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Dimanche, 2 heures, Grenoble. Les jeunes de la ville se sont réunis sur les pelouses du Jardin de Ville pour pique-niquer, jouer aux cartes, faire de la musique. C’est une véritable soirée d’été. Le soleil s’est couché tard, il fait encore chaud, les arbres sont en fleur, la nuit est claire. Sur le chemin du retour on passe par la place Saint-André. Quelques jeunes sont encore présents. Ils sortent des bars qui ferment leurs portes. Ils voient passer trois copains munis d’instruments de musique. « Les gars vous allez bien nous jouer un petit morceau ! »

Ni une, ni deux, la guitare, le djembé et la darbouka sont sortis et les « musicos » à l’œuvre. L’ambiance est très joviale. Il y a comme dans toutes les fins de soirées quelques personnes un peu alcoolisées mais tout se déroule dans le calme et la bonne humeur. La musique réunit paraît-il. On est tenté d’y croire lorsque l’on voit tous ces jeunes venus d’horizons si divers danser autour des trois saltimbanques qui jouent des mélodies entraînantes. Une pause pour les percussionnistes qui ont mal aux mains. Pas une raison pour que la fête s’arrête. Une jeune black s’attèle au djembé. La musique continue. Enfin, pas pour longtemps…

« Tout le monde dégage ! ». 2 heures 30 environ. Arrivée furtive d’une dizaine de policiers. Il s’infiltrent en silence sur la place et entourent le groupe de jeunes certes bruyants mais tranquilles. Pas de sommations. Les « flics » sautent sur les musiciens pour leurs arracher les instruments. « Tout le monde dégage ! » L’étonnement et l’incompréhension gagnent l’assemblée. Les forces de police montrent une agressivité étrangement exacerbée vu la situation. La place se transforme alors en un théâtre ubuesque. Le djembé devient un symbole de liberté. Un jeune africain reprend l’instrument des mains des policiers et court autour de la fontaine en criant « vous n’aurez pas le tam-tam ! Vous n’aurez pas le tam-tam ! » La violence s’amplifie, les jeunes sont bousculés et « priés » de se disperser rapidement. Une policière blonde se pavane sur les pavés « Pffff ! Toute façon tous bourrés ! », malgré mon insistance pour lui parler et lui prouver ma sobriété.

Et nos musiciens dans tout ça ? Et bien, ils cherchent à discuter avec les policiers pour récupérer l’instrument désormais dans les mains des agents. Les réponses sont claires et sans détours. Antoine raconte « il m’a bousculé et m’a dit ”dégage ou je vais te casser la gueule salle petit PD. ” Et pour le djembé ? Confisqué, une pièce à conviction peut-être ? Le policier le prévient qu’il faudra venir au poste le récupéré contre 150 euros. Avec Olivier le guitariste, on est resté à l’écart avec l’ensemble des affaires sauvées. Mais pour Kevin ce n’est pas la même histoire.

« Une foule hostile ». Kevin tente de discuter, « ta gueule ou j’te casse la gueule » lui rétorque-t-on poliment. Le jeune blond qui souhaite juste récupérer son tambour et s’en aller s’énerve un peu. C’est alors que le maître chien fait mettre son animal debout, les pattes avant posées sur le torse du « criminel ». Kevin croit faire de l’humour « et vous demander la présomption de légitime défense ? » Une blague qui n’est pas du goût de nos garants de la sécurité. Il est alors menotté et embarqué. A peine assis dans le « panier » qu’il se prend une « baigne », « si tu avais été mon gamin je t’aurais pendu par les pieds et je t’aurais laissé sécher pendant une semaine » commente le policier quelque peu violent. Direction l’hôpital afin de vérifier que notre musicien est apte à être mis en garde à vue. Réponse positive. Fouille au corps (en caleçon). Dodo derrière les barreaux. « Une piaule grand luxe avec couchette, toilettes et robinet » raconte-t-il en rigolant.

Au matin, les dépositions sont prises. Les différents policiers exposent des versions quasi-similaires. « Une foule hostile » les aurait obligés à employer l’intimidation.  Ce qui ne correspond pas vraiment à la réalité et puis « ils ont exagérés mes propos, garantit le garçon. J’aurais dit ”vous êtes des gros cons, vous faîtes chier, vous n’attendez que la présomption de légitime défense pour nous tirer dessus. » Il le fait remarquer à l’agent : « Vous insinuez que la police ment ? » Une aventure qui lui vaut une convocation devant le tribunal en juin, pour « outrage à agent ». 11 heures 30, c’est bientôt l’heure du déjeuner, l’heure de rentrer à la maison pour Kevin. Sans rancunes on le laisse repartir avec le djembé sous le bras.

Charlotte Cosset

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