photo de l'équipe du Bondy Blog

Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Le Bondy Blog a besoin de vous. Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

Avant première réservée aux blogueurs aux Champs-Élysées. La salle, conquise, salue la fin de la projection par un tonnerre d’applaudissements. Les spectateurs qui prennent la parole sont presque unanimement enthousiastes. Mais dans le concert de louange, une voix discordante  se fait entendre, « je suis Black, j’ai grandi dans une cité. Je trouve les passages sur la banlieue trop stéréotypés et misérabilistes. La famille africaine avec sept ou huit  enfants, c’est un peu trop. » La réplique d’Omar, né à Trappes,  fuse immédiatement : « Dans quelle cité as-tu vécu ? Apparemment pas la même que la mienne… » Le blogueur un peu gêné, « j’habitais Marne-la-Vallée… » Et Omar, visiblement remonté, d’enchaîner, « oui, donc chez Mickey ! Peut-être que ça te gêne, mais on a voulu montrer les choses de manière authentique, parler de la France  telle qu’elle est aujourd’hui. Moi je n’ai aucun problème avec ça. »

L’échange un peu musclé peut paraître surprenant, mais traduit bien la richesse et la complexité d’un film pas toujours aussi politiquement correct qu’il n’en a l’air. Sous ses dehors de comédie populaire, Intouchables reflète aussi une réalité  pas toujours rose.  Tout en jouant à fond la carte de l’humour, Olivier Nakache et Eric Toledano, les réalisateurs de Nos  jours heureux, abordent des thèmes parfois sensibles : l’intégration, le communautarisme, le handicap. Si le ton est résolument optimiste, le regard porté sur une société française de plus en plus fragmentée, est parfois mordant. Rassurez-vous tout de même, Intouchables n’a rien d’une thèse de sociologie sur les banlieues. Ici, l’humain et l’émotion sont préférés au blabla et à la psychologie.

Le duo Nakache-Toledano a d’abord fait le choix de nous raconter une histoire. Celle d’une rencontre entre deux personnages que tout oppose. Philippe, incarné par François Cluzet, est  un riche aristo devenu tétraplégique à la suite d’un accident de deltaplane. Driss, interprété par Omar Sy, un jeune de banlieue qui sort de prison. Le premier est victime d’un handicap physique tandis que le second souffre d’un handicap social. À eux deux, ils vont devenir intouchables.  Pour que le spectateur croit à ce duo improbable, il fallait réunir les bons acteurs. François Cluzet et Omar Sy sont aussi différents que complémentaires. Cloué sur un fauteuil roulant, prisonnier de son corps, Cluzet doit tout faire passer par le regard et les expressions. Le contraste avec Omar est saisissant. Du haut de son mètre quatre vingt dix, il chante, danse, bouge avec un appétit de vie énorme. Sa présence physique est remarquable. Entre les deux acteurs, comme entre les deux personnages, c’est le choc des cultures. Et pourtant, le binôme a trouvé la bonne alchimie.

Même chose pour le scénario et la réalisation. Olivier Nakache et Eric Toledano ont trouvé un équilibre miraculeux entre comédie et drame. Et les spectateurs passent sans transition du rire aux larmes. La grande force du film est de ne jamais s’apitoyer sur ses personnages, de ne jamais en faire des victimes. Il y a beaucoup de compassion dans Intouchables, jamais de condescendance. On y parle cash, comme dans la vraie vie. Certaines vannes sur les Blacks et les handicapés sont même franchement un peu limites. Cela heurtera peut-être la sensibilité de quelques spectateurs bien-pensants. Les autres seront trop heureux de découvrir un grand film sentimental, sans une once de bons sentiments.

Alexandre Devecchio.

À suivre : l’interview d’Olivier Nakache et Eric Tolédano, les réalisateurs du film.

Articles liés

  • « Je ne suis pas parisienne », le livre qui valorise (enfin) toutes les femmes

    Le 11 septembre dernier, Alice Pfeiffer a sorti son premier livre : Je ne suis pas parisienne. Avant même de savoir le sujet précis de l’essai, son titre piquait déjà notre curiosité. Adulée dans le monde entier, la Parisienne est un symbole de beauté, d’élégance et de culture : qui serait fière de ne pas correspondre à cette image ? L’autrice elle-même, visiblement – et elle vous encourage à faire de même.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 04/10/2019
  • Luc Pinto Barreto, « dealer de livres » à Saint-Denis

    Sur le parvis de la gare de Saint-Denis, trois fois par semaine, un stand détonne : celui de Luc Pinto Barreto, « dealer de livres » de son état. Le trentenaire a choisi de sortir les bouquins des murs des librairies et des bibliothèques pour les proposer, à la façon d'un vendeur ambulant, aux Dionysiens et Dionysiennes. Portrait.

    Par Nesrine Slaoui
    Le 01/10/2019
  • Souheila Yacoub, de corps et d’âme

    Ce lundi 23 septembre à 21 heures, Canal+ lance la série Les Sauvages. Avec Roschdy Zem dans le rôle du président de la République, cette série politique très attendue met en scène une flopée de jeunes visages issus de la diversité, parmi lesquels celui de Souheila Yacoub. Ancienne sportive de haut-niveau, ancienne Miss, aujourd'hui actrice talentueuse, Souheila n'a que 27 ans mais déjà une riche personnalité. Rencontre.

    Par Eugénie Costa
    Le 23/09/2019