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Muriel appuie sur l’interphone 41. Une fois. Ça ne répond pas. Deux fois. Toujours aucune réponse. Elle se saisit de son téléphone, compose le numéro. « Si, je suis là, comme prévu. » Elle appuie une ultime fois. La porte s’ouvre. L’ascenseur monte lentement. « Il n’est plus tout jeune, enlevez vos écouteurs, ne vous endormez pas, soyez attentifs. » Évidemment ! Il reçoit sur le pas de la porte. Serre la pince à chacun. On entre. Dans le couloir de l’appartement, des disques et des pochettes sont accrochés sur le mur. Un chat rode. Flex craint la boule de poils.

Abiodun Oyewole a quelques cheveux blancs. Et la barbe qui va avec. Il porte un jogging marron, en velours. Des tableaux aux couleurs vives dans le salon. Le jaune et le rouge pétaradent. « Chez moi, c’est un musée. » Monte Laster avait prévenu : « C’est sans doute la personne la plus importante que vous allez rencontrer. C’est un personnage légendaire. » Abiodun s’installe dans son siège. On est autour de lui.

1968 est l’année de tous les bouleversements. Le racisme est puissant aux Etats-Unis et Martin Luther King est assassiné. A deux pas de sa maison où il nous reçoit, Abiodun créait cette année-là le groupe des Last Poets avec ses amis David et Gylan au Marcus Garvey Park. Un lieu qui était déserté à cette époque par les Blancs et la police. Sur le ton d’un personnage de la série « Cold Case », il explique aux rappeurs de La Courneuve : « On était les derniers poètes, le dernier recours avant que ça pète ». Réunis comme des dévots autour du gourou de leur secte, nos rappeurs écoutent religieusement Abiodun leur raconter les « guerres de paroles » menées par pendant prés de 40 ans. Le rap, comprennent-ils, ça vient à l’origine des Last Poets.

Abiodun se sent « préoccupé et intéressé par la beauté », et il assume. Au-delà de la contestation, Abiodun met en avant la part de poésie importante dans sa musique. Il a l’air de voir d’un mauvais œil la tendance rap gangsta qui a la cote aujourd’hui. Banni fronce doucement les sourcils pendant que le « vieux » remet une dose de whisky dans son verre posé en face de lui. Banni dit ne pas se revendiquer de la mouvance gansta, et il ajoute, les mains en mouvement : « L’espoir se perd de plus en plus dans nos quartiers. Voilà pourquoi, moi aussi, dans ma musique, mon job c’est de redonner espoir. » Les objectifs ont l’air d’être communs, et voilà pourquoi les affinités vont grandissant au fil de la rencontre.

A la fin de l’entretien, nos Courneuviens font le tour de la maison. Ou plutôt du musée. Chaque objet retrace une aventure. Abiodyun est allé aux quatre coins du monde et il en a rapporté des histoires singulières. Séance photo, Abi se lâche avec des poses de maestro du hip hop. Abiodun claque un « au revoir » dans un français impeccable. Poignées de main à toute la compagnie.

Dimanche, un autocar nous a emportés de New York à un hôtel du centre de Washington. De lundi à mercredi, c’est dans la capitale fédérale que les choses se passeront.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

Légendes photos : Flex et Abiodyun (haut) ; Abiodyun entouré par Muriel et les rappeurs (bas) ; les Last Poets : Umar Bin Hassan, voix, Abiodun Oyewole, voix, Don Babatunde Eaton, percussion (de gauche à droite).

mehdi_et_badroudine –

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