photo de l'équipe du Bondy Blog

Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Le Bondy Blog a besoin de vous. Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

Une photo de famille assez spéciale était organisée lundi 20 décembre, juste avant celle, plus traditionnelle, autour du sapin de Noël. Ce soir-là au Théâtre du Gymnase, à Paris, il y avait des humoristes, des chanteurs, des danseurs, des artistes en tout genre. Je m’y suis rendu avec un ami. Nous sommes arrivés à 20 heures sur le boulevard de Bonne Nouvelle, sans vraiment savoir de quoi il retournait.

Nous entrons dans la salle, surpris, nous croisons l’ancien professeur de SVT du collège de mon ami, qui nous annonce que l’on va passer un bon moment : « Vous allez voir Eklips, il fait du beatbox (boite à musique avec la bouche) et il imite des rappeurs, c’est impressionnant, les autres jeunes du Comedy Club (ex-Jamel Comedy Club) vont tester leurs vannes. »

Le spectacle commence fort. Le programme de la soirée est décrit en rappant par Derka, qui fait place aux deux animateurs et maîtres de cérémonie, un homme et une femme, Issa Doumbia et Janane Boudili, fils-conducteurs de la soirée. Au début, des valeurs sûr du « Jamel », comme Patson et son fameux accent ivoirien, passé en coup de vent balancer deux ou trois vannes sur le remarquable parcours des  Algériens à la Coupe du monde de foot en Afrique du Sud ou sur les Ivoiriens et la polygamie (deux présidents).

Tout cela dans le registre stand up, qui est l’art de l’improvisation, ce qui implique de « jouer » avec le public. Sachant cela, nous évitons de nous mettre au premier rang : « C’est vrai que se faire vanner par un humoriste alors que toi, t’es spectateur, tu peux rien faire, c’est la honte », me confient deux jeunes qui ont obtenu des places grâce a la radio Générations.

Booder (« Captain Khalid », lire l’article d’Aude Duval) excelle dans le stand up. Il nous raconte son parcours scolaire exemplaire entre le BEP et la préparation psychologique pour Fleury-Mérogis. Alpach fraîchement débarqué Comedy Club nous fait part de ce qui l’a marqué dans sa jeunesse, les feuilletons indémodables comme MacGyver, ce héros capable de créer n’importe quoi avec du bicarbonate de soude et du sel. Pido, Corse dans l’âme, le verbe et le geste, joue avec les idées préconçues sur les habitants de l’île, des gens armés jusqu’aux dents, tirant sur tout ce qui bouge.

Ce qui fait la force et l’originalité de cette « photo de famille » au Gymnase, ce sont les origines de chacun, qui nourrissent les blagues. Les idées reçues que l’on peut avoir sur les familles africaines ou chinoises sont tournées en dérision. « Ce qui est bien dans ces spectacles c’est que ça nous concerne tous, on a tous des origines et c’est l’humour de la rue », me dit un spectateur avec le sourire à la fin du spectacle.

Il n’y avait pas que des humoristes sur scène. On a pu voir un groupe mêlant rap et jazz avec le comédien Julien Courbey (« Le ciel, les oiseaux et… ta mère ! », « Il était une fois dans l’oued ») à la batterie, mais qui pour dire vrai n’a pas séduit tous le monde, car un mouchoir a été jeté d’un balcon. Le public, même très intergénérationnel et très fusion des origines, peut être dur… Aussitôt, à la fin du morceau, Issa, l’un des animateurs du spectacle, regarde le mouchoir et demande d’éclairer la salle, une lumière aveuglante s’allume devant nous : « Qui a fait ça ? s’exclame-t-il, à la fois drôle et sérieux. Ha, on fait moins le malin devant tout le monde. »

Malgré quelques couacs et une ou deux filles au bord de du collapse à la fin d’un sketch, la soirée s’est bien déroulée et s’est terminée avec de jeunes break-dancers qui ont mis le feu à la salle avec leurs pas effectués à une vitesse folle. La photo de famille était métissée, aux couleurs de la France. On a passé un bon moment.

Amine Benmouhoub

Articles liés

  • « Je ne suis pas parisienne », le livre qui valorise (enfin) toutes les femmes

    Le 11 septembre dernier, Alice Pfeiffer a sorti son premier livre : Je ne suis pas parisienne. Avant même de savoir le sujet précis de l’essai, son titre piquait déjà notre curiosité. Adulée dans le monde entier, la Parisienne est un symbole de beauté, d’élégance et de culture : qui serait fière de ne pas correspondre à cette image ? L’autrice elle-même, visiblement – et elle vous encourage à faire de même.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 04/10/2019
  • Luc Pinto Barreto, « dealer de livres » à Saint-Denis

    Sur le parvis de la gare de Saint-Denis, trois fois par semaine, un stand détonne : celui de Luc Pinto Barreto, « dealer de livres » de son état. Le trentenaire a choisi de sortir les bouquins des murs des librairies et des bibliothèques pour les proposer, à la façon d'un vendeur ambulant, aux Dionysiens et Dionysiennes. Portrait.

    Par Nesrine Slaoui
    Le 01/10/2019
  • Souheila Yacoub, de corps et d’âme

    Ce lundi 23 septembre à 21 heures, Canal+ lance la série Les Sauvages. Avec Roschdy Zem dans le rôle du président de la République, cette série politique très attendue met en scène une flopée de jeunes visages issus de la diversité, parmi lesquels celui de Souheila Yacoub. Ancienne sportive de haut-niveau, ancienne Miss, aujourd'hui actrice talentueuse, Souheila n'a que 27 ans mais déjà une riche personnalité. Rencontre.

    Par Eugénie Costa
    Le 23/09/2019