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C’était LA sortie scolaire de l’année. Pantalon, ce crevard au nez crochu, m’avait le plus marquée. De vagues souvenirs de Scaramouche, en revanche… La commedia dell’arte. Ou ma première expérience théâtrale. Merci qui ? Merci la coopérative de ma classe de CM1 b. Car pour assister à la représentation, mon école avait sorti l’artillerie lourde : un car spécialement affrété pour se rendre de Bondy (Seine-Saint-Denis) à Chelles (Seine-et-Marne). Rien que ça. Mes petits camarades étaient pressés de rentrer à l’école. J’étais à peu près la seule à avoir apprécié la pièce.

En CM2, Chantal, la maîtresse que j’avais déjà eu la chance d’avoir l’année précédente, a décidé de nous faire passer de l’autre côté de la scène. Un professeur de théâtre une fois par semaine, rien que pour nos petites têtes. A la clé : un spectacle de fin d’année devant toute l’école et nos parents. Expérience plutôt traumatisante. C’est là que j’ai su que le théâtre, je l’aimais en tant que spectatrice. En tant que lectrice aussi. Si lire des classiques représentait une corvée pour les autres élèves, la découverte du Médecin malgré lui et autres Malade imaginaire, c’était du nanan. Pas enfant du sérail pour autant, j’en arrivais à me demander si j’étais normale… De peur de passer pour une bouffonne, je gardais ça pour moi.

Lasse de vivre dans la clandestinité, c’est en classe de première (option littéraire) que j’ai balancé mon coming-out théâtral à la face de tous. La prof de lettres nous avait demandé si on partait en vacances. « Je vais au festival d’Avignon, moi, m’dame ! » La Mecque des amateurs de la scène. L’annonce avait fait l’effet d’un quasi-coup de théâtre. Habiter le 9-3, écouter du hip-hop et du R’n’B et apprécier Molière n’est pourtant pas incompatible.

Après ce pèlerinage vauclusien, je me suis retrouvée un peu frustrée de devoir me contenter de livres et de rediffusions télévisées à 2 heures du matin. Car le théâtre en banlieue, c’était un peu comme l’eau sur Mars. Non pas qu’il n’existait pas. Mais très peu. En tous cas pas dans ma commune. Était-ce le théâtre qui ne venait pas à la banlieue ou l’inverse ? Qui de l’œuf ou de la poule…

Il y avait bien le théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis, le plus « correct » à mes yeux. Mais se rendre d’une ville de banlieue à une autre en transport implique de faire un détour par la capitale. « Autant aller à Paris, me disais-je, en plus, c’est là que les grandes pièces sont jouées en premier. »

Je m’autorise aujourd’hui au moins 5 sorties théâtrales par an. Dernière en date, Dernier coup de ciseaux au théâtre des Mathurins. Hier intruse parmi mes pairs banlieusards, j’ai l’impression de débarquer sur une autre planète à chaque représentation. Un peu perdue dans cette « Assemblée nationale », au milieu de ces spectateurs « blancs », sur leur 31, dont la moyenne d’âge doit dépasser 60 piges, et qui me regardent, l’air de se demander : « Elle s’est perdue celle-là ou quoi ? »

Hanane Kaddour

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