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« Opus Magnum » risque d’annihiler chez un public non averti toute velléité de retour dans un théâtre parisien. Non que cette pièce, dont la dernière représentation a été donnée le 12 janvier, soit dénuée d’intérêt, indigente, jouée par de piètres acteurs ou confiée à un médiocre metteur en scène. Olivier Py, actuel directeur du théâtre de l’Odéon, qui a dirigé l’atelier destiné aux élèves de troisième année du Conservatoire national supérieur d’art dramatique (CNSAD), est un talentueux metteur en scène à qui l’on doit notamment « Les Enfants de Saturne » en 2009.

Pour ce qui est des quinze comédiens présents sur scène, leur dynamisme, leur rigueur, leur capacité à incarner complètement et exactement leur personnage et même l’impeccabilité de leur diction ont contribué à faire de cette pièce un travail collectif réussi. La disparité du niveau des interprètes s’est avérée, par ailleurs, beaucoup moins manifeste que dans maints spectacles parisiens où le contraste flagrant a souvent pour effet de laisser un sentiment mitigé à la fin du spectacle.

Cependant, ne manquait-il pas dans cette pièce un je-ne-sais-quoi dont l’absence a engendré une frustration, une impression d’insatiété là où le public devait sortir repu ? Le sujet était pourtant intéressant. J’ai vécu la pièce comme le prétexte à une réflexion sur le théâtre et sa finalité. On aurait cru entendre Jean Vilar ! D’aucuns ne juraient que par la démocratisation culturelle, il s’agissait donc de faire du théâtre un art à la portée de tous, quand d’autres imaginaient le théâtre comme un art étranger aux questions d’audimat.

Sur le proscénium donc, une troupe d’acteurs qui risque fort de ne pas jouer son spectacle à cause de l’un d’eux, Alex, dont le génie et la plastique ont pour effet de rendre amoureux de lui presque tous ses partenaires de scène. On se scarifie pour Alex, on veut changer de sexe et devenir une femme pour Alex, on veut épouser Alex, et le fait qu’il ait, désinvolte, insolent, libre, mordu l’oreille du directeur du théâtre n’en dissuade pas moins ses soupirant(e)s. Alex finit par s’excuser à plat ventre, ce qui satisfait au plus haut point son metteur en scène et son directeur.

La suite, quelle importance ? Sachez, toutefois, que l’horizon d’attente du spectateur est infirmé. Car là où il compte peut-être voir une représentation théâtrale conventionnelle, avec un ou deux personnages principaux, des rôles secondaires, une intrigue et un dénouement à la Molière par exemple, il trouve une œuvre un peu étrange et un zigoto taciturne – Alex –, des personnages aux caractères bien trempés. Et surtout, il est vite submergé par la logorrhée des comédiens, et c’est cette prolixité, précisément, ajoutée aux trois heures de la pièce, qui peut la rendre rébarbative et donner envie à maints spectateurs de s’en aller dès l’entracte.

En raison de la ferveur ineffable des comédiens et du texte sublime, on ressort malgré tout de ce spectacle plein de respect pour le travail préparatoire important dont on sent bien qu’il est la résultante. C’est un théâtre où le verbe est omniprésent, envahissant même, où la pétulance rivalise avec la beauté. C’est un théâtre qui en repoussera plus d’un et en émerveillera d’autres. Bienvenue dans l’univers d’Olivier Py !

Gaëlle Matoiri

« Les Trois Sœurs », les 13, 14 et 15 janvier, au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique (salle Louis Jouvet). 2 bis, rue du Conservatoire, 75009 Paris, tél. : 01.42.46.12.91. M° Grands Boulevards ou Bonne Nouvelle.

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