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C’était un peu la fête à nœud-nœud, hier soir, face au 12 de la rue Charlot. Les élèves de la Star Ac’ faisaient leur entrée dans leur nouveau « château », un hôtel particulier du Marais loué par TF1-Endemol. Il y avait Maurice, chemise blanche, bedaine triomphante, descendu tout exprès de Marcadet-Poissonniers. Un cas, Maurice, venu chercher ses 15 secondes de célébrité. Qu’il a eues. « Vous voulez que je vous chante quelque chose ? » Vas-y pour « Que je t’aime ». Applaudissements du public. On peut retrouver Maurice chez « Didine », un restaurant fréquenté par les forains. « Marcel Campion, le patron des forains, vous connaissez, hein ? Il est passé dimanche sur M6. C’est quelqu’un, Marcel Campion, il a réussi, il est riche, il va à Saint-Tropez. »

Il y avait Arlette, aussi, coiffée comme Shirley, de Shirley et Dino. Elle était avec sa fille. Enfin, c’était plutôt sa fille qui était avec elle. Une vraie pipelette, Arlette. Et surtout très sympa. « Vous me donnez quel âge ? – Euh… Quarante-cinq ans. – Vous êtes gentil, j’en ai 58. » Arlette est de Clermont-Ferrand, en visite chez sa fille à Paris. Une âme de groupie. Voir des célébrités, leur parler, leur demander des autographes, c’est son plaisir. Et puis, ces minots de la Star Ac’, pour elle, c’est retour en arrière, quand elle était jeune et belle. « J’aime bien danser la tecktonik, des fois. »

Arlette profite à fond de son séjour parisien. « J’étais ce matin au Flore. Ma fille me dit « Regarde, c’est Karl Lagerfeld ». Je lui ai demandé un autographe, il me l’a signé. Il est très bien, Karl Lagerfeld, pas fier du tout. C’est pas comme Eric et Ramzy. Une copine m’a dit qu’elle les avait vus chez Sephora. Elle voulait un autographe. Le p’tit chauve, il lui a dit qu’il était pas là pour ça. »

Arlette, ensuite, qui a le flair, est allée se poster devant l’Elysée. Elle a vu Nicolas Sarkozy qui en sortait. Elle connaît le président, ça date d’avant son élection. « Il est venu un jour à Clermond-Ferrand, voir Brice (Hortefeux), j’étais avec mon mari, c’est-à-dire mon ex. Brice, je lui ai déjà fait la bise, mais c’est pas pour ça que j’ai les mêmes idées que lui. » Arlette est dans son monde, le music-hall. « J’ai assisté à un concert de Tokio Hotel au Zénith de Clermond. Là, j’ai un billet pour aller voir M. Pokora. » Son grand amour, ça reste Johnny. « J’ai un autographe de lui, du temps où il était avec Sylvie. Ça, ça vaut de l’or. »

Il s’en passe des choses, rue Charlot. A chaque fois que l’estafette de la « prod » dépose sa couvée de cinq « académiciens » – en tout, trois convois –, un groupe d’ados du quartier envoient les huées. Pour eux, la Star Ac’ n’a pas sa place ici. Le maire du 3e, Pierre Aidenbaum, cette nuit, a dû mieux dormir que la veille. « On m’avait dit, « Vous verrez, la Star Ac’, ça va faire venir les hordes de banlieue », eh bien, pas du tout. On a dit n’importe quoi, comme le fait que j’avais reçu de l’argent pour faciliter l’installation de la Star Ac’ rue Charlot. »

En réalité le maire a les boules, mais il s’arrange pour ne pas le montrer. L’émission populaire de TF1 n’est pas du tout du goût des riverains. Les commerçants – boutiques de fringues et galeries d’art – font la tronche. « Le public de la Star Ac’ est inculte et fauché, notre clientèle est friquée et cultivée », soutient une marchande. Du coup, Pierre Aidenbaum entonne le refrain « We are the world » : « Le quartier est ouvert à tout le monde, pas de distinction sociale. » C’est vrai que pour un arrondissement socialiste, cette morgue des habitants, ça la fiche mal.

La police, elle, veille au grain. Hier soir, des agents, certains en tenue anti-émeute, étaient postés à tous les coins de rue dans le périmètre du « château ». Le commissaire du 3e – « un homme très bien, dixit le maire, il s’appelle Luca Toni, comme le joueur de foot italien » – a géré comme un chef son premier « prime ». Treize autres l’attendent.

Antoine Menusier

Légendes photos, dans l’ordre : Maurice chantant « Que je t’aime »; Star Académiciennes arrivant rue Charlot; le maire Pierre Aidenbaum.

Antoine Menusier –

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