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J’arrive sur les coups de 18 heures aux environs du Parc des Princes et de ma tribune. Comme pour tous les PSG-OM, on sent une certaine tension, une agitation, une forme de pression qui gagne la foule. Bref, je ne traîne pas trop dehors et assiste à la plupart des évènements depuis les coursives des tribunes. C’est vers 19 heures que j’entends qu’il se passe quelque chose dehors. Et apparemment, ce sont des affrontements entre CRS et supporters, qui vont dégénérer.

Je ne sais pas trop comment, mais un groupe de CRS (une dizaine), se retrouve bloqué le long des grilles du stade Jean Bouin, collé à une camionnette. Je ne sais pas trop quel était leur but, puisqu’ils ont passé une demi-heure à se faire littéralement ensevelir sous les projectiles, que ça soit des bouteilles en verre, des fumigènes ou des poubelles. Lorsqu’ils répondent avec leur armes, c’est-à-dire fusées éclairantes, grenades lacrymogènes et tirs de flash-balls, l’effet est immédiat. Leurs adversaires reculent pour la plupart, mais le petit groupe de CRS reste en position, il ne bouge pas, comme s’il attendait la prochaine vague sereinement.

Sereinement peut-être pas, parce qu’on arrive à déceler quelques signes de nervosité dans leur rang. Image terrible qui me reste a l’esprit, c’est cette famille avec un enfant d’une dizaine d’années, prise entre les feux des CRS et ceux des supporters. Je vous laisse imaginer l’état de panique dans lequel cette famille devait être. De ce que j’ai pu voir, les CRS n’ont pas bien su faire la différence entre émeutiers cagoulés et une famille apeurée. Paradoxalement, on a pu voir que certains cagoulés qui avaient repéré cette famille tentaient tant bien que mal de l’extirper de cette situation, mais à peine approchaient-ils d’elle que la sanction était immédiate : flash-balls.

Le nuage de gaz lacrymogène formé par les dizaines de grenades tirées se dirige vers le stade. En quelques secondes, les premiers effets se font ressentir, puis en quelques minutes, tout le monde est complètement HS. Dans les coursives tout le monde tousse, les yeux piquent, le gaz forme un voile nuageux, je cherche un copain asthmatique que j’ai perdu dans l’agitation, et que je retrouverai un peu plus tard complètement sonné.

Ces cinq longues minutes n’ont pas fait cesser l’agitation dehors, puisqu’après avoir essuyé les échauffourées avec les CRS, les mecs restés dehors voient arriver une centaine de supporters de la tribune Boulogne, venus spécialement attaquer Auteuil. Tout le monde est surpris par cette attaque aussi soudaine que violente, chacun se défend comme il peut, mais seul face a trois ou quatre adversaires on ne fait pas grand-chose, à moins d’être armé d’un support de poubelle métallique, comme on a pu le voir. L’attaque est rapide est expéditive, puisque les supporters d’Auteuil se remettaient tout juste des lacrymogènes et surtout les principaux concernés étaient déjà rentrés dans le stade.

C’est donc ceux-là qui tentent d’escalader les grilles pour sortir du Parc et s’expliquer avec leurs homologues d’en face. Mais en vain, personne ne réussit à sortir, pourtant la résistance coté Auteuil s’est organisée et Boulogne bat en retraite. Un peu vite peut être, puisqu’un des leurs resté en retrait se fait lyncher et finira sa soirée dans un état grave à l’hôpital.

Bref, tout ca se termine, on se dit qu’aller en tribune voir le match nous changera les idées, et la suite on la connaît : 0-3. Tout cela fait réfléchir sur le pourquoi de venir au Parc. Dans un monde parfait, pas si éloigné de Paris, on venait au stade en famille ou entre potes, on délirait entre supporters de la même équipe : on voit un match, bon ou mauvais, victoire ou défaite, puis on refait le match au bar. Dimanche, c’était on arrive, on se fait gazer, on se fait tabasser, on voit un match minable, et on rentre en courant chez nous parce qu’on ne sait pas ce qui nous attend.

J’ai deux amours, mon Pays et Paris, la ville.

Un spectateur (StreetGeneration)


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