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Dans le hall d’exposition de l’université de Seine-Seine-Denis ont été dressés dix larges panneaux qui illustrent ces quatre années où Paris fut allemand, passant du rang de capitale de la France à celui de carpet de l’occupation nazie. Pour tous ceux qui faisaient l’école buissonnière, voilà un laconique rappel des évènements. Mai 1940 : les Allemands s’emparent de la capitale tandis que le gouvernement français et deux tiers des Parisiens fuient vers le sud de la France. Le pouvoir est confié au maréchal Philippe Pétain qui installe le nouveau gouvernement à Vichy (Auvergne). Comment ceux qui restent à Paris vivent-ils pendant les quatre années d’occupation allemande ? Voilà le fil directeur de cette exposition qui aborde différents aspects de cette cohabitation entre la soldatesque allemande et des Parisiens tels que le rationnement, la collaboration, l’antisémitisme ou encore les mouvements de résistance clandestine.

Ce qui m’a agréablement surpris, c’est le choix des organisateurs de privilégier des photographies pour témoigner de la vie des Parisiens plutôt qu’une abondance de textes qui se serait vite avérée rébarbative et soporifique. Les photos, un ou deux extraits vidéos, quelques coupures de presse et autres affiches sont les principales sources. Pourtant, lesdites sources, loin d’être insuffisantes et d’appauvrir l’exposition, la rendent facilement abordable et intelligible même pour des gens qui ne s’intéressent pas du tout à l’histoire. On découvre et on apprend beaucoup en se contentant de seulement regarder ! Voilà ce qui est génial ! Les photographies, essentiellement en noir et blanc et en grand format, souvent prises clandestinement, immortalisent des moments simples des années 1940.

J’ai aimé celles qui montrent les basses-cours clandestines dissimulées dans les caves parisiennes, les plantations de haricots et de poireaux des jardins du Louvre ou encore celles qui immortalisent les interminables files d’attente devant les boulangeries parisiennes. Ce qui consacre la force et la beauté de ses images souvent prises par des amateurs, c’est leur simplicité, l’humour qu’elles provoquent bien malgré elles et en même temps leur côté bouleversant parce qu’elles dépeignent la triste réalité parisienne faite de réquisitions au profit de l’occupant allemand et de rationnements. Du coup, élever des lapins, des poules dans une cave ou sur un balcon, manger du rutabaga, manquer des denrées alimentaires de base (pain, pâtes, sucre, etc), de matériaux de chauffage, de vêtements et même de chaussures deviennent le lot de la plupart des habitants.

Par ailleurs, les clichés suffisent à rendre compte du contraste entre la réalité du Paris qui a faim et froid, celui des Juifs parisiens et celui des Allemands. Autant dire des univers parallèles. Point de long exposé pour évoquer la politique antisémite des nazis soutenue par le régime vichyste mais recours là encore à des images : ici, une ordonnance rappelle aux Juifs qu’ils ne peuvent fréquenter les magasins qu’entre 15 et 16h, soit seulement une heure par jour !!! Là, la tristement célèbre photographie d’une aire de jeux portant l’inscription « réservé aux enfants, interdit aux Juifs », plus loin celle d’un attentat antisémite dans le 4e arrondissement. Celle qui m’a peut-être le plus bouleversé, c’est celle d’une mariée qui pose, le jour de ses noces, avec l’étoile jaune parce qu’on sent bien que c’est un mariage placé sous de mauvais auspices, où la joie si elle est présente, est bien fade, altérée par cette épée de Damoclès que symbolise l’étoile. Cette réunion du bonheur et du malheur, de la négation de l’autre, de la stigmatisation sur une seule et même photo ne laisse pas insensible surtout pour l’observateur que nous sommes et qui sait à l’heure où il regarde ces photos quel sera le sort de la plupart des Juifs.

Quelques mètres plus loin, il y a les images des soldats allemands qui se promènent à Paris, prennent la pose devant la Tour Eiffel, viennent faire du shopping en Seine-Saint-Denis, à Pantin.  On connaît surtout Drancy pour son camp d’internement des Juifs mais l’exposition va un peu plus loin en traitant aussi du rôle d’autres villes du département dont plusieurs furent bombardées par les Alliés tandis que d’autres abritaient des camps de prisonniers de guerre ou des camps allemands. Là, je suis vraiment contente parce que l’exposition ne traite pas exclusivement de Paris mais plus largement de l’Ile-de-France bien qu’au demeurant, les Allemands aient surtout été présents dans la capitale.

Bref, c’est une exposition très riche et très dense mais conçue sobrement pour nous permettre d’effectuer un travail de mémoire sans en même temps se prendre la tête. Le pari d’exposer objectivement mais simplement les faits est vraiment réussi; cette exposition ne ressemble, par conséquent, pas du tout à un cours d’histoire ennuyeux et trop abstrait et ce, grâce à l’emploi de photographies et d’explications textuelles relativement courtes.

Je ne vous ai décrit qu’un tiers de l’expo. A vous de vous rendre à l’université Paris VIII pour la découvrir par vous-même : elle vaut vraiment le détour ne serait-ce que pour ces images dont certaines, très connues, vous rappelleront vos anciens manuels scolaires. D’autres, affichées pour la première fois, m’ont rappelé combien que je savais en fait bien peu de choses sur l’occupation allemande.

Gaëlle Matoiri

 

Paris 1940 – 44, le quotidien des parisiens sous l’occupation – Entrée libre

De 12h à 18h, du lundi au vendredi jusqu’au 24 février 2011– Hall d’exposition de l’université Paris 8 – Vincennes – Saint-Denis – 2 rue de la Liberté – 93526 Saint-Denis cedex– Métro : ligne 13, arrêt St-Denis Université

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