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À l’occasion de la première foire internationale dédiée à l’art urbain, le film Girl power a offert une vision féministe d’un art plein de testostérone. 

Le Carreau du temple, lieu emblématique du Haut Marais, était un marché couvert. Il est aujourd’hui un incubateur de talents créatifs dans le domaine des arts, de la mode et du design. Fin avril ces galeries accueillantes et généreuses ont montré de nouvelles écritures d’artistes autodidactes. On y a découvert les artistes eux-mêmes, qu’ils soient pionniers ou émergents. Pour assoiffer l’envie du public d’en savoir plus, les exposants ont mis en avant leurs collections privées. Banksy en a fait son affaire. Et Sany Gpuffova l’a fait aussi avec son film.

Jeune graffeuse de la République tchèque, habillée décontractée, legging léopard, sweat noir et une paire de Airmax, elle ouvre le bal par une courte présentation de son travail. Elle précise d’emblée qu’elle ne supporte pas l’activisme dans le graffiti, encore considéré comme un délit. L’idée de faire un film a émergé en 2009, à l’heure où les smartphones et les grands réseaux sociaux n’existaient pas. Elle reconnaît que son message arrive tardivement. Elle explique qu’il est difficile de trouver un producteur et de l’argent pour un tel projet. Cela fait huit ans qu’elle rêve de ce film. « Je suis là, j’ai existé, j’ai vécu » est le leitmotiv entraînant d’un récit de vie.

03Elle mène une double vie. Ses parents et ses collègues ne le savent pas. Elle se cache sur ses talons noirs et derrière sa cagoule. Sacrément coquette, elle porte en elle les couleurs du graff. Elle met à l’honneur les graffeuses d’une quinzaine de villes – Prague, Moscou, Le Cap, Sydney, Biel, Madrid, Berlin, Toulouse, Barcelone et New York. En partant à la rencontre de celles qui ont refusé de croire que ce n’était pas pour les filles, elle s’est rendue compte que l’émancipation de la femme pouvait aussi se faire dans le graffiti.

Écrire son nom pour être reconnu. Est-ce perdre ou gagner dans la légalité ou l’illégalité ? « Il faut à tout prix le finir et le prendre en photo après », comme trophée. Vicki explique que la seule différence entre les hommes et les femmes c’est la corpulence physique. Obtenir ce trophée est plus simple pour les hommes. Les femmes ont plus de mérite. Mais le risque est le même. « L’accès est plus libre le soir de la nouvelle année », les gardes sont trop occupés. Mickey, l’une des protagonistes de Girl power, l’a bien compris. Jeune maman, elle ne voulait pas faire face à la justice avec un enfant. Elle voit depuis sa fenêtre, chaque jour, le train qui passe. L’adrénaline lui manque. Le street art permet de mettre de la couleur dans les paysages mortuaires des plus grandes capitales. Les femmes entreprennent dans le graffiti et proposent leur propre marque de vêtement. Le streetwear n’est jamais très loin. Et le tatouage non plus.

httpv://youtu.be/fFiU2NBlfSQ

Les félicitations, les encouragements jaillissent de partout. J’intercepte Sany Gpuffova à la sortie. Le film propose un échange entre sa mère et elle. « Pour chaque personne, la beauté est dans quelque chose d’autre. Ma mère aime beaucoup les fleurs. Moi, c’est le graffiti. Elle trouvait que c’était beau, mais pour moi c’était la chose la plus ordinaire qu’il soit. Pour certaines personnes, le graffiti c’est moche. » Les jeunes femmes portent toutes des cagoules quand elles peignent. « Nous sommes en démocratie, ils doivent t’attraper et prouver que c’est toi. Comme les terroristes, on utilise des masques. Ils font des crimes et ne veulent pas être connus. On parle de graffiti illégal. Ils ne veulent pas expliquer aux gens « normaux » pourquoi ils font ça. »

Gouja Yousra

 

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