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Voilà maintenant huit ans que le cinéaste Claude Mourieras, fondateur de l’association Tribudom, organise le tournage de courts métrages avec de jeunes habitants des quartiers classés ZEP (Zone d’éducation prioritaire). Ce samedi 26 juin au MK2 Quai de Loire dans le 19e arrondissement de Paris, parents, enfants, amis et professionnels du cinéma sont invités à visionner la « marchandise » : six films fraîchement réalisés au terme d’un travail de près d’une année.

Du travail de pro : les enfants écrient les histoires, jouent leur rôle et bénéficient d’une heure d’atelier hebdomadaire par semaine. Une petite heure durant laquelle les enfants – ici des élèves de CM1 et CM2 des 19e et 20e arrondissements – apprennent à jouer devant une caméra. « Il faut permettre à des jeunes de s’emparer du cinéma, pour que le cinéma devienne un instrument au service de ce qu’ils veulent dire de façon artistique, estime Claude Mourieras. Et aussi pour que le cinéma s’enrichisse de leurs visions, de leurs sensibilités, des thématiques qu’ils peuvent amener. »

Cette année les élèves s’en sont donné à cœur joie ! Certains ont donné un « rôle » ou offert une apparition à leurs parents, leurs frères, leurs sœurs. Six court-métrages d’une vingtaine de minutes chacun défilent sur l’écran du cinéma. Leurs titres : « Cessez le feu », « La charmeuse de serpent », « Où est la mer ? », « Une drôle de journée », « S.A.F. » (l’acronyme de « sans ami fixe ») et « D.S. » (nom d’une console de jeu). Public très attentif. Quelques chuchotements par-ci, par-là. On entend de temps à autre des « Ah c’est moi ! ». Applaudissements à la fin de chaque film.

Les thématiques abordées sont diverses et reflètent la vision du monde et les inquiétudes de ces enfants encore à l’école primaire. On les découvre dans leur univers. Celui, par exemple, de la famille recomposée, dans « Où est la mer ? » : Abdelhaiy a honte d’avoir un père SDF, divorcé. Sa mère entreprend de refaire sa vie avec un homme ayant déjà un enfant. Arnaud Bichon, comédien professionnel, incarne ici le rôle du futur beau-père. « Ce scénario n’était pas facile, voire cruel et cauchemardesque, dit-il, mais je me suis bien amusé à jouer un beau-père terrifiant. C’était génial, j’encourage vraiment ce genre de projet. »

La fameuse « démission des parents » n’aura pas échappé aux enfants. « Les parents ne font pas attention à leur enfants, certains préfèrent leur travail à eux », déplore Souad Khorchid, la maman d’Abdelhaïy interrogée après la projection. Elle dit que les enfants ont eu besoin d’exprimer l’absence de leurs parents à l’écran et qu’on devrait prendre conscience de leurs inquiétudes « car elles sont réelles ». Elle ajoute : « Regardez, là, vous voyez, il y a des enfants qui sont venu seuls, sans leur parents, c’est vraiment dommage. » Souad Khorchid est fière de voir son fils à l’écran résume d’un mot cet ensemble de courts-métrages : « magnifique ».

« Lors de l’écriture des scénarios, le thème de la mort et de la distance revenaient souvent, raconte Ariane Lila, la réalisatrice de « Cessez-le-feu ». C’est ainsi qu’on en est arrivé à écrire l’histoire du père d’Aboubacar qui part à la guerre en Afghanistan. Les élèves m’ont dit qu’ils ont choisi ce scénario parce que c’est à la guerre qu’on meurt le plus vite. » Elle dit avoir apprécié d’être « en immersion » avec des enfants qui ont des idées et une vision de leur société, « c’est important de savoir ce qu’ils pensent ». Enthousiaste, donc, d’avoir participé à ce projet et rencontré les parents des élèves, dont « beaucoup, constate-t-elle, ont des emplois précaires et des conditions de vie difficiles ».

Lydia Darini qui a participé à « Cessez-le-feu » avec sa fille Jennifer, et même son bébé, se verrait bien renouveler l’expérience : « C’était très bien, je suis fière de Jennifer. Ça fait bizarre de se voir à l’écran, je me suis trouvée un peu plus ronde. » Elle est « impressionnée » par les scénarios écris par les élèves, les messages véhiculés qui « reflètent bien notre société d’aujourd’hui et leur prestation devant la caméra ».

Le plus important, sans doute, pour les parents, dans cette expérience cinématographique, c’est de voir leurs enfants autrement que dans leur environnement habituel, les voir s’impliquer « avec sérieux » dans les tournages, les voir mettre de l’humour dans des situations parfois pas très gaies.

Des élèves, il fallait s’y attendre, veulent faire désormais du cinéma leur futur métier. C’est le cas d’Amanda : « J’aimerais être comédienne plus tard. » Mais déjà, des bémols : elle a plutôt apprécié le côté ludique du projet mais regrette d’avoir dû « bosser fort pendant le week-end » et de s’être « ennuyée par moments ».

Amanda explique aux adultes qui l’entourent de quoi il est question dans le court-métrage où elle joue. Une adulte n’a pas compris le rôle d’un des enfants et demande des précisions à Amanda, qui donne le fin mot : « En fait il est amoureux de moi en secret mais moi je ne l’aime pas. » Elle ajoute que le film a misé sur un côté sombre et difficile à comprendre. Un autre camarade vient l’interrompre : « C’était trop bien, on a voulu faire autre chose que ce qu’on voit à la télé. »

Imane Youssfi

En septembre, Tribudom projettera une autre série de courts-métrages, réalisés ceux-là avec des lycéens de Villepinte (93).

Imane Youssfi –

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