure qui ne semble convaincre personne. Depuis le 1er janvier, policiers et gendarmes doivent porter un numéro d’identification scratché sur leur uniforme.

Si l’on écoute les syndicats de policiers, le retour de ce « numéro d’identification individuel » de sept chiffres est une nouvelle stigmatisation des forces de l’ordre, mis en place pour “satisfaire  quelques  associations” (Alliance, deuxième syndicat). Au premier plan de ces associations, Stop contrôle au faciès ne s’estime pourtant pas convaincu par cette “simple mesurette” et affirme vouloir continuer son action.

Les deux camps semblent pourtant se rejoindre sur un constat. Les relations entre la population et les forces de l’ordre doivent être améliorées. A titre d’exemple, une récente enquête « Polis-autorité », menée par deux chercheurs, Sandrine Astor, ingénieure d’études à Sciences-Po Grenoble, et Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, chiffre le gouffre qui sépare les jeunes des gardiens de la paix. D’origine sociale et géographique diverses, 34 % des adolescents avouent ne pas faire confiance à la police et 40 % d’entre eux jugent son attitude agressive et raciste.

Plus inquiétant, la même enquête révèle que s’ils étaient confrontés à une émeute urbaine, un adolescent sur cinq y participerait. Fréquemment, des intervention policières musclées sont interprétées comme une énième bavure et embrasent les quartiers comme à Clermont-Ferrand en 2012 ou plus récemment à Garge-lès-Gonnesses.

Alors que la rupture semble consommée, policiers et associations avancent différentes causes. Impensable pour les premiers de prendre en compte un éventuel racisme des forces de l’ordre. Si ces derniers dérapent parfois, ce serait dû à leur méthode de travail, aiguillée depuis une dizaine d’années par des objectifs chiffrés. Le policier doit ainsi constater un quota d’infractions. Pour Yannick Dannio du syndicat Unité SGP Police FO, cette politique serait à l’origine des contrôles au faciès, “avant tout utilisés dans la lutte contre l’immigration clandestine”.

Du côté des associations, on avance inlassablement les chiffres de plusieurs études dont celle réalisé par Open Society à Paris même. Les personnes noires ou arabes, ont entre 2 et 11 fois plus de chances d’être contrôlées que les personnes blanches, en fonction des lieux du contrôle. Pour les responsables de l’association, il était urgent de pouvoir identifier les policiers, afin de “faciliter les signalements individuels pour manquement à la déontologie”. Mais Rachid Maalem, porte parole du collectif, ne peut s’empêcher de se demander : « J’aurais beau noter le numéro de l’agent me contrôlant sans motif, comment faire pour le prouver quand c’est sa parole contre la mienne ? »

La mesure semble d’autant plus faible que le candidat François Hollande avait fait de l’octroi d’un récépissé à chaque contrôle une promesse de campagne. Mais le ministre de l’Intérieur Manuel Valls avait enterré la mesure dès août 2012, affirmant “faire confiance” aux policiers pour cesser les délits de faciès. La base était fortement opposée à cette mesure.

Avec les élections professionnelles des représentants des forces de l’ordre, les échanges devraient encore se durcir. Les syndicats redoublent d’ardeur dans leur opposition, allant même jusqu’à pointer du doigt ceux d’entre eux ayant participé aux tables rondes sur le récépissé. Dialoguer ne semble décidément pas faire partie des points forts des forces de l’ordre.

Rémi Hattinguais

 

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