photo de l'équipe du Bondy Blog

Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Le Bondy Blog a besoin de vous. Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

A une époque où la question religieuse est de plus en plus sensible, le long-métrage Histoire de Judas de Rabah Ameur-Zaïmeche, sorti en salles cette semaine, sonne comme une ôde à l’audace et la liberté. Et nous rappelle avec intelligence à quel point la fiction peut ouvrir d’autres pistes que la réalité.

La Passion du Christ de Mel Gibson avait défrayé la chronique. Les pièces de théâtre Sur le concept du visage du fils de Dieu, mis en scène par Romeo Castellucci et Golgota Picnic de Rodrigo Garcia aussi. Partant de ce principe, on n’aurait pas pensé qu’un réalisateur s’attelle un jour à l’histoire de Judas.

C’est pourtant ce que fait Rabah Ameur-Zaïmeche avec Histoire de Judas, son cinquième long-métrage, sorti en salle cette semaine. Après Wesh wesh qu’est ce qui se passe ? (2001), Bled Number One (2006), Dernier Maquis (2008) et Les Chants du Mandrin (Prix Jean Vigo 2011), le réalisateur de la Cité des Bosquets de Montfermeil (93) a progressivement imposé sa touche dans le paysage cinématographique français.

A une époque où la question religieuse est de plus en plus sensible, il est fort agréable de voir qu’un cinéaste peut s’emparer d’un pareil sujet en toute liberté, rendant son propos universel et portant son interprétation comme il l’entend, c’est à dire, dans ce film-là, en Algérie.

Dans Histoire de Judas, Jésus est interprété par un acteur et réalisateur algérien (brillant Nabil Djedouani), Judas par Rabah Ameur-Zaïmeche lui-même et Ponce Pilate par un comédien davantage connu sur les planches de théâtre, Régis Laroche.

Décapant le discours habituel sur ce personnage connu pour avoir trahi le Christ, Rabah Ameur-Zaïmeche en fait avant tout un homme égal aux autres et fidèle à son maître spirituel (“J’ai confiance en toi”), le portant sur son dos en haut d’une colline (“Tu es courageux Judas”) et le défendant jusqu’à la fin puisque pour ceux qui le mirent sur une croix, mieux valait “une injustice qu’un désordre”.

Présenté au Festival du Film de Berlin 2015, Histoire de Judas a rempli les salles et y a remporté le Prix du Jury Oecuménique. Si quelques spectateurs l’ont interrogé sur son interprétation de la vie du disciple, Rabah Ameur-Zaïmeche a d’abord avancé le fait que “nous ne savons que très peu de choses sur lui” avant de préciser que “c’est le fait de prendre la fiction pour la réalité qui conduit à des atrocités”.

Film poétique d’une grande humanité, Histoire de Judas fait d’un traître historique une figure héroïque tout en appelant à la réflexion puisque, comme le soulignait le réalisateur à Berlin “avant de parler de Jésus et de Judas, parlons du désert dans lequel nous habitons et qui nous habite”.

Le cinéma français a pendant longtemps mis les gens dans des cases, qu’ils soient acteurs, réalisateurs ou simples personnages. Avec Histoire de Judas, Rabah Ameur-Zaïmeche explose ce schéma avec intelligence, et surtout, dextérité. “Je ne fais du cinéma que pour trouver un espace de liberté, expliquait-il encore, à l’issue de sa première projection. Et cet espace, on le trouve en poussant les intervalles, en mettant en cause les acquis que l’on croyait figés pour l’éternité. Il faut parfois faire un pas de côté pour se rendre compte à quel point le monde est merveilleux”.

Propos recueillis au Festival de Berlin, février 2015, par Claire Diao

Histoire de Judas de Rabah Ameur-Zaïmeche – France – 2015 – 1h39 avec Nabil Djedouani, Rabah Ameur-Zaïmeche, Mohamed Aroussi…

Articles liés

  • « Je ne suis pas parisienne », le livre qui valorise (enfin) toutes les femmes

    Le 11 septembre dernier, Alice Pfeiffer a sorti son premier livre : Je ne suis pas parisienne. Avant même de savoir le sujet précis de l’essai, son titre piquait déjà notre curiosité. Adulée dans le monde entier, la Parisienne est un symbole de beauté, d’élégance et de culture : qui serait fière de ne pas correspondre à cette image ? L’autrice elle-même, visiblement – et elle vous encourage à faire de même.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 04/10/2019
  • Luc Pinto Barreto, « dealer de livres » à Saint-Denis

    Sur le parvis de la gare de Saint-Denis, trois fois par semaine, un stand détonne : celui de Luc Pinto Barreto, « dealer de livres » de son état. Le trentenaire a choisi de sortir les bouquins des murs des librairies et des bibliothèques pour les proposer, à la façon d'un vendeur ambulant, aux Dionysiens et Dionysiennes. Portrait.

    Par Nesrine Slaoui
    Le 01/10/2019
  • Souheila Yacoub, de corps et d’âme

    Ce lundi 23 septembre à 21 heures, Canal+ lance la série Les Sauvages. Avec Roschdy Zem dans le rôle du président de la République, cette série politique très attendue met en scène une flopée de jeunes visages issus de la diversité, parmi lesquels celui de Souheila Yacoub. Ancienne sportive de haut-niveau, ancienne Miss, aujourd'hui actrice talentueuse, Souheila n'a que 27 ans mais déjà une riche personnalité. Rencontre.

    Par Eugénie Costa
    Le 23/09/2019