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Le nom évoquerait des vols de recettes ancestrales de gratin de poissons bretons et bio ou des marins dangereux qui navigueraient sur des bateaux fonctionnant à l’énergie solaire. Il n’en est rien. La biopiraterie désigne « l’appropriation illégale et la marchandisation des ressources biologiques et des connaissances traditionnelles des peuples ruraux et autochtones ».

Conscientes de la confidentialité et de l’aridité du sujet, Rozenn Le Berre et Louisa Crispe, membres du Collectif pour une alternative à la biopiraterie, ont invité Vandana Shiva et Benki Ashaninka (photo) pour un atelier au Sommet des peuples ce jeudi 21 juin. Pour le commun des mortels le nom de Vandana Shiva évoque au mieux le nom d’un dieu indien. Pour les quelques 250 personnes présentes au début de l’atelier, le bonheur était au rendez-vous. Après le départ des deux stars, l’audience s’est réduite du tiers, mais qu’importe.

Le scénario semble familier : une grande et méchante multinationale vole des gentils et pauvres indigènes de la forêt amazonienne et se fait de l’argent avec leurs plantes et leurs savoirs. La réalité est un peu plus complexe. Le Collectif pour une alternative à la biopiraterie souhaite sensibiliser les communautés indigènes au danger de la biopiraterie, dans un souci de prévention. Parce qu’une fois le brevet déposé, la route est très longue pour retrouver les pirates et récupérer le trésor. C’est le tour de force qu’a réussi la Commission péruvienne de lutte contre la biopiraterie. Onze fois de suite !

Ilko Rogovich Rojas est membre de la Société Péruvienne du droit de l’environnement et s’exprime au nom de la Commission péruvienne de lutte contre la biopiraterie. Tout a commencé en 2002 avec le Maca, un tubercule de la famille des pommes de terre utilisé comme énergisant, et pour lutter contre les troubles de l’érection et l’infertilité. Les associations péruviennes découvrent qu’un brevet est déposé par la société Pure World aux États-Unis et en Europe pour mettre en vente un extrait de la plante. Après recours auprès des offices nationaux des brevets et de la propriété intellectuelle, le brevet est annulé en Europe, mais pas aux États-Unis. L’issue est encore incertaine, une action en justice sera bientôt engagée. Ce cas est le seul sur onze à ne pas avoir trouvé d’issue satisfaisante et est à l’origine de la création de la seule commission de ce genre dans le monde. Pour le Sacha Inchi, « les directeurs de Cognis France SAS étaient détendus et sympathiques à la réunion. Ils nous ont expliqué par la suite, que pour des raisons d’image et de responsabilité sociétale, ils préféraient retirer le produit de la vente. Nous étions évidemment satisfaits, se réjouit Rogovitch Rojas. Les entreprises françaises en général ne discutent pas. Elles retirent le produit du marché dès qu’il y a un problème. Ce n’est pas le cas des coréennes, des japonaises ou des américaines. »

Si le Pérou met des moyens (un salarié à temps plein pour un travail colossal !) dans la lutte contre la biopiraterie, dans tous les autres pays, ce sont les associations qui se mobilisent pour protéger les ressources génétiques et les savoirs traditionnels associés. Le mode de transmission des connaissances, souvent oral et basé sur la relation à autrui et l’absence de propriété individuelle dans les populations autochtones sont incompatibles avec la pratique de brevetage. À ce jour, les batailles gagnées par les organisations de lutte contre la biopiraterie sont l’arbre qui cache la forêt.

L’enjeu est appréhendé différemment d’un sommet à l’autre. On parle de « partage des bénéfices » à la Conférence des Nations Unies, même si les deux parties n’ont évidemment pas une égale connaissance de leurs droits. Le terme « biopiraterie » est reconnu au Sommet des peuples. Ilko Rogovitch Rojas est d’avis que « le plus important est d’aboutir à une définition partagée et précise. Ce travail doit être pris en charge par l’ONU et reconnu par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle. Les sommets sont une formidable opportunité de parler de ce sujet. » Rendez-vous à la prochaine conférence onusienne, au Qatar, pour faire entendre la voix des populations autochtones.

Bouchra Zeroual, Rio de Janeiro

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