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Chez certaines familles maghrébines, il n’est pas toujours facile d’être une femme à la maison. Le traitement y est différent selon que l’on est un homme ou une femme. On peut parler de discrimination. Le papa et la maman ont un rapport plus affectif avec leurs garçons qu’avec leurs filles. Les premiers bénéficient d’une tolérance bien souvent absolue. Ils n’ont pas de contraintes horaires, ils peuvent avoir des relations sexuelles comme bon leur semble et faire des bébés à droite et à gauche. Les cas de conscience ne se posent apparemment pas. Sofia et Sabrina, elles, vivent sous un régime qui s’apparente à une dictature. La première en est sortie, mais cela a duré 28 ans. La seconde, 23 ans, est en plein dedans.

Sabrina regrette de ne pas avoir un peu plus de liberté et d’autonomie dans sa vie. « Les parents ne nous imposent pas, à nous les filles, les mêmes règles qu’aux garçons. Je dois rentrer de préférence avant le coucher du soleil. Il paraît que j’ai plus de chances d’avoir des problèmes si je reste dehors au-delà. Mes frères, eux, sont comme immunisés contre tous risques. C’est le message qu’ils me transmettent : un jour, l’un d’eux ne comprenait pas ce que je faisais dehors à 20 heures.

» Il m’est déjà arrivé de sortir le soir pour aller voir des amies. Evidemment, j’ai droit à un interrogatoire avant de quitter la maison. J’ai l’impression d’être traitée comme une criminelle. Mais ce que je crains le plus, c’est le retour à la maison. Je suis pétrifiée à l’idée de voir les clefs volontairement laissées sur la porte. »

Lorsque Sabrina reçoit des appels téléphoniques ou des sms d’amis, elle a peur qu’on lui demande qui la contacte. « Il m’arrive parfois de mettre mon téléphone en mode silencieux, raconte-t-elle. Sinon, je m’efforce d’être la plus transparente possible. Il m’est aussi difficile de dire à mes parents que j’ai des copines. Ils pensent qu’elles peuvent avoir une mauvaise influence sur moi. Pourtant, ils ne les connaissent pas et même si je les leur présentais, ils m’interdiraient de les voir, j’en suis sûre. »

Sabrina se dit attristée par une telle situation. « Ma famille veut me protéger, mais elle le fait de manière arbitraire. Elle ne se rend pas compte qu’elle nuit à mon épanouissement personnel. Pourtant, je ne demande pas de sortir tous les jours ou à aller en boîte de nuit. Je demande un peu de liberté et de justice. Ma mère ne comprend pas, elle pense que me préparer à manger et me laver mes affaires est beaucoup plus important que ma liberté. »

Sofia, elle, a obtenu sa liberté. Mais à quel prix ! Il a fallu un mariage forcé puis un divorce après quatre mois de vie commune. « Aujourd’hui, j’ai 29 ans et j’ai pris mon appartement. J’ai fait le choix de vivre en ville éloignée de mes parents. L’avantage, c’est que je ne risque pas d’être surveillée. Je rentre à l’heure que je veux, je reçois qui je veux et je vois qui je veux, je n’ai plus de comptes à rendre. » Lorsqu’elle fait le bilan de sa jeunesse, elle regrette de ne pas être partie faire ses études dans une autre ville. « Je pense que j’aurais pu éviter beaucoup de déboires. Encore une fois, c’est pour ma maman que je suis restée. »

Sofia et Sabrina déplorent l’absence de dialogue avec les frères et les parents : « Ils ne nous donnent aucun outil pour se préserver du danger de notre société. Ils nous imposent des pratiques médiévales, qui plus est, à géométrie variable. Rien à voir avec ce que nous, nous trouvons dans l’islam. »

Mimissa Barberis (Bondy-Le Mans)

Mimissa Barberis –

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