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Un cliché dans l’air du temps, un flot de paroles écrites puis scandées qui s’insinue entre les immeubles et s’intensifie dans les couloirs des collèges. Le slam, sous forme d’atelier s’il vous plaît, a pris pour de bon possession des cours de français pré-brevet des collèges, rompant le traditionnel cours magistral, s’institutionnalisant au sein des programmes scolaires et gagnant toujours plus de terrain sur l’étude de classiques éculés. Après le désormais incontournable commentaire composé sur les lyrics d’Oxmo Puccino et consorts, qui aura en quelques années su voisiner et parfois supplanter avec force brio le bien trop couru Hugo et l’hermétisme vintage mallarméen, voici en effet qu’éclot un nouveau passage obligé : l’atelier qui « t’apprend à écrire et parler ».

Un postulat de base chez les professionnels de l’éducation, qui à l’évidence cherchent des outils pour bien faire (ils ont même été jusqu’à écouter Abd-Al Malik, c’est dire !) : forcément féru de culture hip hop, le jeune de quartier ne pourra que spontanément et immédiatement s’emparer de cette perche cadencée… Un piège bien ficelé car le voilà, lui, insolent, souvent violent et toujours cancre, coopérant presque à son insu à un projet éducatif.

Paula, 14 ans, élève de troisième au collège du Parc à Dijon et première destinataire d’un atelier slam concocté par les bons soins de leur professeur de français et les mains expertes d’Octarine Productions, structure multiculturelle, n’est pourtant pas tout à fait dupe. « C’est quand même comme apprendre une poésie, l’écrire, la réciter. » N’empêche que prise au jeu se lit son exaltation et que par la pratique les barrières tombent.

La professeur de français en charge est sur la brèche ; tout se fait prétexte à « dresser des ponts, élever des passerelles entre cette pratique particulière et ma matière, où figurent comme contenus pédagogiques majeurs lyrisme et expression ». Lorsque le thème proposé par l’animateur de l’atelier est la famille, et sa désignation par métaphore végétale, Jean de La Fontaine traverse sans ambages le soi-disant fossé pour prêter à l’enseignante son chêne et son roseau. Au-delà de ce lien avec l’histoire littéraire un brin forcé et anecdotique, c’est tout de même vers l’appropriation ou réappropriation de la langue, du texte, que tendent ces ateliers, avec, au centre, la pratique comme vecteur.

Briser la passivité de l’élève d’ordinaire de mise et qui chaque jour montre ses limites, pour le faire enfin acteur de son apprentissage et de sa maîtrise du verbe. C’est d’ailleurs ainsi qu’Etienne « Dr Larry » Colin, responsable de l’atelier, synthétise sa démarche. « L’idée est d’initier à l’écriture, d’inciter à dire, loin de tout objectif quantitatif. Je n’endosse pas ici le costume du prof, me positionne au contraire sur un pied d’égalité avec les jeunes ; mon rôle est d’offrir des possibilités d’expression, de donner des pistes, d’aider à oser, bref de susciter une dynamique créatrice collective où chacun peut proposer et disposer de sa  propre parole. »

Dégagés de la délicate relation entre élèves et enseignant, débarrassés de la pesante figure d’autorité, ces ateliers qui parviennent à s’extirper du schéma habituel de l’école semblent porter leurs fruits, dixit le personnel éducatif et surtout dixit Paula, aujourd’hui aussi assidue et appliquée aux cours de français qu’à son heure de slam hebdomadaire. « J’ai vraiment dépassé mes blocages, pu affronter ma peur pour partager ce que j’écrivais. Et c’est sûr que grâce à cela je vois maintenant le français autrement. » Alors, et si le slam venait soigner ce grand corps malade qu’est l’enseignement au collège ?

On dira ce qu’on en veut mais : puisque que le problème n° 1 / c’est l’éducation/ et que sur le terrain/ profs et élèves peinent niveau communication/ le slam comme moyen/ peut-être est-ce une solution. Yeahh !

Amandine Chauve (Dijon)

Amandine Chauve –

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