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Fille d’une cuisinière et d’un père violoniste, Cesaria Evora se rend compte très vite de son talent pour la chanson. Sa voix est son instrument le plus précieux et elle prend rapidement goût à la vie d’artiste, faisant la tournée des pianos-bars de l’archipel capverdien. Sa personnalité touche tout son pays. Sa carrière prend de l’ampleur avec une rencontre : celle de José Da Silva, lors d’une série de concerts au Portugal organisés par une association de femmes. Ce dernier deviendra son mentor et la propulsera sur le devant de la scène européenne.

A la maison, son album « Sao Vicente de Longe » résonnait à toute heure. L’artiste faisait rêver maman avec son accent capverdien et ses paroles qui chantaient l’amour du  pays et ses souffrances. Un brin de nostalgie envahissait le salon lorsque les rythmes folkloriques se répandaient dans la pièce.

A cette époque, la chanteuse native de Mindelo au Cap-Vert n’était pas très connue du grand public malgré le succès de son album Miss Perfumado, en 1992. Son titre « Sodade » la rendra célèbre et fera d’elle l’artiste étrangère à connaître. La tristesse et la mélancolie rythment en effet nombre de ses titres car elle se rend compte de la tragédie qui touche le monde et de la pauvreté qui domine près d’elle.

Cize, comme on pouvait la surnommer dans le milieu, se verra honorer d’un Grammy Award en 2005 pour le meilleur album étranger contemporain avec Voz d’amor juste après la consécration que la France lui avait accordée avec son album « Césaria » élu disque d’or sur l’hexagone. Sa voix tremblante et parfumée d’un bel accent séduit les auditeurs. Elle ira jusqu’à être décorée de la légion d’honneur en 2009 par Christine Albanel, ministre de la culture à l’époque.

Durant sa carrière, l’impératrice des musiques capverdiennes, comme certains aimaient la qualifier, fera le tour du monde avec des concerts en Amérique, au Sénégal ou encore en Suède. En 1999, elle fera même l’Olympia. Personne n’échappera à la voix de la « Diva aux pieds nus », on la retrouve à chaque coin du monde. Comme elle aimait se sentir à l’aise durant ses tournées, elle se dénudait les pieds, faisant trembler les fans par sa simplicité venue de si loin.

L’artiste s’impliquait dans la vie associative en participant en 2003 à un album nommé « Drop the Dept » mobilisant des artistes en faveur de l’annulation de la dette des pays en voie de développement. L’impératrice aux pieds nus a même fait un petit tour dans notre banlieue parisienne en « s’enfermant » pendant un mois et demi à Montreuil pour l’enregistrement de son 9ème album « Voz d’amor ». Elle fait plusieurs tournées en France, la dernière étant intitulée « Nha sentimiento » le  9 et10 novembre 2009 au Grand Rex.

En mai 2010, une opération à cœur ouvert bouleverse ses fans. Les problèmes de santé envahissent la chanteuse, elle est contrainte au repos. Son public peut cependant toujours compter sur des duos aux côtés de Cali ou encore de Bernard Lavilliers.

En septembre 2011, l’inquiétude grandit. Dans un communiqué de presse, elle annonce «vouloir mettre un terme à sa carrière » et regrette par la même occasion de ne pouvoir assurer les concerts prévus dans les semaines qui suivent. Elle transmet un message d’amour à tous ses fans dans Le Monde, ce sera le dernier.

Elle est décédée sur son île natale de Sao Vicente à l’âge de 70 ans, samedi dernier.  On retiendra sa carrière internationale et un talent hors du commun. Le Cap Vert a décrété en son honneur un deuil national de 48 heures. Tito Paris, un de ses musiciens nous adresse alors un message d’espoir : « Les artistes et les poètes peuvent disparaître mais ne meurent pas. Nous allons continuer d’écouter Cesaria jusqu’à la fin de nos jours ».

Jessica Fiscal

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