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Aaron, Boubacary, Idrissa, Sharon et les autres sont en classe de 5e au collège Georges Brassens, dans le XIXe arrondissement de Paris. Ce lundi après-midi, ils assistent à leur cours d’« égalité des sexes et de mixité sociale » dispensé par Olivia Cattan (photo : debout à gauche) et Diagne Chanel. A la question « Est-ce qu’il y a quelque chose sur Internet ou à la télé qui vous a choqué concernant les juifs, les Noirs ou d’autres populations ? », Boubakary, un des élèves, répond : « On dit souvent que les Noirs sont pauvres, sans papiers. Que les Noirs sont des bandits, qu’ils sont nuls à l’école. Mais ça me choque pas. » Boubakary est noir.

Dans un cours précédent, à la question « Qui se sent français parmi vous ? », seul deux élèves sur les dix-huit de la classe avaient levé la main, rapporte Olivia. Et quand on leur a demandé ce qu’ils pensaient être, les seize autres ont répondu, israéliens, africains ou maghrébins, selon les origines ou les propos entendus chez eux. Leurs différences, ils les revendiquent avec fierté.

Des insultes proférées par les garçons, telles que « sale pute » ou « salope », ont incité le proviseur de ce collège à faire appel à l’association d’Olivia Cattan, « Paroles de femmes ». C’est dans un brouhaha incessant et très ordinaire qu’elle tente de leur transmettre l’idée de l’égalité des sexes et de l’importance de lutter contre leurs préjugés sexistes, culturels et religieux. Et souvent antisémites et racistes. L’attention des élèves est ce qu’il y a de plus dur à obtenir. Les vannes fusent et au fond de la classe, les palabres façon salon de thé vont bon train.

Boubakary, 12 ans, me confie discrètement à l’oreille : « On a toujours l’habitude de dire que c’est les filles les plus tranquilles, mais j’ai remarqué que quand elles ont décidé de pas travailler, elles font plus de provoc que les gars. » Les élèves disent n’avoir rien entendu de choquant ces derniers temps. « Et des insultes sur les gens qui sont différents, est-ce que vous en avez entendues ? », relance Olivia. « Oui, répondent-ils, des insultes comme « sale juif », « sale Noir », on entend, mais ça nous choque pas. » Une coutume, en somme, chez ces ados. Pour Sharon, se faire insulter de « sale juive » relève de la normalité : « J’ai l’habitude. »

Les préjugés ne sont pas l’apanage des ados. Sam raconte que la dernière fois dans la rue, il a vu « un gars (un adulte) insulter des Arabes de terroristes – Tu sais pourquoi il a dit ça ?, questionne Olivia. – Oui, parce qu’ils portaient la barbe et qu’ils étaient habillés comme des terroristes. » Mais quand on demande à ces élèves de 5e s’ils ont l’impression d’être différents de leur « copain » juif ou arabe, la réponse est quasi unanime, c’est « non ». Olivia Cattan, avec ce type de cours, veut semer une petite graine dans l’esprit de ces ados, en faisant naître chez eux un « comportement citoyen ».

C’est le moment de passer aux sketchs, qui sont des mises en situation. Ainsi du frère qui décrète que c’est à sa sœur de ranger sa chambre, « parce que les filles, c’est fait pour rester à la maison ». Ou le macho sûr de lui, qui prétend que les filles, « ça peut pas jouer au foot, à cause de leurs petites jambes ». Ce sont les élèves qui ont écrit les dialogues, repris d’échanges sur MSN ou du cadre familial.

Les élèves seront récompensés de leur investissement dans le cours en assistant au spectacle du « Jamel Comedy club », le 8 mars 2009. Parce que pour eux, c’est « le seul lieu qui donne à tous les gens de la diversité la même chance de réussir ». Jamel, si tu nous lis…

Nadia Méhouri

Nadia Méhouri –

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