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Après Jasmine la princesse orientale, Mulan la princesse asiatique, Pocahontas la princesse indienne, et Esméralda la princesse gitane, les studios de Walt Disney mettent en scène une princesse noire, dans « La princesse et la grenouille ». Chose anodine pour certains, qui ne l’a pas été pour moi. J’étais heureuse que, pour une fois, une princesse de dessin animé d’un grand studio américain ait la peau noire. Les messages de tolérance et d’égalité doivent être inculqués dès le jeune âge ; une héroïne Disney noire peut, à sa manière, participer de cette mission.

J’imaginais une belle princesse africaine, avec son palais, sa famille, son éducation irréprochable, sa culture, ses coutumes, tout cela réuni dans un pays africain imaginaire. Mais non ! L’histoire se passe à la Nouvelle-Orléans, en Louisiane. Quelle ne fut pas ma déception, lorsque j’appris que cette soi-disant princesse n’en était même pas une. En réalité, c’est une jeune fille, Tiana, afro-américaine, issue d’une famille modeste, d’un père ouvrier et d’une mère couturière, qui, de plus, travaille pour des riches.

Bien sûr, j’ai apprécié le film, la recette Disney fonctionne très bien avec moi, on y retrouve des valeurs d’amour, d’amitié, d’effort, de travail, les « gentils » triomphent des « méchants », il y a plein de chansons, c’est jovial. J’ai beaucoup aimé. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de retenir que la scène où les grenouilles se retrouvent encerclées par des crocodiles qu’elles ont pris pour des troncs d’arbres, ressemble étrangement à la scène du « Roi lion », où Simba et Nala sont eux aussi piégés dans l’eau par des crocodiles. Un vrai copié-collé.

Ensuite, pour que la grenouille retrouve son aspect princier, elle doit en principe embrasser une princesse avant minuit, comme Cendrillon qui devait rentrer avant les douze coups de minuit pour que le charme ne se rompe pas, toutefois dans des rôles inverses. Tiana n’aspire qu’à ouvrir un grand restaurant en mémoire du rêve de son défunt père, elle compte chacun de ses sous et travaille sans relâche. Le méchant de l’histoire jette un sortilège au prince-grenouille, qui au passage est pauvre, égocentrique et ne cherche qu’une jeune fille naïve et fortunée pour que papa-maman l’inscrive à nouveau sur l’héritage.

Lors d’une soirée habillée, pensant que Tiana est une princesse, la grenouille lui demande de l’embrasser. Et après ce baiser, cette dernière se transforme elle aussi en grenouille, car elle ne répond pas aux conditions pour mettre fin au mauvais sort (car elle n’est pas vraiment princesse). Résultat des courses, pendant les trois-quarts du film, l’Afro-Américaine est une grenouille, de couleur verte…

Adieu, alors, le mythe de la première héroïne noire dans un dessin animé Disney. A la fin de l’histoire, après s’être supporté longuement, les deux grenouilles tombent amoureuses l’une de l’autre. L’un a fait des concessions, l’une a revu ses critères à la baisse. Leur amour les entraînent jusqu’au mariage. Cette union sacrée rompt le sortilège et les deux batraciens reprennent forme humaine. Elle réussit à ouvrir son restaurant, et tout est beau, tout est mignon !

C’est mignon, mais ce n’est pas le scénario auquel je m’attendais, le conte que j’espérais. Les noirs ne sont plus une minorité, certains agissent bien, d’autres agissent mal, mais les actes, bons ou mauvais, n’ont rien à voir avec la couleur de peau. Disney aurait pu mettre en valeur l’Afrique qui, bien que pauvre encore, a des présidents vivant dans le confort (pour des raisons dont je ne me mêlerai pas ici), et les familles riches n’y sont pas rares. Mais on n’en parle pas ou peu. J’attendais des studios Disney une normalisation du traitement des Noirs, à égalité avec les Blancs, avec tout ce que cela implique : des riches, des pauvres, des méchants, des bons. Et l’Afrique pour décor, à égalité avec l’Amérique !

Silvia Sélima Angenor

Silvia Sélima Angenor –

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