photo de l'équipe du Bondy Blog

Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Le Bondy Blog a besoin de vous. Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

Jean Eyoum, jeune auteur de 23 ans revient avec Super Cagnotte, l’adaptation urbaine de « l’Avare », sur les planches du théâtre de la Reine Blanche, dans le 18° arrondissement parisien.

À l’heure où écrire en 140 signes est monnaie courante, les raccourcis sont de rigueur dans cette course langagière. Smiley, Sms et autres rébus relaient au second plan la langue de Molière, le patrimoine d’une population aujourd’hui de plus en plus rapiat avec les lettres. Pas en manque d’imagination, ni d’audace, Jean Eyoum âgé de 23 ans se lance dans la réadaptation de « l’Avare » de Molière dans une version urbaine. En octobre 2012, il confiait, à la parution de son ouvrage Super Cagnotte, aimer « beaucoup le théâtre, mais je pense qu’il s’apprécie d’avantage sur les planches. La logique serait que je monte une pièce… ».

Deux ans plus tard, pari tenu, le mardi 7 mai au théâtre de la Reine Blanche (18° arrondissement) se tenait l’aboutissement d’un voeux pour ce jeune dramaturge. « Tout a commencé vers octobre-novembre 2012, je suis allé voir mon ami et metteur en scène Dimitri Ruiz en lui demandant de m’aider pour la mise en scène de Super Cagnotte. Il faut savoir qu’avant d’être mon ami, il était mon professeur de théâtre » livre Jean Eyoum.

Super cagnotte est plus qu’une histoire d’argent c’est également une histoire d’amitié, une affaire de famille. Le tempo est donné dans une mise en scène où de nombreux clins d’oeil au cinéma (le Parrain, le Seigneur des Anneaux…), à la musique (Hip-Hop, R&B, Pop…) sont faits. Ce qui peut être, par moment, un peu déroutant. Les commédiens portent avec justesse cet hommage à Molière. Parmi les personnages de la pièce il y a le détective Horacio Cane (les Expets à Miami), mi-Stromae, mi-Steeve Urkel, qui débarque comme un métronome comique à un moment clef de l’intrigue. Madame Hermione, une diseuse de bonne aventure, mi-danseuse de flamenco, mi-femme fatale pousse la caricature à l’extrême provoquant une chronique hilarité au sein de la salle. La pièce est ponctuée par des sujets de société habillement incorporés : la discrimination, le mariage pour tous, le déracinement le génocide rwandais.

« Super Cagnotte est une pièce moderne. Je trouvais judicieux d’inclure des clins d’oeil qui reflète notre époque. Quant au génocide rwandais, c’est un hommage à une personne qui m’est très chère à qui je dois seulement un bout de l’histoire d’un de mes personnages. La pièce semble engagée car je m’indigne d’une certaine manière contre les avares modernes et ceux qui forcent leurs enfants à se marier avec des gens qu’ils n’aiment pas. Je milite aussi pour finir, pour un amour qui ne soit basé ni sur une couleur de peau ni sur une origine sociale ou autre fait de discrimination, un peu comme tout le monde j’espère ! » souligne ce jeune villeneuvois (94).

Avec Super Cagnotte, on redécouvre un classique intemporel revisité… La pièce passe du language soutenu au language famillier sans être vulgaire. Surprises, rires et émotions se succèdent sans se bousculer dans cette oeuvre que nous livrent Jean Eyoum et Dimitri Ruiz. Super Cagnotte est une pièce pleine de promesse malgré le manque de fluidité, d’automatisme palpable au sein de cette toute jeune troupe : l’atelier des caméléons.

« Le parcours de cette pièce montre avec de la détermination et du travail, tout est possible. J’ai attendu cinq à six ans avant de pouvoir trouver un éditeur. Dimitri a mis un an et demi pour emmener la pièce au théâtre de La Reine Blanche, donc à tous les porteurs de projets, battez-vous et ne lâchez rien !» confie l’auteur.

Lansala Delcielo

Articles liés

  • « Je ne suis pas parisienne », le livre qui valorise (enfin) toutes les femmes

    Le 11 septembre dernier, Alice Pfeiffer a sorti son premier livre : Je ne suis pas parisienne. Avant même de savoir le sujet précis de l’essai, son titre piquait déjà notre curiosité. Adulée dans le monde entier, la Parisienne est un symbole de beauté, d’élégance et de culture : qui serait fière de ne pas correspondre à cette image ? L’autrice elle-même, visiblement – et elle vous encourage à faire de même.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 04/10/2019
  • Luc Pinto Barreto, « dealer de livres » à Saint-Denis

    Sur le parvis de la gare de Saint-Denis, trois fois par semaine, un stand détonne : celui de Luc Pinto Barreto, « dealer de livres » de son état. Le trentenaire a choisi de sortir les bouquins des murs des librairies et des bibliothèques pour les proposer, à la façon d'un vendeur ambulant, aux Dionysiens et Dionysiennes. Portrait.

    Par Nesrine Slaoui
    Le 01/10/2019
  • Souheila Yacoub, de corps et d’âme

    Ce lundi 23 septembre à 21 heures, Canal+ lance la série Les Sauvages. Avec Roschdy Zem dans le rôle du président de la République, cette série politique très attendue met en scène une flopée de jeunes visages issus de la diversité, parmi lesquels celui de Souheila Yacoub. Ancienne sportive de haut-niveau, ancienne Miss, aujourd'hui actrice talentueuse, Souheila n'a que 27 ans mais déjà une riche personnalité. Rencontre.

    Par Eugénie Costa
    Le 23/09/2019