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Le premier film de Modi Barry et Cédric Ido s’incruste dans le quotidien des salons de coiffure africains de la capitale parisienne. Une comédie qui célèbre avec justesse des métiers mal connus. Compte-rendu.

Un lundi soir au sous-sol du salon de coiffure Emmy Joy, un écran plasma faisant face à une vingtaine de chaises a remplacé les habituels matériels à coiffures et à manicures. Une poignée de rabatteurs et quelques journalistes sont venus assister à la première projection, pas très traditionnelle, du film La Vie de Château. L’établissement est celui où a été tourné le film. Et ce n’est pas n’importe lequel, c’est le plus grand salon de Château d’Eau, lustre et fresque antique au plafond compris. Dans la salle du bas, les visages se reconnaissent et les éclats de rires fusent. Comme si le premier long-métrage des deux potes Modi Barry et Cédric Ido avait d’abord était réalisé pour eux.

La comédie, au faux air de La Vérité si j’mens ! version ivoirienne, raconte l’histoire du charismatique « Charles comme le prince » (Jacky Ido), du pathétique mais attachant Moussa (Jean-Baptiste Anoumon) et du maléfique Bébé (Eric Abrogoua). Des mecs qui gagnent leur vie en se postant devant la bouche de métro ou en longeant le Boulevard de Strasbourg, à essayer de convaincre les passantes de se faire coiffer. Une fois le contexte posé, le quartier ressemble à n’importe quel autre, avec ses rivalités, ses copinages et ses coups tordus.

En suivant la quête de Charles pour obtenir son propre salon, on découvre un business parallèle où les commerçants spécialisés en tissage rivalisent d’idées pour attirer les clientes et rester à la pointe. Une économie où toutes les communautés ont leur rôle à jouer et comptent les unes sur des autres. Si les Indiens fournissent les mèches, les Chinois sont à la manucure, dans une machine à engranger des revenus bien huilée.

À plusieurs reprises pourtant, ce tableau parisien souvent léger évoque la question concrète de la gentrification et de son impact. Dan (Gilles Cohen), meilleur ami de Charles et propriétaire du salon où il travaille, s’en inquiète à plusieurs reprises. « Les Chinois et les bobos, c’est le marteau et l’enclume avec nos tronches au milieu », lance celui qui envisage d’ouvrir un local à Bobigny.

Mais pas question pour les travailleurs du boulevard de quitter Paris. S’ils sont là, c’est pour se montrer. La sape est un élément récurrent du film. Comme la définit Charles, c’est « ta personnalité, ta voix, tes idées, ta musique aussi ». L’une des scènes les plus drôles a lieu quand le prince du quartier repère une veste identique à la sienne sur le dos d’un vendeur de bissap (jus de plante très populaire en Afrique de l’Ouest). Et qu’importe s’il faut manger une omelette dans un petit studio le soir, ne jamais mettre deux fois la même chemise de créateur.

Autre thème central du film : les femmes. Si les hommes ont les rôles principaux, ce sont bien elles qui tiennent les rennes. De la gérante du salon Djenaba (Felicite Wouassi) à la combattante Sonia (Tatiana Rojo), elles apparaissent bien plus sensées que les hommes, qui chacun à leur manière vivent dans leur propre chimère. Et, finalement, c’est tout le quartier qui tourne autour d’elles. L’esthétique féminine n’est-elle pas le cœur de métier des rabatteurs ?

Ce premier film est une plongée bienveillante et sans prétention dans un quartier bien trop souvent décrié. La conclusion de Charles, qui compare sa profession à celle de son père griot (poète africain qui transmet des histoires traditionnelles oralement), est un bel hommage à ces hommes du boulevard.

Lina RHRISSI

La Vie de Château de Modi Barry et Cédric Ido, comédie, 2017, 1h20. Sortie nationale le 9 août 2017

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