Par ces temps de chaleur, on a envie de se rafraîchir, tout en profitant d’un beau soleil qui nous frappe de plein fouet. Mais comment concilier les deux quand on habite une cité du 93 qui n’est pas équipée en piscine ou fontaine ? Depuis une semaine, certains malins ont décidé d’ouvrir les bouches à incendie utilisées par les pompiers. Bien que ce phénomène ne soit pas nouveau et que plusieurs quartiers s’y sont déjà essayés, cette année le phénomène choque par son ampleur. Des dizaines de geysers ont été aperçus en Seine-Saint-Denis, notamment à Aubervilliers, Bobigny, La Courneuve, Pantin, Saint-Denis ou encore Saint-Ouen. Mais aussi les départements voisins comme les Hauts-de-Seine. Vendredi 3 juillet, près de 300 bouches à incendie ont été ouvertes dans le 93. Si ces litres d’eau déversés dans la rue amusent les plus petits qui n’hésitent pas à sortir de chez eux directement en tongs et maillot de bain, beaucoup n’ont pas conscience des dégâts et risques causés par ces pertes conséquentes en eau.
Pourtant, bien que cela ne profite essentiellement qu’aux enfants, ce sont les plus grands qui ouvrent ces arrivées d’eau, parfois avec une simple clé à molette. « Il fait trop chaud. On ne peut pas emmener les mômes à la piscine, car elles sont presque toutes fermées et il n’y aurait pas assez de place pour accueillir tous les quartiers du centre », explique Stéphane*, 25 ans, qui habite Bobigny. Et il n’est pas le seul à trouver cela « normal ». Samira*, une mère de famille, la quarantaine, est ravie de voir tous ces enfants s’amuser autant, riant aux éclats tout en restant dans leur quartier : « Moi je trouve que c’est une bonne chose. Les grands les surveillent, si on a chaud ils nous arrosent aussi. Certains ont même apporté une petite piscine gonflable. Toutes les tensions sont mises de côté. On voit nos quartiers unis et s’amuser ensemble pour une fois et surtout on sait où sont nos enfants ». Sauf que si ces mômes s’éclatent autant à s’arroser avec de l’eau, cela à un prix.
Rafraîchissant, mais pas pour tout le monde
Les parkings des villes s’inondent, les commerces aux abords des geysers aussi. Les routes deviennent impraticables pour les deux-roues tant l’eau est importante. Et certains se blessent en voulant se mettre au-dessus de l’arrivée d’eau. À Bobigny, un enfant s’est retrouvé propulsé par le jet puissant qui envoie 500 litres par seconde. Il s’est blessé à la tête. Mais ce n’est pas tout. Certains jets ont été allumés près du tramway T1 et ses caténaires de 15 000 volts. Très dangereux indique la Préfecture qui précise aussi que certains travaux aux alentours sont alimentés par des câbles électriques.
Et la RATP en souffre également. Certains se sont amusés à bloquer des bus aux stations, les arrosant en dirigeant les jets vers eux. À Bobigny, une équipe de jeunes a même pénétré le bus et l’a aspergé de l’intérieur, laissant tout le monde trempé. Les agents dans la rue se rendant au dépôt pour prendre leur service ont reçu des bouteilles entières sur la tête. Les médiateurs qui ont tenté d’arrêter le spectacle aussi. Celui qui vient interrompre l’activité est vu comme le monstre qui met fin à l’amusement des petits. Salim témoigne : « La police est venue dans mon quartier avec un agent de Véolia pour éteindre le geyser, mais ils se sont fait caillasser. » Car seuls les agents de la société Véolia et les pompiers sont équipés pour arrêter l’arrivée d’eau. Du coup, ils viennent escortés par des policiers pour éviter les débordements.
À Bobigny dans le quartier Berlioz, les parents ont donc décidé d’agir. Ils montent la garde eux-mêmes pour éviter que des jeunes ne viennent ouvrir la bouche incendie. Car en dehors des dégâts matériels et des rues inondées, il y a un réel danger que tout le monde oublie. Ces arrivées d’eau sont censées éteindre les incendies. En cette période de forte chaleur, le risque est d’autant plus grand. Mais aujourd’hui, le débit est affaibli et les pompiers n’auront peut-être pas assez d’eau pour circonscrire un feu. Véolia indique de son côté que la baisse du débit d’eau peut également toucher les habitations aux alentours. Seule solution ? Monter la garde 24 h/24 ou condamner ces arrivées d’eau. Une chose impossible bien entendu. Pour dissuader les jeunes, les collectivités commencent à agir. Les maires de Pantin et Asnières ont indiqué qu’une « amende forfaitaire de 9 000 € (soit le prix de 2000 m3 d’eau) sera appliquée » aux contrevenants, qui devront aussi s’acquitter des frais de réparation en cas de dégradation. Espérons que cela cessera le gâchis d’eau…
Inès El Laboudy
Seine-Saint-Denis-les-Eaux
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