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Le Bondy Blog s’est offert une virée au spectacle de Fellag, « Les Algériens sont tous des mécaniciens ». Rassurez-vous, nous avons bénéficié d’un prix de groupe. Samedi, 18h30 à Paris, le Théâtre du Rond-Point avale la foule sans se rassasier. Beaucoup de jeunes, des couples et des parents sont venus voir le Charlot algérien. Nous, très bien placés, malgré une salle pleine à craquer. Extinction des lumières. Apparaît alors le décor : des grands draps blancs qui sèchent sur des cordes à linge. Ça évoque plus l’Italie que l’Algérie. Le comique fait irruption sur la scène, il court après un pneu qui roule. Il lance à un spectateur qui a sorti sa caméra de poche : « Merci, tu filmes pas. » Ce dernier ne sait plus où se mettre. Cette fois, le spectacle peut vraiment commencer.

La nouveauté ? Ce n’est plus un one-man-show, genre auquel Fellag nous a habitués, c’est une pièce de théâtre. Qui se joue à deux. La comédienne Marianne Epin rejoint son partenaire pour camper un couple algérien, Salim et Shéhérazade. Ils sont amoureux mais ils vivent dans la déche, dans un bidonville d’Alger. Deux profs de lycée, mis à la retraite forcée, à cause de l’arabisation. Elle étend le linge à côté de lui. Lui prend sa douche hebdomadaire sur la terrasse ensoleillée de leur taudis. À l’aide d’un compte goutte : pénurie d’eau oblige. Alternant le mime, les pas de danse et la narration, les deux comparses vont décrypter, toute en douceur, les relations entres citoyens algériens.

Il y a d’abord « Mr Saïd » et la réparation de son taxi. L’humoriste lance à un public conquis : « En Algérie, le moteur d’une voiture est le seul endroit où la démocratie s’exerce en toute liberté, égalité, fraternité. » Dans cette scène, Fellag prend les traits d’une multitude de personnages, afin de distiller des messages sur le nationalisme, le colonialisme, la révolte et l’islamisme. Du prof de philo « laïc, francophile et au chômage technique » à l’islamiste, raillé pour sa stupidité.

Fellag nous raconte tous les grands maux et les rêves de la vie algérienne : les familles entassées dans une pièce, les envies de départ… « Un sondage dit que 50 % des Algériens veulent quitter le pays. Elle était où, l’autre moitié, le jour où ils ont fait l’enquête ? » Ou ce fameux : « Dans le mot visa, il y a vie, vas-y, z’y-vas, va vivre ta vie ! » Viens ensuite le sujet de prédilection de ces citoyens de la débrouille : les Chinois. « D’étranges étrangers, en Algérie… » Il ajoute : « En trois-quatre ans, ils ont appris à parler l’algérien. Les Français, en 132 ans, ils n’avaient pas réussi. » Effet garanti ! Une heure et demie à avoir mal aux joues. C’est drôle, c’est fin, on sent la force du travail et le talent d’écriture.

En guise de fin, le plus grand clown d’Alger, à plus de 60 ans, offre une danse à la kabyle à son public, accompagné, dans la salle, des youyous des femmes et des sifflets des hommes. Lumières : un tonnerre d’applaudissements, Fellag est très ému à chaque rappel.

Nicolas Fassouli

Au Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 28 février. Tous les jours à 18h30. Informations et réservations au 01 44 95 98 21.

Nicolas Fassouli –

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