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Quartier populaire et connu du 20ème arrondissement de Paris, Myriam s’est laissée tenter par une promenade. Accompagnée de Jimmy, médiateur et animateur, elle raconte sa ballade.

Au cœur de l’enclave des Amandiers où le temps est lourd, le Centre social la 20ème Chaise oxygène la rue principale qui s’étend de Ménilmontant au Père Lachaise. Ce matin, «la banane », comme les habitants ont coutûme de l’appeler, tire la tronche. Autour des logements sociaux grisâtres qui poussent à foison, pas de commerces, pas de cafés mais 2, 3 ados qui tapent, en plein milieu de la rue, dans un ballon abîmé avec la ferveur des jeunes années. Fortement bétonné, le « quartier-dortoir » est en quête de vie.

A 37 ans, Jimmy Justine,  est animateur-médiateur du Centre social depuis juillet dernier. Il y a 10 ans, Jimmy a appris le métier de médiateur sur le tas dans un cercle de jeu à Pigalle : « C’est là-bas que je me suis fais les dents. Au cercle central, c’était chaud quand les joueurs pétaient un câble parce qu’ils avaient perdu une grosse somme d’argent . J’ai appris à communiquer avec eux et à les rassurer, maintenant, j’ai ma méthode pour calmer les tensions. ». Onze heure du matin, le sourire exalté, il entame sa ronde dans le quartier près d’un terrain de foot désert : « Ici, sur les marches ou sur le petit muret, les jeunes se posent l’aprèm et le soir, je vais vers eux et j’essaie de créer une vraie proximité et de les mettre en confiance. J’organise des sorties ou des ateliers artistiques avec eux (rap, danse, peinture etc.). Je suis là pour les valoriser et pour éviter qu’ils galèrent toute la journée en bas de leurs immeubles ». 

La ballade se poursuit dans un silence assourdissant. Ce matin, pas un jeune à l’horizon. Encerclé par de magnifiques fresques multicolores qui teintent les murs ternes des immeubles environnants, . Jimmy poursuit : « La plupart des jeunes qui ont la vingtaine ici, les ‘grands frères’ sont au chômage, . C’est le soir qu’ils se retrouvent sur les escaliers pour passer un peu de temps ensemble, discuter et refaire le monde. Ils galèrent  mais ils ont un vrai rôle au sein du quartier: ils ne veulent pas que leurs petits frères tombent dans le deal ou autre alors ils prennent le relais des parents analphabètes et boostent les petits pour bosser ou étudier ».

Direction le T.E.P des Amandiers, où l’on pénètre, par une entrée clandestine, au cœur du terrain sportif et athlétique du quartier. Jimmy salue une équipe de pré-ados en plein match : «C‘est grâce à ces petits jeunes que j’ai été accepté par les grands » dit-il en les montrant du doigt. « Ça a permis de créer un pont. Ils viennent naturellement vers moi, on communique, on échange, j’essaie de faire en sorte qu’ils ne traînent pas vers le parc où il y’a beaucoup de deal. Je veux les valoriser et leur donner envie de s’apprécier, de les amener vers une piste artistique ou scolaire mais de les sortir de leur quotidien et de leurs certitudes. » Il déplore : « dans le quartier on tourne facilement en rond, mon rôle c’est de les amener à s’activer, à leur faire occuper leur temps intelligemment et leur redonner confiance en eux ». Le constat est amer pour les habitants : le quartier se boboïse. Au-dessus de la rue des Amandiers, la rue Boyer regorge de cafés et de bars qui pratiquent des prix exorbitants pour les jeunes: « Les jeunes ne sortent pas du quartier parce qu’ils n’ont pas les moyens. Leurs familles galèrent financièrement et eux aussi. C’est pour ça que nous au Centre, on organise des sorties à tarif symbolique pour les faire changer de paysage».

Fin de la promenade, Jimmy salue deux jeunes en vélo qui lui tapent sur l’épaule et le charrient. Dans ce labyrinthe à taille humaine, les centres sociaux de la rue Panoyaux et des Amandiers perfusent ce quartier en mal de vivre noyé par de gigantesques fresques colorées.

Myriam Boukhobza

Vous pouvez aussi retrouver cet article dans le magazine de la Région Ile-de-France : Les mots de la banlieue

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