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Ce vendredi 6 juin 2015 marque le cinquième jour de tensions entre des habitants du quartier de Bourgogne à Tourcoing (59) et les forces de l’ordre. 

Officiellement, les violences qui animent le quartier de Bourgogne à Tourcoing depuis le début du mois de juin sont le fruit d’une colère liée au décès, lundi soir, d’un jeune homme qui a percuté un arbre en voulant échapper à un contrôle de police. Résultat : une soixantaine de véhicules et poubelles incendiées et des dizaines d’interpellations. Sur ce sujet, de nombreux jeunes n’ont d’ailleurs pas hésité pas à s’avancer pour venir en parler. Très vite, un groupe se forme. « On veut la vérité » lance un jeune homme énervé. « On connaissait la victime, regardez j’ai une photo de lui datant de quelques jours avant l’accident » ajoute un autre.

« Il faut une enquête, savoir s’il y a eu ou non une queue de poisson » termine un troisième. Le mot est dit, on doute fortement de la façon dont la Peugeot 106, poursuivie pour avoir grillé plusieurs feux rouges, aurait terminé sa trajectoire dans un arbre. « Ce matin sur les réseaux sociaux, on écrivait ‘pauvre arbre’… Vous vous rendez compte ? » se désole un homme non loin de là.

Des provocations quotidiennes depuis des mois

Si la course – qui a mené le conducteur tout droit vers le coma, fait perdre la vie au passager avant et blessé un troisième passager à la jambe – était « totalement justifiée » pour certains, la haine qui monte dans les rues de ce quartier n’est due qu’à « des provocations incessantes » comme le livrent unanimement toutes les personnes à qui l’on posera la question. Les jeunes « en ont assez d’entendre des ‘sales bougnoules’ chaque jour, parce que je suis sorti en claquettes de chez moi ». Les plus âgés ne cachent pas que les « bruits de mouton que font les policiers quand ils nous voient » les rendent nerveux. « Sans compter les filles qui sortent de la mosquée et qu’on attend au tournant pour leur faire des contrôles d’identité et leur demander d’enlever leur niquab ». Les habitants sont excédés et ont l’impression d’être dans un étau qui se resserre autour d’eux de jour en jour.

Des commerces qui ferment et aucune initiative pour aider les citoyens

Une nouvelle fait par ailleurs bouillir le sang de tous : trois commerces situés côte à côte doivent fermer avant la fin du mois. « La mairie a envoyé une lettre pour nous prévenir qu’il fallait dégager » s’insurge un homme déjà bien embêté par une invalidité physique. « Un père de famille, inquiet, qui doit mettre la clé sous la porte parce que la mairie l’a décidé, vous trouvez ça normal ? ». L’intéressé explique qu’il a même tenté de racheter le local mais qu’il « y aurait des personnes en priorité. Allez savoir à qui on va refiler ces locaux ». Sur la place, dans sa voiture, un jeune au bord de l’explosion est plus ferme : « ils ferment nos cafés ? On va brûler la bibliothèque municipale et la ville avec. Ce que vous avez vu depuis quelques jours… Ce n’est qu’un aperçu. Ils sont armés ? Nous aussi. Une kalachnikov coûte 1500€ messieurs les policiers, on a ce qu’il faut et on va rien lâcher ».

Les policiers, eux, font des rondes autour de la place. Bien que nos interlocuteurs allument leurs joints, cela ne semble pas être un point important pour les camionnettes qui passent pourtant à intervalles réguliers. « La came ? Ils s’en foutent. Ils veulent nous enrager. Ils veulent des arrestations. Mais qu’est-ce qui vont faire de nous ? Nous mettre en prison ? Celle de Sequedin (59) est pleine à craquer ! » s’enflamme un homme. Un autre intervient dans la discussion : « les gendarmes ça va, ils sont courtois, ce sont les policiers (il y en a qui viennent de Lille) et les CRS. Leur comportement envers nous… C’est juste pas possible ».

Un quartier difficile, laissé à l’abandon

Dans cette zone de blocs rouges, où un local ayant pris feu il y a deux ans sert de maison d’hôte à des rats, où des détritus de marché tapissent le sol, le taux de chômage, le manque d’infrastructures sont des éléments qui ont également mené à cette ambiance. Beaucoup se plaignent qu’on « leur a fermé leur salon de thé de l’autre côté de la place ». « Il y avait un centre social… Fermé aussi ». « Qu’est-ce qu’il peut faire le pauvre gars à qui on va aussi fermer le restaurant ? Hein ? Dealer ? C’est ça qu’ils veulent ? ». « Ils » désignant Gérald Darmanin, le maire UMP depuis mars 2014. « Lui, avant les élections, il venait ici dire que son grand père était arabe, serrer les mains sur le marché. Depuis, il nous la fait à l’envers » s’énerve un commerçant.

Attroupé devant un véhicule, un groupe le dit en chœur : « le maire précédent, Michel-François Delannoy (PS), avait fait tellement de choses pour la ville… Il etait là tout le temps, dans les bons et les mauvais moments, lui ou son adjoint venaient discuter avec les gens. En 1991, quand il y a eu des émeutes ici, Monsieur le Maire était descendu nous aider à éteindre un incendie qui se propageait sur une voiture ! ». « Non c’est simple, ça fait 30 ans que je vis ici, je n’ai jamais eu autant de pression » conclue un homme d’une cinquantaine d’années. Quand on leur demande ce qu’ils attendent des élus, le retour est cinglant : « allez dire à Darmanin qu’il vienne régler les problèmes ici, surtout quand ça fait quatre nuits que ça pète, au lieu d’aller manger du caviar avec Sarkozy à Paris ».

Pegah Hosseini

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