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Les degrés, à l’extérieur, pouvaient se compter sur les doigts d’une main, en cette matinée du samedi 28 mars. Une météo d’hiver qui n’a pas refroidi les élèves motivés de l’Ecole du Blog de Bondy. Certains, originaires d’îles chaudes, sont arrivés frigorifiés. D’autres, habitués aux vents froids des hauts plateaux, semblaient dans leur élément (nous blaguons). La salle de la bibliothèque Denis Diderot s’est peu à peu remplie. Des bruits de journaux froissés en attendant l’invitée, la présentatrice-vedette de M6, Aida Touihri. Le mercredi, c’est elle qui présente 66 Minutes. Un magazine hebdomadaire de reportages. « Du portrait d’Olivia Ruiz au conflit israélo-palestinien », résume-t-elle rapidement.

Aïda sourit. Souvent. De grandes dents blanches, parfaitement alignées, se dessinent sur son visage. Elle a rabattu ses cheveux, les a attachés avec une pince. Tout simplement. Aucune touche de maquillage sur ses paupières, ses joues, ses lèvres. Elle est venue « naturelle ». Elle a juste apporté son énergie, quelques anecdotes et une sacrée dose de bonne humeur. Elle s’installe avec délicatesse, on lui sert un café noir. Pour le réveil. Elle entame le récit de sa vie, avec une certaine timidité. Enfin, la nouvelle impératrice de la télé privée qui règne (la plupart du temps) sur les audiences du mardi, se dévoile.

« Je n’ai pas de parcours classique », dit-elle. Pas de grandes écoles de journalisme. « Par contre, j’ai fait des études de psychologie, tout en étant passionnée de football », ajoute Aïda. Le foot l’amène au journalisme. C’était peu avant la coupe du monde de 1998, lors d’un tournoi. « J’étais alors bénévole. Je travaillais dans une immense salle de presse. » Plongée au cœur d’une rédaction internationale, elle découvre le journalisme. Les voyages, les langues, l’écriture lui font tourner la tête. Lui donnent carrément envie de changer de voie. Aux oubliettes, la psychologie, merci le football et bonjour le journalisme !

Aïda Touihiri s’en va pour Lyon. La jeune « boursière » compte y faire « une école de journalisme très chère ». Elle ne pourra payer qu’un trimestre, mais la chance lui sourit. Elle se voit proposer « un stage de trois mois à RTL, grâce à une prof de l’école ». Un stage de trois mois, à la radio, qui va se transformer en trois ans. Sa voix, assez sobre, présentera les journaux. Mais la jeune Aïda sera surtout sur le terrain. « Parfois, c’est sur, ce n’était pas simple, confie-t-elle. Des parents qui ont perdu un enfant, ce n’est sûrement pas facile à entendre comme témoignage. » Aïda estime être « plus humaine que les jeunes reporters qui sortent des écoles », ceux qui se jettent dans la gueule du loup sans réfléchir, avec des questions explosives qui ne respectent ni l’intimité, ni le deuil.

De RTL à France Inter, de Lyon jusqu’en Algérie. Le périple de la petite Aïda qui devient grande la mène de l’autre côté de la Méditerranée, « pour des raisons extrêmement personnelles ». Là-bas, au soleil, elle travaille avec plusieurs médias (Arte, Radio France, Jeune Afrique) et devient « journaliste free-lance ». « L’Algérie, pour un débutant, est une très bonne école pour apprendre la persévérance », ironise-t-elle. Celle pour qui « le travail et l’envie » sont essentiels à la réussite, restera là-bas jusqu’en 2005. « Jusqu’à ce jour où un chef de la chaine M6 m’appelle. J’avais les pieds en éventail sur une terrasse. Je ne voulais pas tellement rentrer en France, mais pour le projet de la chaîne, je suis revenue. »

Aïda Touihri passe devant la caméra. « 66 Minutes » devient son émission, avec cinq millions de téléspectateurs au rendez-vous chaque semaine. Aïda est vite confrontée à la réalité vipérine de la télévision. « Je me suis rapidement aperçue que l’apparence était extrêmement importante. Parfois, je reçois même des remarques par mail sur ma tenue vestimentaire. Par ailleurs, quand on présente une émission d’information comme celle-là, on sait que l’on est dans l’aboutissement d’un travail qui a commencé sur le terrain. Et c’est ça, le plus important ! » Aïda anime une chronique hebdomadaire sur France Info et une émission de débat de deux heures sur la radio Le Mouv’, chaque dimanche depuis un mois.

Aïda Touihiri, fille d’un « père qui ne savait pas lire », a eu ce drôle de parcours. Rien (ou tout, allez savoir) ne la prédestinait à cette rare place, dans votre téléviseur. Et pourtant, ce soir, à 20h40 (ou même plus tard !), elle y sera, en direct. Maquillée, coiffée, préparée. Pas comme samedi dernier !

Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah

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