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ILS FILMENT LA BANLIEUE. À l’occasion de la rencontre « Marche des beurs, marche pour l’égalité : le poids des médias » organisée hier à Paris par Presse&Cité, Ladji Réal, 32 ans, a présenté le portrait de Lahouari Ben Mohamed, assassiné le 18 octobre 1980 à Marseille lors d’un contrôle d’identité.

Tapez son pseudo sur le net et  jugez de vous-même. Les images taguées Ladji Réal correspondent à celles de ses films, les articles à son dernier documentaire « La cité du Mâle : contre-enquête », tourné à Vitry-sur-Seine (94) à la suite du documentaire polémique diffusé en 2010 sur Arte. Mais de l’homme qui se cache derrière ces œuvres, nulle trace. Ladji Réal ne se dévoile qu’à demi-mots, avec pudeur, pour maintenir une distance entre sa vie privée et professionnelle même si l’une et l’autre ce sont un jour conciliées pour faire de lui ce qu’il est aujourd’hui.

Né en 1981 « dans les Yvelines » parmi les benjamins d’une famille sénégalo-malienne « très nombreuse », Ladji grandit entre Saint-Quentin-en-Yvelines (« une ville nouvelle sans vraiment de frontières ») et Trappes où il connaît une enfance « belle et heureuse » même si « quand tu sors du quartier et que tu commences à fréquenter Paris, à fréquenter d’autres gens qui viennent d’autres milieux et que tu vois ce qu’eux ont eu à disposition, tu comprends grandement que ce n’était pas la même France que vous avez vécue ».

Elève hyper actif (« j’aimais bien rigoler ») plutôt touché par le symptôme du moindre effort, Ladji obtient « un bac » et s’investit dans le football (« c’était ma perspective d’avenir »). Athlète de haut niveau, il renonce à sa carrière à cause d’une blessure et s’oriente vers la fac, poussé par ses parents qui ont fait « rouler » et « briller » la France (père ouvrier chez Renault, mère femme de ménage) et qui « mettent un point d’honneur » à ce qu’il fasse des études.

Diplômé de l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) – créé en 1795 sous le règne de François Ier – Ladji Réal se dirige vers la diplomatie, voyage deux ans au Moyen-Orient et réalise que cette voie ne l’intéresse pas. Constatant qu’où qu’il aille, le cinéma captive les gens, Ladji prend conscience que le septième art peut être ce vecteur de dialogue et d’échanges dont il a toujours rêvé. « Très tôt tu te rends compte que tous les problèmes, toutes les tensions qui peuvent exister, sont le fruit d’un manque de communication : racisme, discrimination, injustices… ».

De retour en France, il intègre donc le Conservatoire libre du cinéma français (CLCF), et arrive, après quelques années de labeur entre études et boulot en soirée, à mettre « le pied à l’étrier » en se constituant un réseau, notamment par le biais de stages dans le milieu de l’audiovisuel. Par besoin de transmission en lien avec les opportunités manquantes aux habitants des quartiers, Ladji se rapproche des association 1000visages et Cité Art dans l’Essonne et fonde en 2008 l’association Yes We Can Productions pour promouvoir « l’Art au service de l’autre, au service de tous ». S’ensuivent plusieurs films et documentaires, le plus connu demeurant « La cité du Mâle : contre-enquête », réalisé en 2010.

En 2011, arrive la web-série Mon premier contrôle d’identité réalisé avec le collectif Stop le contrôle au faciès qui cumule plus de deux millions de vues sur le Net. Avec pour objectif de sensibiliser l’opinion publique à cette pratique policière répandue sur le territoire français, la série interroge de nombreuses personnalités, à commencer par les rappeurs dont la côte de popularité donne une vraie ampleur au mouvement.

C’est dans ce cadre-là que Ladji Réal réalise le portrait de Lahouari Ben Mohamed, jeune marseillais assassiné dans son quartier par un CRS « à la gâchette facile » et dont le lieu d’assassinat servi de point de départ à La Marche pour l’égalité de 1983.
Pour Ladji qui s’est lancé dans le cinéma « pour dire des choses », le monde de l’audiovisuel « est dur pour tout le monde » : «n’importe quel nouveau, au-delà de toute considération, est un peu une « menace ». En plus, si on vient avec une expression artistique différente, des références culturelles, urbaines différentes, c’est comme tout : c’est à nous de faire notre place ».

Estimant que le cinéma français est en train d’évoluer (« les visages changent, maintenant il faut que les propos changent aussi »), Ladji considère que « la réalité du contexte français fait que dans tous les compartiments de notre existence, on a dû faire notre place. Le mythe qu’aux Etats-Unis, on t’ouvre les portes, non. Même là-bas il a dû y avoir la Blaxploitation, des premiers rôles, ça a été très dur. On a a peu près vingt ans de recul ; Intouchables, c’est un peu les films d’Eddy Murphy dans les années 1980 ».

La banlieue, Ladji n’avait « aucune prédestination ou intention de la filmer », car il souhaitait plutôt parler de sujets « qui l’animent ». Alors, lorsqu’il s’empare d’une caméra, Ladji la met « sur on » et essaie d’être « au plus près de la perception que j’en ai ».

Claire Diao

Retrouvez la web-série Mon premier contrôle d’identité ici

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