photo de l'équipe du Bondy Blog

Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Le Bondy Blog a besoin de vous. Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

Après un mois de recherche acharnée d’un petit poste de vendeuse, j’en ai trouvé un d’une durée d’un mois dans un magasin de lingerie féminine au centre commercial Parinor, à Aulnay-Sous-Bois. Me voilà dans le bain des soldes. Je retrouve deux stagiaires que je connais, employées dans la même boutique pour une semaine. En tante que « nouvelle », je suis chargée du nettoyage des niches sur lesquelles sont exposées toutes les lingeries, je passe aussi l’aspirateur ainsi que la serpillère à la fin de la journée. Mais je ne me plains pas. Les deux stagiaires, elles, en bavent bien plus.

Comme ce jour où tout a basculé : la caisse du magasin est ouverte 15 minutes en avance par rapport à l’heure habituelle. Les deux stagiaires arrivent à leur travail, mais 15 minutes « en retard », estime l’une des « responsables » de la boutique, qui le leur fait remarquer et le leur fera payer ! Etant en classe de troisième, les deux stagiaires effectuent un stage qui ne peut être rémunéré. La moindre des choses aurait été de leur faire apprécier leur semaine de vie active, loin du tableau noir. Mais non ! Pour ce soi-disant retard de 15 minutes, la garde-chiourme assène : « Soit tu m’astiques les toilettes nickel chrome, soit t’es virée ! »

En entrant dans la réserve, attristée de voir cette jeune fille à genoux munie de sa brosse pleine de Canard WC, je retourne en magasin, prête à répondre à la moindre attaque de cette jeune femme qui se présente comme la « responsable ». En réalité, elle n’a pas du tout ce titre-là mais se comporte comme tel. Je me tiens à proximité de la caisse et « bipe » les articles à mettre en rayon. Pas transcendant, comme tâche, mais j’aime bien. Au moins personne ne vous embête.

Après avoir fini d’astiquer les toilettes, la stagiaire me rejoint et me propose son aide. Je refuse son coup de main pour ne pas la fatiguer davantage. Son amie eu un peu plus de chance car les tâches auxquelles elle avait été assignée pour punition de son retard étaient moins lourdes. Mais soudain, Madame la nerveuse refait du bruit. Elle affirme que les deux stagiaires font semblant de travailler et qu’elles ne servent strictement à rien.

Abattues, elles ne répondent pas, obéissent aux ordres. Deux heures plu tard, la grande gueule prend sa pause et s’en va fumer sa clope en mangeant ses tagliatelles à la bolognaise, tout droit sorties du micro-onde de la réserve. L’odeur y est restée pendant deux jours… La stagiaire de corvée de chiottes se confie à moi : « Si tu savais comme j’ai hâte qu’il soit 19 heures, que je me sauve d’ici ! De toutes manières, j’ai rencontré mon professeur principal hier et je lui ai dit qu’ont était traitées comme des esclaves, Cassandra (son amie stagiaire) et moi. Alors, il nous a autorisé à nous arrêter dés qu’on le voudrait. Là, c’est le jour de trop, j’te promets que demain, on vient pas ! C’est fini ! »

19 heures approchent. Les deux stagiaires affichent un grand sourire. Elles reprennent leurs affaires personnelles, montre leurs sacs à Madame, car la règle est de se faire « fouiller » avant de partir. Elles me disent tout doucement : « Bon courage! Que Dieu te protège ! » Le lendemain, j’arrive à midi et j’entends : « Tu te rends compte, Inès ! Les stagiaires nous ont lâchée ! On est que quatre pour toute la journée. » Je réponds : « Sérieux ?! Oh ! J’y crois pas ! Elles auraient dû prévenir, je n’sais pas moi! C’est pas cool de leur part. » Moi, je ricanais comme le Grinch qui se prépare à pulvériser l’heureuse fête de Noël. La nerveuse a inscrit au rouge fluo « VIREES ! » à côté du prénom des deux stagiaires, sur le planning.

Inès El laboudy

Inès El laboudy –

Articles liés

  • Instagram, le psy de 2019

    Sur Instagram, les comptes de motivation pullulent. Chaque jour, ils postent des citations et des rappels sur l'estime de soi, la rupture amoureuse ou la confiance qu'on donne à ses proches. Une manie qui a le don d'agacer Félix.

    Par Félix Mubenga
    Le 03/10/2019
  • Assa Traoré mise en examen : le monde à l’envers

    Attaquée en diffamation par les gendarmes impliqués dans la mort de son frère, Assa Traoré, la soeur d'Adama Traoré, a été convoquée et entendue par les autorités ce mardi. Elle va être mise en examen, lui ont notifié les agents de police judiciaire qui l'auditionnaient. Après les arrestations et incarcérations des frères, voilà la grande soeur d'Adama Traoré dans le collimateur de la justice.

    Par Sarah Belhadi
    Le 02/10/2019
  • Réfugiés et diplômés : à Saint-Denis, les étudiants étrangers à l’honneur

    Une trentaine d'étudiants étrangers sur l'estrade, fiers et ravis de recevoir le diplôme d'une université français. Ce vendredi 27 septembre, les diplômés du cursus de FLE (français langue étrangère) étaient mis à l'honneur à l’université Paris-8 de Saint-Denis, dans le cadre du Grand 8, l'événement de rentrée de l'établissement.

    Par Kab Niang
    Le 30/09/2019