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Sara Camara est venu s’installer en France il y a 16 ans pour « avoir une vie meilleure », dit-il. Depuis le 31 janvier, ce Malien de 38 ans, qui habite un foyer en Seine-Saint-Denis, se retrouve sans emploi et sans papier, si ce n’est un récépissé d’autorisation temporaire de séjour. Le motif : en novembre 2005, il a décidé de déclarer avoir utilisé l’identité de son oncle (qui porte les mêmes prénom et nom), voilà 13 ans, afin d’être embauché par le Centre des Monuments Nationaux, comme agent d’entretien à la Conciergerie de Paris. « A l’époque, j’étais agent au black pour des sociétés de nettoyage, j’en avais marre, je voulais travailler de façon légale. Quand j’ai appris que ce poste à la Conciergerie était libre, j’ai tout fait pour pouvoir y travailler ». C’est là qu’il présente les papiers de son oncle, sa manière à lui de sortir de sa situation irrégulière.

Sara Camara, alias Sara Camara, a donc été fonctionnaire pendant 13 ans sans que personne n’ait soupçonné sa véritable identité. La carte d’identité de son oncle indique une date de naissance de 1947, aucun agent administratif ne l’a remarquée. Au cours de ses visites médicales, aucun médecin n’a porté d’attention à son âge officiel. Ses revenus imposables n’étaient pas déclarés, l’inspection des impôts ne l’a pas non plus repéré.

Pendant toutes ces années, Sara souffre de ne pas être aux côtés de sa femme et ses trois enfants, restés au pays. « Je vivais à moitié, tout ça pour garder mon travail et nourrir ma famille », confie le Malien. Mohamed Ziane, son  ancien collègue informaticien, s’insurge : « Aujourd’hui, Sara ne perçoit pas de revenu, pas de protection sociale, son récépissé ne lui donne pas le droit d’occuper un emploi. Qui peut continuer à vivre comme cela ? Il n’a plus le temps d’attendre pour être régularisé après tant d’années vécues en France ! »

Pourtant, le Malien risque de tomber sous le coup de la loi sur « l’immigration choisie » de Nicolas Sarkozy, votée en première lecture par les députés le 17 mai dernier et qui supprime la régularisation automatique des sans-papiers installés sur le territoire français depuis plus de 10 ans.

Un homme « sans histoire »                                                                                       
Assis à une terrasse de café, sirotant son jus d’ananas en compagnie de Mohamed et de Jean-Luc, un autre ex-collègue, Sara détend l’atmosphère en racontant à demi-mot et dans un rire à peine audible, un sketch des Guignols de l’info. Mais sa situation lui revient à l’esprit quelques minutes plus tard : «Je veux être régularisé pour vite retourner travailler ». Il ajoute d’un air timide mélangé à un sourire nostalgique : « Le mois dernier, je devais reprendre mes cours de français organisés par le Ministère de la culture ». « Sara a trouvé sa place en France, il a prouvé qu’il la mérite par un comportement irréprochable », remarque Jean-Luc, chargé du personnel à la Conciergerie. Jean-Luc est la première personne à qui Sara s’est confié en novembre dernier. En retour, il s’est donné pour mission de lui apporter tout son soutien.

Un homme soutenu par les hautes sphères de l’Etat

Mohamed Ziane préside un comité de soutien très actif. Par ailleurs, le directeur du Centre des Monuments Nationaux a versé à Sara l’équivalent de quatre mois de salaire. Son poste à la Conciergerie reste gelé. « Je mène ce combat avec enthousiasme pour un Sara parfaitement intégré ici. Il a même régularisé ses notes d’impôts », explique Mohamed. Autres soutiens à sa régularisation, Gilbert Roger, maire de Bondy et vice-président du conseil général de la Seine-Saint-Denis, Jean-Pierre Brard, député-maire de Montreuil, Bernard Accoyer, chef de file des députés UMP, Jacques Mahéas, sénateur du groupe socialiste de la Seine-Saint-Denis et la CGT-Culture ont tous adressé une lettre à la préfecture de Seine-Saint-Denis, à Bobigny. Celle-ci campe sur ses positions et invoque le fait que Sara Camara a usurpé une autre identité, donc qu’il y a fraude.
Si Sara Camara bénéficie d’un large soutien, l’administration, elle, reste sourde. Le plus absurde, c’est que Sara le sans-papiers, l’immigrant désormais « illégal », a pu assister sans encombre au débat sur le projet de loi sur l’immigration, le 5 mai, dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale.
Jean-Luc estime que « La France n’a de leçons à donner à personne ». Comme le résume Mohamed : « Sara, la France il l’aime et il ne veut pas la quitter ». Désormais, seuls le préfet de Seine-Saint-Denis, Jean-François Cordet, et le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, détiennent la clé du bonheur de Sara Camara.

Par Nadia Boudaoud

Nadia Boudaoud –

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