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Au-delà des questions de relations entre  police et habitants et du principe de laïcité, les événements de Trappes doivent permettre d’amorcer, une fois pour toute, la problématique des territoires abandonnés. Billet d’humeur.

À Trappes, tout est parti d’un contrôle de police. On connaît l’usure des populations en matière de contrôle au faciès. Le Président a fait de la lutte contre les discriminations lors de ces contrôles une promesse de campagne. Le ministre de l’Intérieur s’est rapidement opposé au récépissé sans faire d’autre proposition. Progressivement, la nécessité de concilier les procédures de contrôle avec le respect des citoyens est sortie de la scène médiatique.

À Trappes, les angoisses et la colère se sont conjuguées à une forme d’intégrisme. Cet intégrisme-là n’accepte plus que les femmes aient un visage. Il ne comprend pas que les bases de notre société résident aussi dans l’échange avec l’autre. Le visage, c’est notre accès à autrui, l’expression de nos émotions, l’interface de notre existence en société et dans le monde.

Il y aurait beaucoup à dire à la fois sur les contrôles au faciès et sur l’intégrisme religieux. Mais je crois que le sujet n’est pas là. La rébellion isolée d’un homme face aux forces de police ne devrait pas suffire à enflammer un quartier des jours durant.
À la tête de l’Acsé, ma mission me plonge dans la réalité sociale des statistiques. Dans les quartiers, le taux de chômage atteint parfois 40 à 50 %. L’Observatoire national des zones urbaines sensibles nous alerte chaque année sur la paupérisation des populations. Près d’un quart des habitants des quartiers ont déjà renoncé à des soins pour des raisons financières, pour une moyenne de 15% en France. 42,5% des habitants se disent en mauvaise santé, contre seulement 30,5% sur le reste du territoire. Le nombre de décrocheurs et des enfants en échec scolaire est aussi scandaleux que l’indifférence des élites. Ces statistiques, ce sont des individus en chair et en os, des individus déstabilisés et désespérés que je rencontre jour après jour.

Trappes ne doit pas être uniquement une occasion d’échanger entre soi, sur la laïcité ou sur les violences policières. Trappes, comme Amiens l’été dernier, c’est une prise de conscience de la colère dans les quartiers, malgré notre accession au pouvoir. L’accession au pouvoir de la gauche, les quartiers l’ont tant attendue… Les évènements de Trappes nous disent que nous ne sommes tout simplement pas entendus et visibles par les habitants des quartiers. Nous ne pouvons pas attendre la fin du quinquennat pour agir et faire savoir, ni le prochain. D’ici là, nous aurons déçu ceux qui croyaient en nous. Il sera alors facile de dire que nous ne valons pas mieux que les politiques de nos prédécesseurs. En poussant le sujet des quartiers sous le tapis, nous ne ferions qu’un petit calcul de politique politicienne. Et notre calcul serait faux. Les habitants des quartiers ne se réfugieront pas dans l’abstention, non. Pas plus qu’ils ne voteraient pour la droite. Ils iront nourrir le flot des électeurs des extrêmes. La tendance se dessine déjà.

Mais nous avons du temps, nous pouvons agir. Je suis intimement convaincue que les quartiers ont besoin d’une aide extraordinaire. Parce que les Républicains ne peuvent pas accepter que des zones urbaines entières soient considérées comme perdues pour l’éducation, perdues pour l’égalité, perdue pour l’emploi. Le vrai cancer de la République, ce n’est pas l’assistanat, c’est le sentiment d’indifférence qu’éprouvent les habitants au quotidien. C’est ce ferment d’un égoïsme qui prend vaguement les allures du libéralisme. C’est cette incapacité à comprendre que dans les quartiers se jouent aussi la réalité de la République et notre fierté d’être Français, libres et égaux en droit. Il nous faut attribuer des moyens supplémentaires à l’éducation dans les quartiers, mais aussi à l’emploi. Les emplois aidés sont un dispositif vertueux, multiplions-les ! La République doit investir dans les quartiers pour que tous les habitants aient véritablement accès aux services publics. Qu’ils puissent faire valoir leurs droits et qu’ils puissent se faire soigner.

Il y a urgence. Je plaide pour une volonté politique sans faille, déterminée et exigeante. Nous devons investir massivement dans les quartiers. Nous devons le faire savoir. Assumons nos choix. Assumons de vouloir une France qui tende la main aux plus démunis et qui fait confiance aux acteurs locaux. Une France qui n’accepte pas qu’il y ait des citoyens de seconde zone. Une France qui croit encore que l’égalité est une valeur juste. Il en va de notre dignité à tous.

Naïma Charaï

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