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Vendredi dernier, je suis parti à la rencontre du collectif Diversidad, un groupe très spécial. « 20 artistes, 12 pays, 9 langues, 14 morceaux » tel est le slogan du groupe. Il s’agit d’artistes venant de toute l’Europe et ayant pour dénominateur commun le rap. En voyant cela on met les idées reçues de coté, le rap n’est pas nécessairement réservé à la langue de Shakespeare ou celle Molière. Au départ du projet, un appel d’offre de la Commission européenne qui souhaite améliorer « le dialogue interculturel en Europe » par la musique.

En 2008, une association belge décide de se lancer dans un projet avec des artistes venant de plusieurs pays européens, en sortant un single avec pour tête d’affiche Akhenaton, du groupe IAM. A partir de là, la commission européenne décide d’aller plus loin est commande un album, une tournée et un site internet.

Le 14 février l’album « The Experience Album » sortira partout en Europe. Seize heures, j’ai rendez-vous avec le crew (le groupe), qui est en répétition, dans une grande salle du 104 (XIX° arrondissement) à Paris, lieu de création et de production artistique. Accueilli par un membre de l’équipe de Diversidad, il me conduit jusqu’à la salle de répétition. Au même moment, un « come on DJ » retentit et la répétition du show prend forme devant un public composé de journalistes et de techniciens. Au début, toutes les langues présentes se mélangent, du croate, du grecque, de l’anglais, du français, de l’italien, de l’espagnol, du suédois, de l’allemand, du portugais et créent un véritable melting-pot. Le morceau « The Experience » est joué. Tous les artistes du crew Diversidad posent. Mc Melodee, hollandaise, lance les hostilités en anglais avec sa voix douce mais avec un flow que beaucoup de rappeurs pourraient envier.

Le chorégraphe, Franck II Louise, spécialiste de la Breack Dance coordonne le show. Il est très concentré et fait des signes avec les bras aux danseurs qui accompagnent les morceaux du collectif sur scène. Après avoir répété quelques titres, le chorégraphe réunit tous les artistes et fait un petit debriefing. Il communique en anglais en insérant quelques mots de français, en voyant les visages de certains, on se rend compte qu’ils n’ont rien compris, mais la langue des signes est universelle. Tout le collectif se met en rond et débat sur les transitions entre les morceaux et les détails du spectacle dans la bonne humeur. L’anglais est évidemment la langue dominante dans la communication entre les artistes, mais cela fonctionne puisque l’album a été enregistré en dix jours.

Profitant de la petite pause, j’interroge le Belge, d’origine marocaine, de la troupe Rival, sur sa rencontre avec Diversidad. « Je connaissais Akhenaton qui m’en a parlé et puis je suis rentré dans le projet ». En lui demandant, lui qui rap en français, s’il n’était pas surpris d’apprendre qu’il allait rapper avec un bosniaque ou un grecque rap sa réponse est simple : « Franchement, j’étais excité parce que c’est la passion qui nous pousse, on a tous un vécu différent, le ghetto ou les difficultés en France, en Belgique ou en Croatie ne sont pas les mêmes donc nous apportons tous quelque chose ». Au moment d’aborder sa passion pour le rap, il me confie : « Au delà de sa capacité à rassembler, comme avec Diversidad, cela m’a permis d’enrichir mes textes en utilisant le dictionnaire, parce que les mots dans un contexte n’ont pas le même poids que dans un autre ». L’influence du rap français en Europe est importante, « la France, c’est un grand pays, c’est le deuxième marché mondial au niveau du Hip-hop, je ne suis pas étonné quand le suédois, Marcus Price, me dit qu’il écoute du NTM ou du IAM », confie le belge.

L’objectif était de monter un projet démontrant que les barrières de la langue et des cultures peuvent être rassemblées sous une même bannière, celle des cultures urbaines. Sur le modèle d’artistes comme Nach, l’espagnol, très populaire dans son pays, c’est la passion qui a rassemblé tous ces artistes. Côté français, l’on est servi avec Orelsan, fort du succès de son dernier album ainsi qu’avec la participation d’Abd Al Malik sur un morceau. Le beatmaker (celui qui crée la musique) Spike Miller qui a produit toutes les « instrus » (« prod’ », les sons) de l’album qui a beaucoup de poids dans le monde du Hip-hop tout comme Dj Cut killer qui fait partit du collectif. Les répétitions prennent fin à 19 heures, je comprends vite qu’ils sont fatigués après cette grosse journée de boulot qui se traduira par un Concert en Hollande dans la semaine. Mais la journée n’est pas fini, à 20 heures, Diversidad est l’invité de Planet rap sur Skyrock, la plus grosse émission de rap en terme d’audience.

Amine Benmouhoud

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