photo de l'équipe du Bondy Blog

Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Le Bondy Blog a besoin de vous. Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don



Il est presque 13 heures et les couloirs de la mairie du XIIIe arrondissement sont pleins à craquer. En passant près du Café Maure, les odeurs de thé à la menthe, de fleur d’oranger et de msemen* titillent les narines des visiteurs. Il y a à peine une semaine ; la place d’Italie résonnait aux chants et instruments asiatiques à l’occasion du Nouvel An chinois. Ce week-end, c’est au tour des pays d’Afrique du Nord d’être à l’honneur pour la 15e édition du Maghreb des livres.

Créé par l’association « Coup de Soleil », présidé par Georges Morin, conseiller délégué aux coopérations méditerranéennes à la ville de Gières, près de Grenoble, le salon se veut un rendez-vous incontournable pour les amoureux de littérature nord-africaine et franco-maghrébine. Tous les ans, un pays est à l’honneur. Pour cette édition, place à la littérature marocaine avec des auteurs comme Tahar Benjelloun, Maati Kabbal ou encore Kadiri Abdeslam.

« C’est la chaleur du Maghreb qui réchauffe ici, alors que Paris est sous la neige et la pluie », constate Azouz Begag, d’origine algérienne comme l’on sait. L’ancien ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances se réjouit « de l’ambiance fraternelle qui réunit les pays du Maghreb ». « C’est ça, l’Union pour la Méditerranée !, lance-t-il avec son lyrisme habituel. C’est ce genre d’initiatives au quotidien qui donnent un sens pratique et visible et qu’il faut encourager ! »

Interrogé sur un éventuel manque de reconnaissance de la littérature franco-maghrébine par les professionnels, l’auteur du « Gône du Chaâba » répond sans détour : « Je suis de ceux qui pensent que le livre de Yasmina Khadra, « Ce que le jour doit à la nuit », aurait largement mérité un prix! » Notons que ce roman a tout de même valu deux distinctions à son auteur : le prix du Roman de France Télévisions 2008 et Meilleur livre de l’année, décernée par la magazine Lire. Selon Begag, un travail reste à faire au niveau des jurys littéraires, encore peu ouverts aux autres sensibilités. Mais l’attribution du Goncourt à l’Afghan Atiq Rahimi et du Renaudot au Guinéen Tierno Monénembo semblent marquer un changement en la matière.

Invité au salon à dédicacer ses derniers livres, l’ancien ministre des affaires étrangères Hubert Védrine confie l’enthousiasme qu’il éprouve à participer à cette manifestation : « Je suis venu avec plaisir. C’est une rencontre importante. La littérature maghrébine, je la trouve très puissante. Elle apporte quelque chose d’original à la littérature francophone. »

L’écrivain algérien Yasmina Khadra, sagement assis, dédicace à tout-va et écoute tranquillement les réactions de ses lecteurs. Celui qui est considéré comme l’un des meilleurs auteurs de langue française, appelle « à se battre pour que le livre du Maghreb recouvre sa place ». Il voit son écriture comme « un élan vers les autres » et se définit comme « un écrivain totalement algérien », regrettant le désintérêt « des Arabes pour leurs propres auteurs. J’étais à Dubaï, et là-bas, on ne savait même pas qui j’étais, alors que je suis un des auteurs arabes les plus lus au monde. C’est une nation qui relève du folklore plus que de la culture », confie-t-il un peu énervé. Frustré de n’avoir pas été récompensé d’un des grands prix littéraires l’automne dernier ? « Citez-moi un seul prix Goncourt qui soit de renommée internationale ! », répond-il en souriant, avant de s’enfuir, pressé.

Quelque 4000 visiteurs étaient attendus pour ce week-end littéraire. Et dans une semaine, place au 1er Maghreb des Films Paris-Banlieue**. Les organisateurs de la manifestation espèrent donne un coup d’accélérateur à un cinéma maghrébin en plein renouveau.

Nassira El Moaddem

*Crèpe feuilletée d’Afrique du Nord

**La Maghreb des Films Paris-Banlieue,du 11 au 17 février 2009, http://www.coupdesoleil.net

Photo : l’écrivain algérien Yasmina Khadra dédicaçant l’un de ses livres.

Nassira El Moaddem –

Articles liés

  • « Je ne suis pas parisienne », le livre qui valorise (enfin) toutes les femmes

    Le 11 septembre dernier, Alice Pfeiffer a sorti son premier livre : Je ne suis pas parisienne. Avant même de savoir le sujet précis de l’essai, son titre piquait déjà notre curiosité. Adulée dans le monde entier, la Parisienne est un symbole de beauté, d’élégance et de culture : qui serait fière de ne pas correspondre à cette image ? L’autrice elle-même, visiblement – et elle vous encourage à faire de même.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 04/10/2019
  • Luc Pinto Barreto, « dealer de livres » à Saint-Denis

    Sur le parvis de la gare de Saint-Denis, trois fois par semaine, un stand détonne : celui de Luc Pinto Barreto, « dealer de livres » de son état. Le trentenaire a choisi de sortir les bouquins des murs des librairies et des bibliothèques pour les proposer, à la façon d'un vendeur ambulant, aux Dionysiens et Dionysiennes. Portrait.

    Par Nesrine Slaoui
    Le 01/10/2019
  • Souheila Yacoub, de corps et d’âme

    Ce lundi 23 septembre à 21 heures, Canal+ lance la série Les Sauvages. Avec Roschdy Zem dans le rôle du président de la République, cette série politique très attendue met en scène une flopée de jeunes visages issus de la diversité, parmi lesquels celui de Souheila Yacoub. Ancienne sportive de haut-niveau, ancienne Miss, aujourd'hui actrice talentueuse, Souheila n'a que 27 ans mais déjà une riche personnalité. Rencontre.

    Par Eugénie Costa
    Le 23/09/2019