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« Il est là, il arrive. C’est John Travolta ! », crie une jeune femme d’une voix stridente lorsqu’elle voit une grosse voiture s’arrêter devant le cinéma UGC de Rosny. Derrière les barrières de sécurité de ce multiplex, une foule bigarrée se bouscule pour l’avant-première de « From Paris with love ». Les caméras de France 2 et de TF1 pointent leurs objectifs vers la voiture avec chauffeur qui s’est arrêtée. Un homme en sort, les micros de LCI, Europe1, RFI se dirigent vers la voiture. Un homme passe entre deux rangées de grilles. « Mais non, ce n’est que Luc Besson », dit un grand gaillard a la voix grave, « on s’en fout de Luc Besson », ajoute-t-il.

« On veut John Travolta », reprend une jeune fille qui se dresse sur la pointe des pieds. Ok, c’est le producteur, on aime bien ses films, mais je n’ai pas fait autant de kilomètres pour Luc Besson. » On est venu des départements alentour pour voir l’Américain, comme l’attestent les plaques minéralogiques des voitures stationnées pas loin de l’entrée : 75, 77, 94 et même 60.

Karine, une jeune journaliste de RFI, micro à la main : « Je viens pour couvrir l’événement. C’est rare d’avoir des stars en banlieue, surtout du calibre de John Travolta, et après ce qui s’est passé lors du tournage… », dit-elle en faisant référence aux dix voitures brulées à Montfermeil. « Et puis, indique-t-elle encore, je suppose que pour UGC, cela permet de clore la polémique qui avait eu lieu lorsque Luc Bessson leur avait reproché de ne pas passer son film « Banlieue 13, Ultimatum » en banlieue, notamment à l’UGC Rosny qui est l’une des plus grosses salles de banlieue. »

Voilà qu’une autre voiture s’arrête, Karine me laisse en plan. Les gens se pressent de nouveau devant la grille. Une femme aux cheveux grisonnants s’écrie : « Mais il est bien mieux comme ça, avec les cheveux mi-longs, John Travolta ! », tandis qu’il franchit la porte en verre. Il signe un autographe, répond à une personne qui l’interpelle. Il est escorté d’hommes à large poitrine, fait un large sourire qui contraste avec l’affiche du film devant laquelle il s’arrête et où il apparait rasé de près, un bouc fourni au poil noir et regard dur.

Les gens se ruent à sa suite. Policiers et service d’ordre forment un cordon dans lequel la foule passe au goutte-à-goutte derrière John Travolta. Je m’assieds au 4e rang, dans l’une des cinq salles prévues pour l’avant-première. Toute l’équipe du film se présente (les acteurs John Travolta et Jonathan Rhys-Meyers ; le réalisateur Pierre Morel et les producteurs Luc Besson et sa femme).

Je suis à côté d’Edgar, informaticien. « Moi, dit-il, je n’aime pas trop les films français, leurs scénarios, la couleur de leurs images ne me plaisent pas. En général, j’en vois quelques-uns en DVD pirates, mais je ne vais jamais les voir au cinéma. Il n’y a que les quelques films de Luc Besson qui m’intéressent, que ce soit en tant que producteur ou réalisateur. « Taken », par exemple, produit par Luc Besson, était vraiment bien. Ceux-là, je peux les voir au cinéma et aussi accepter de les acheter à la FNAC d’a côté. »

La lumière s’éteint, le film commence, Jonathan Rhys-Meyers apparait à l’écran, conduisant un véhicule de l’ambassade américaine tout en écoutant une vieille chanson française et en passant sur un pont de Paris : on aura compris que l’action du film se passe à Paname. Comme le dit le titre, clin d’œil au fameux « Bons baisers de Russie », le scénariste Besson va nous exposer une histoire d’espionnage qui se déroule dans le Grand Paris.

Les lumières se rallument, quelques-uns applaudissent assez généreusement. Ce n’est pas un chef-d’œuvre, mais tout le monde semble satisfait. « Ouais, c’était pas mal », dit l’une, « c’était un peu bateau et téléphoné », réagit un autre. Luc Besson et son équipe ne sont plus là pour donner leurs points de vue, car ils sont repartis de la salle avant la fin du film. Olivier Sevin, directeur de l’UGC Rosny, est satisfait. « On a fait presque salle comble dans chacune des cinq salles que nous avions réservées pour la projection de ce film. En tout 1500 personnes sont venues pour cette opération spéciale. »

Et la brouille avec Luc Besson, qui accusait UGC de boycotter les films de banlieue en banlieue ? « Il y a toujours eu une très grande collaboration entre Luc Besson et UGC. On a passé en avant-première « Ong Bak », et d’autres… Il n’y a aucun problème entre UGC et Luc Besson… » C’est vrai ça, le plus grand diffuseur et le producteur-réalisateur le plus bankable du cinéma français peuvent-ils se fâcher ? Philippe Kaempf, d’Europacorp, société de Luc Besson, le confirme : « On n’était pas d’accord sur « Banlieue 13 ». On est tombé d’accord sur « From Paris with love « . Ça scelle une réconciliation. »

Axel Ardes

Paru le 10 février 2010

Axel Ardes –

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