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Samedi soir, que fait-on lorsque l’on est cinq, dont trois touristes ? On va à Paris bien sûr. Après Paris le jour, Paris by night ! Direction les Champs-Élysées, la plus belle avenue du monde garde tout son charme en cette fin d’été. D’ailleurs après le restaurant, nous décidons d’aller prendre une glace, ou un smoothy pour les filles qui veulent garder la ligne. On arrive devant Haägen Dazs. Manifestement nous ne sommes pas les seuls à avoir cette idée. Un serveur nous annonce qu’il y a, au bas mot, 40 minutes de queue ! On décide alors de se tourner vers un autre établissement. Changement de cap : avenue Georges V, celle du Vuitton qui a ses belles vitrines illuminées et ses chaussures au prix de mon loyer… Bref on va au Paradis du Fruit.

Il y a un peu d’attente, mais c’est raisonnable, d’autant que nous avons tiré le mauvais numéro. Les places pour deux semblent légion alors qu’en nombre, impair de surcroît, il faut attendre qu’une table se libère, ce qui ne manque pas d’arriver après un quart d’heure environ. C’est dire notre motivation pour déguster cette fameuse glace. La chef de rang nous demande enfin de la suivre. On comprend qu’à force de piétiner, d’aller et venir dans la salle, elle doit avoir mal aux pieds, que sa paie ne lui semble pas justifiée compte tenu du mal qu’elle se donne. Ceci explique probablement la tentative de sourire qu’elle nous adresse.

Nous nous glissons entre les tables de la terrasse, traversons celles de la pièce avant, dépassons le bar où les serveurs s’affairent avec les cocktails, continuons dans un couloir, laissons sur notre droite l’entrée des toilettes, qui, à cette heure avancée, ne donnent vraiment pas envie d’être visitées, laissons une caisse sur notre droite et tournons à gauche pour se retrouver dans cette salle, sans fenêtre comprenant une dizaine de tables peut-être. Nous nous installons, trop contents après l’attente et plutôt enjoués à la perspective de déguster qui sa glace, qui son cocktail de fruits. Mais il y a quelque chose d’étrange dans cette pièce. Impossible de dire quoi, une ambiance particulière, c’est fuyant, indicible.

Est-ce dû à l’absence de fenêtre ? Est-ce lié aux tables libres à côté de nous et sous-entend une attente maîtrisée devant l’établissement ? Qu’est-ce qui interpelle nos perceptions sans que l’on puisse vraiment le qualifier ? On percute enfin : dans cette salle il n’y a pas un blanc. Que des gens avec un épiderme plus foncé. Incroyable mais vrai. Dans la pièce principale on en a vu pourtant… Une de mes amies au sens pratique ne se dégonfle pas : « On va demander des explications. » Quand la serveuse arrive Augustine s’exécute :

– Madame, vous ne trouvez pas que c’est un peu trop foncé ici ?

– Pardon ? Vous trouvez que ça manque de lumière ?
(Manifestement la serveuse ne voit pas.)

– « …  »

Augustine fait un geste pour désigner l’environnement, manière de dire ouvrez les yeux, regardez autour de vous. La serveuse se reprend :

– Ah vous voulez dire dans l’environnement…

Une autre amie l’interpelle :

– Tout à l’heure, quand on est passés dans la grande salle, il y avait une grande table de libre, pourquoi on ne nous a pas proposé celle-là ?

La serveuse ne veut pas s’aventurer sur ce terrain :

– Vous voulez changer de table ?

On se consulte tous les cinq rapidement du regard : « oui ! »

Un peu blasée et sans notre commande, elle part prévenir la chef de rang qui revient quelques minutes plus tard, la mine crispée :

– Vous voulez changer de table, c’est ça ? Suivez-moi.

Et nous voici repartis à contourner la caisse, dépasser les toilettes, rejoindre la pièce principale et s’installer à une table pour cinq. Le taux de mélanine y est plus faible que dans l’autre pièce… La serveuse prend notre commande. Cependant cet épisode a freiné notre enthousiasme. L’envie de glace est tombée, un café sera très bien pour accompagner l’amertume qui nous gagne soudain. À part Ted. Lui maintient son choix, « tant pis si on crache dans ma glace par vengeance, moi je suis venu de loin pour visiter Paris, je ne vais pas les laisser me gâcher les vacances ! »

Intérieurement je me dis c’est la honte, Paris capitale du tourisme… Paradis du fruit tu gâtes tout ! Et pour l’accueil, ta note c’est pas triple A.

Juliette Joachim

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