photo de l'équipe du Bondy Blog

Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Le Bondy Blog a besoin de vous. Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

Le 15 janvier, Anyss Arbib, étudiant à Science-Po, passait devant la Commission nationale de déontologie et de sécurité (CNDS). Ce jeune Bondynois avait fait la « une » de Libération le 24 novembre dernier. Il y relatait l’agression, par des forces de l’ordres, dont il dit avoir été victime au soir d’un match Egypte-Algérie qualificatif pour la Coup du monde de football.

En cette mi-janvier, c’est tout sourire qu’Anyss, accompagné de son avocat, traverse le boulevard de la Tour-Maubourg, dans le 15e arrondissement de Paris, à sa sortie du siège de la CNDS. Après avoir passé près de deux heures devant les membres de la commission, il est « soulagé ». Cette audition confidentielle et donc interdite au public et aux journalistes aurait pu avoir des airs d’interrogatoire, mais elle a pris la tournure d’une audition parlementaire. Précisons qu’un citoyen lambda ne peut saisir la CNDS, seul un parlementaire a ce pouvoir. Anyss Arbib a dans son cas pu compter sur l’intervention de Louis Mermaz, ancien ministre PS sous Mitterrand et aujourd’hui sénateur.

Si l’audition a pris une tournure parlementaire c’est parce qu’après être revenu sur les faits qui se sont déroulés en novembre dernier, Anyss a fait une proposition. : « Nous avons proposé avec mon avocat qu’un officier judiciaire, délégué du procureur de la République, soit présent lors des manifestations dans lesquelles les forces de l’ordre sont elles-mêmes présentes. Il serait là pour recueillir d’éventuelles plaintes des personnes s’estimant injustement traitées, ce qui faciliterait considérablement la procédure en cas de dépôt de plainte. » Anyss Arbib a lui-même déposé plainte.

Une proposition apparemment difficile à mettre en pratique mais jugée néanmoins pertinente par l’intéressée : un représentant du système judiciaire pourrait avoir un effet à la fois rassurant et dissuasif pour les manifestants ainsi que pour les agents de la police. Mais il serait également très précieux en cas de litige ou de bavure sur le terrain. « Dès lors que tu t’estimes victime d’un abus de la police tu pourrais demander à voir cet officier auquel tu exposerais directement les faits et qui pourrait recueillir rapidement les preuves et le témoignage », explique Anyss Arbib.

Les membres de la CNDS présidée par Roger Beauvois ont accueilli cette proposition avec « curiosité et intérêt », rapporte Anyss. Mais leurs prérogatives ne leur donnent aucun pouvoir décisionnel en cette matière. Ensuite, à l’instar du juge d’instruction, la CNDS est en passe d’être abrogé. Certains voient dans la plainte d’Anyss Arbib et sa saisine de la CNDS une tentative de cabale contre la police, la médiatisation de son cas lui ayant donné une dimension à laquelle le jeune homme ne s’attendait peut-être pas.

L’étudiant, en 4e année à Science-Po, tient à préciser à ce sujet : « Il ne s’agit pas de stigmatiser qui que ce soit, d’autant qu’aujourd’hui, je n’attends rien du pénal. Les policiers en question n’étant pas identifiables. Cependant, cette audition est importante car elle donnera lieu à un rapport, avec des suggestions de mesures à prendre pour éviter les abus. »

Anyss Arbib, qu’on a vu aux côtés de Dominique de Villepin lors de la venue de ce dernier à Bondy, entend-il exploiter cette affaire à des fins politiques personnelles ? « Ce n’est pas le moment, et ce n’est pas ma priorité », affirme-t-il, lui qui dit avoir refusé les quelques propositions à rejoindre des listes aux régionales. Il explique ses refus par une fidélité à l’ancien premier ministre de Jacques Chirac et son appartenance au Club Villepin.

Sa mise en avant médiatique suite à son témoignage de novembre lui a valu de nombreux messages : « Bon nombre de soutien mais également des messages moins sympathiques de gens qui n’appréciaient pas ma démarche. Il ne s’agissait aucunement de ma part d’une démarche de victimisation. J’avais la possibilité de dénoncer certains abus que peuvent subir une partie des Français, donc ça allait bien au delà de ma personne. »

Anyss continue sa petite vie un brin mouvementée, avec son fan club qui commente chacune de ses respirations sur Facebook. Quant à l’enquête que sa plainte a déclenchée, c’est silence radio…

Widad Kefti

Articles liés

  • Assa Traoré mise en examen : le monde à l’envers

    Attaquée en diffamation par les gendarmes impliqués dans la mort de son frère, Assa Traoré, la soeur d'Adama Traoré, a été convoquée et entendue par les autorités ce mardi. Elle va être mise en examen, lui ont notifié les agents de police judiciaire qui l'auditionnaient. Après les arrestations et incarcérations des frères, voilà la grande soeur d'Adama Traoré dans le collimateur de la justice.

    Par Sarah Belhadi
    Le 02/10/2019
  • Wilson, défiguré par la police en rentrant du travail

    Le 9 mai dernier, Wilson a été violemment interpellé par un équipage de police dans son quartier, à la limite d’Aubervilliers et de Saint-Denis. Bilan : un nez cassé, un œil gonflé et ensanglanté et le souvenir d’une violence inouïe. Ce responsable associatif reconnu à la Plaine a décidé de porter plainte à l’IGPN et de raconter ce qui lui est arrivé. Pour que cela serve à d’autres. Témoignage.

    Par Ilyes Ramdani
    Le 26/07/2019
  • La marche Adama III : pleine de force, teintée de jaune

    Samedi 20 juillet, à Beaumont-sur-Oise, le collectif Adama a réuni plus de 1500 personnes pour rendre hommage à Adama Traoré, décédé il y a trois ans entre les mains des gendarmes. En présence d'élus de gauche, de syndicats et de nombreux gilets jaunes, la marche Adama III a permis de redire l'exigence de vérité et de justice des proches d'Adama et de leurs soutiens. Reportage.

    Par Miguel Shema
    Le 21/07/2019